Le dernier rapport de la délégation au renseignement révèle l’obsession des services pour vos messages privés, au mépris des risques pour tous les Français.
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Accès à vos messages privés : la dangereuse obsession du renseignement français

Déposé à la fin de l’année 2025, le rapport d’activité de la délégation parlementaire au renseignement a été rendu public la semaine dernière.

Sans réelle surprise, le renseignement français — avec une certaine bienveillance des membres de la délégation — confirme sa volonté d’avoir accès à l’ensemble des messages privés, y compris ceux qui sont chiffrés.

Selon leurs auteurs, pour mener à bien les missions de renseignements et de sécurité, les services doivent pouvoir accéder aux messageries chiffrées. Sans cela, ils ne peuvent pas lutter contre la menace terroriste, le narcotrafic ou les ingérences étrangères. « L’accès aux contenus chiffrés demeure pourtant un enjeu opérationnel majeur pour les services de renseignement, dans un environnement où 60 % à 80 % des communications transitent désormais par des applications de messagerie chiffrées de bout en bout, tandis que l’usage des SMS et des appels téléphoniques traditionnels reculent ».

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Une ambition ancienne, des obstacles permanents

Diverses tentatives parlementaires avaient eu lieu, mais s’étaient heurtées à la résistance des députés, aussi bien pour des questions de proportionnalité que de faisabilité technique. « À l’évidence, les conditions de préparation du débat parlementaire sur le sujet du chiffrement, particulièrement à l’Assemblée nationale, n’ont pas permis de dépasser des postures politiques de principe. […] la Délégation prendra toute sa part au travail de pédagogie nécessaire auprès des parlementaires pour légiférer en connaissance de cause ».

En somme, les services plaident pour que des dispositions de surveillance des communications soient introduites. L’une des solutions les plus fréquemment évoquées est celle de la porte dérobée ou backdoor. Elle consiste à intégrer dans un système un mécanisme qui permet d’avoir accès aux informations.

Néanmoins, une backdoor ne reste jamais secrète et sera exploitée par des attaquants qui ne seront pas l’État français. Au regard de la sensibilité du sujet, il est évident que si la loi autorise l’introduction d’une backdoor dans des messageries chiffrées, cela rendra ces messageries vulnérables et accessibles à d’autres.

Or, les structures criminelles ciblées par le renseignement s’adapteront, par essence, elles sont agiles et beaucoup plus que les états.

Une justice européenne jugée encombrante

Au-delà de la question purement technique, la jurisprudence communautaire et européenne impose des contraintes et interdit l’affaiblissement du chiffrement. Pourtant, la délégation qualifie ces jurisprudences de « déconnectées des réalités techniques et opérationnelles » et estime qu’elles « font peser un risque majeur sur la capacité des services de renseignement à conduire leurs investigations ».

Paradoxalement, les auteurs du rapport occultent une part importante du travail de renseignement, à savoir le renseignement humain et l’infiltration.

Entre les lignes, on comprend que ces techniques sont jugées trop chronophages et trop onéreuses, pour des résultats qui mettent trop de temps à aboutir.

La France, paradis des leaks

Bien que le rapport ait été rédigé à la fin de l’année 2025, donc avant le consternant piratage de l’ANTS, il ne semble pas tenir compte d’une réalité opérationnelle : la France est qualifiée sur les forums spécialisés de paradis de leaks.

En effet, un rapide détour sur Breached ou sur Pwn montre qu’il y a très peu de données personnelles, y compris en provenance de services gouvernementaux, qui ne se retrouvent pas dans la nature. Ainsi, on a pu trouver — sans la consulter — une base de données regroupant des gendarmes, une autre du CROUS, etc.

Mieux encore, par croisement des données, les internautes de ces forums arrivent à établir des profils très détaillés : nom, prénom, date de naissance, profession, adresse postale, email, mots de passe, carte bancaire, opérateur téléphonique, etc. C’est ainsi qu’un plaisantin avait fait croire qu’il avait réussi à pirater l’Assemblée nationale, alors qu’il n’avait fait que recycler d’anciennes données.

Cet aspect n’est pas du tout mentionné dans le rapport alors que les faiblesses techniques constituent une cible de choix pour des acteurs étrangers malveillants. À l’inverse, dans les recommandations, la délégation plaide pour « Engager les adaptations juridiques nécessaires pour faire face à l’élévation du niveau de haute intensité des menaces et de leurs évolutions technologiques » et demande à être associée « à la réflexion qu’entend engager le ministère de l’Intérieur sur la lutte contre l’entrisme, au vu de la dimension politique, juridique et technique du sujet ».

NIS2, prochain cheval de Troie ?

Cette obsession pour l’affaiblissement généralisée du chiffrement et donc, la compromission des messages privée de tous les utilisateurs explique probablement pourquoi la transposition de NIS2 n’est toujours pas à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Il apparaîtrait que les services de renseignements souhaiteraient utiliser ce véhicule législatif pour introduire le dispositif des backdoors.

Reste à savoir si leur volonté se traduira lors de l’examen en séance publique.