AESH : la droite sénatoriale et le gouvernement contre l’école inclusive
Comme nous le titrions ce matin, les sénateurs devaient examiner en séance publique la proposition de loi visant à intégrer les AESH dans la fonction publique et par la même occasion, à augmenter leur rémunération.
On savait déjà que le texte rencontrerait une forte opposition de la part de la droite sénatoriale. Manifestement, elle en a profité pour transmettre ses arguments au ministre de l’Éducation nationale, qui a repris peu ou prou les mêmes arguments.
Pour eux, transformer les AESH en agents publics coûterait trop cher aux finances publiques. Par ailleurs, le système manquerait de souplesse et ne permettrait pas de répondre aux besoins des territoires, tout en ajoutant un facteur de mobilité contrainte des AESH. Enfin, ils ont souligné que le grade retenu — en l’espèce le B — aurait pour conséquence d’exclure les AESH qui n’ont pas le baccalauréat ou celles — car la profession est largement féminisée — qui sont étrangères. Ils ont donc supprimé l’article premier.
Pourtant, outre que la demande émane du terrain, la précarité des AESH entraîne une désaffection du métier. Elles sont de plus en plus nombreuses à quitter cet emploi, qui ne leur permet pas de vivre dignement. La majorité d’entre elles sont sous le seuil de pauvreté.
Tous l’assurent : les AESH sont essentielles pour les enfants en situation de handicap et pourtant, la droite et le centre a largement voté les amendements de suppression de chacun des articles, présentés par Cédric Vial.
Après avoir supprimé l’article 4, dans la mesure où le texte avait été totalement vidé de sa substance, cela a abouti à un rejet du texte.
En dehors de l’article 1er et de l’article 4, qui portaient sur les AESH, les articles 2 et 3 visaient à améliorer la situation au sein de l’école des enfants en situation de handicap. Ils ont aussi été supprimés par amendements.
C’est sans ironie que Max Brisson, l’autre sénateur LR, qui a occupé le micro, a déclaré que son groupe et lui étaient favorables à l’école inclusive, mais, pas dans les conditions présentées par la gauche de l’hémicycle.
On se pince et on s’interroge. Car, comme l’a malicieusement fait remarquer le sénateur Adel Ziane, les Républicains de l’Assemblée nationale ont déposé un texte très similaire à celui des socialistes du Sénat.
Il s’agit de la proposition de loi pour une meilleure reconnaissance et une amélioration des conditions de travail des accompagnants des élèves en situation de handicap. Elle a été déposée par Corentin Le Fur, député de la Droite Républicaine. Elle est cosignée par des députés de droite, du groupe LIOT, du Rassemblement National, de l’UDR, des écologiques, du groupe EPR ou encore d’Horizons.
Il est donc largement transpartisan et l’exposé des motifs est sans ambiguïté « L’objet de cette proposition de loi transpartisane est donc de créer un corps de fonctionnaires propre aux AESH, auquel les AESH en activité à la rentrée 2024 seront intégrés de droit. La création de ce corps de catégorie B, leur permettra de sortir de la précarité, d’accéder à la formation qu’ils appellent de leurs vœux et de procéder à la clarification de leurs missions. Cette création rendra le métier d’AESH plus attractif et contribuera in fine à rendre l’inclusion scolaire concrète, et à mieux répondre aux besoins des familles ».
Manifestement, les initiatives parlementaires des Républicains ont des difficultés à traverser la rue.
La proposition de loi de Corentin Le Fur n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour, mais rien n’indique qu’elle ne fera pas l’objet d’un examen ultérieur.
Quant aux AESH, le message est bien passé : elles sont indispensables, mais, ne méritent manifestement pas de faire l’objet d’une valorisation, passant autrement que par des mots et des likes sur les réseaux sociaux.
