Affaire Lyhanna : Lecornu a entendu le message des députés en faveur de la loi intégrale
La mort de Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé dans le Gers le 4 juin, continue de secouer le débat politique.
Plusieurs jours après sa disparition, l’enquête a mis en lumière de graves dysfonctionnements judiciaires : le principal suspect, Jérôme Barella, n’avait jamais été interpellé ni même convoqué, malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs. Ce lundi 15 juin 2026, nos confrères de BFM TV rapportaient qu’une fillette, prise en charge par l’ASE (l’aide sociale à l’enfance) avait rapporté le comportement déviant du suspect, que l’institution avait effectué un signalement mais, la machine judiciaire ne s’était, là encore, pas enclenchée.
Dans ce contexte d’émotion nationale, des députés portant une proposition de loi transpartisane contre les violences sexistes et sexuelles ont été reçus lundi à Matignon par Sébastien Lecornu.
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Une réunion au sommet, sept ministres à la table
La réunion s’est tenue en réponse à l’onde de choc provoquée par l’affaire. Pourtant, la semaine dernière, l’exécutif semblait faire bloc derrière Gérald Darmanin, soulignant des dysfonctionnements isolés et individuels. Après une semaine de polémique, Sébastien Lecornu semble faire machine arrière, d’autant qu’une nouvelle manifestation s’est déroulée sous les fenêtres du ministère de la Justice.
Autour du Premier ministre, sept membres du gouvernement étaient présents : Laurent Nunez (Intérieur), Jean-Pierre Farandou (Travail), Édouard Geffray (Éducation nationale), Gérald Darmanin (Justice), Stéphanie Rist (Santé), Laurent Panifous (relations avec le Parlement) et Aurore Bergé (Égalité femmes-hommes).
Pour la députée socialiste, Céline Thiébault-Martinez, à l’origine de la proposition de loi, cette composition était un « point positif », car « cela permet de dessiner une politique publique en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants ». Entourée de collègues MoDem, LR, Renaissance, écologiste et communiste, elle a estimé que Sébastien Lecornu « a pris la mesure de la situation et la mesure des attentes exprimées ».
La mobilisation transpartisane autour de ce texte est notable. Rarement une proposition de loi aura rassemblé, dans un même couloir de Matignon, des élus aussi divers sur l’échiquier politique. Ce front commun témoigne de la pression exercée sur l’exécutif pour aller au-delà des déclarations d’intention et s’engager sur un calendrier législatif concret.
Les moyens, « pas un obstacle » selon Matignon
Sur le financement, le Premier ministre a semblé lever une partie du voile. Selon Céline Thiébault-Martinez, Lecornu a indiqué que « les moyens, pour lui, ne seront pas un obstacle » — une déclaration notable au regard du coût du texte, chiffré à un peu moins de trois milliards d’euros. Il a toutefois demandé à ses ministres de conduire « une étude d’impact des mesures » envisagées. La demande n’est pas surprenante. En effet, à la lecture de la proposition de loi, on comprend qu’il faudra déployer des financements, des infrastructures mais aussi procéder à des recrutements et si la somme est assez minime, tant au regard des enjeux qu’en comparaison avec le poids de certaines niches fiscales, les efforts doivent s’inscrire dans la durée.
De son côté, Emmanuel Macron a assuré lundi que des moyens supplémentaires pour la justice seraient déployés si nécessaire, tout en rappelant que « de multiples lois » sur la protection de l’enfance avaient déjà été votées et que le budget de la Justice avait augmenté « comme jamais ». Là encore, on note un revirement par rapport aux propos tenus précédemment, aux débuts de l’affaire, lorsque le chef de l’État avait dit qu’il ne voulait pas « entendre parler des moyens ».
Certaines dispositions de la proposition de loi pourraient par ailleurs être « incluses » dans le projet de loi sur la protection des enfants, attendu au Parlement après la mi-juillet dans une version enrichie. Si on se fie aux propos du Premier ministre de la semaine dernière, les mesures qui seront insérées concernaient les sanctions pénales.
Pas de « texte à la découpe »
Si les députés saluent le ton de la rencontre, ils posent néanmoins une ligne rouge. La députée macroniste Julie Delpech a été explicite : « on a été très clairs sur le fait que ce n’est pas un texte à la découpe », et cette éventuelle intégration de mesures dans d’autres véhicules législatifs « n’enlève rien au combat sur la [NDLR proposition de] loi intégrale ». Autrement dit, les élus entendent bien préserver l’architecture globale de leur texte plutôt que de le voir absorbé, et dilué, dans d’autres chantiers.
La suite du processus est désormais balisée. Les députés reverront le Premier ministre après le 14 juillet, une fois que le Conseil d’État aura rendu son avis sur la proposition de loi. D’ici là, ils rencontreront individuellement chacun des ministres concernés. Un examen en séance pourrait intervenir à l’automne, selon les informations communiquées à l’issue de la réunion.
Exit donc la session extraordinaire avec inscription à l’ordre du jour voulu par la Présidente de l’Assemblée nationale. En renvoyant à l’automne, le Premier ministre enjambe deux difficultés. La première est la réticence manifeste des sénateurs à siéger cet été, pour des raisons de campagne sénatoriales. Ainsi, le texte sur la protection de l’enfance qui sera examiné prochainement en séance publique, ne sera soumis aux sénateurs que cet automne.
La seconde est plus politicienne. En invitant les députés à faire preuve de patience jusqu’à cet automne pour voir le texte aboutir, cela revient à leur demander de ne pas le censurer, du moins pas dans un avenir immédiat, alors que la tentation est très forte de faire un coup politique, si près de l’élection présidentielle.
Quant à Gérald Darmanin, il devrait prochainement recevoir le rapport d’inspection qu’il a demandé. Reste à savoir si ce rapport sera public.
