Prix bloqués, baisses de taxes, aides : que font nos voisins face à la flambée des carburants ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une conférence de presse ce jeudi 21 mai 2026 pour parler des conséquences de la guerre en Iran et des éventuelles mesures de soutien à l’activité économique.
En effet, depuis bientôt trois mois, Donald Trump, très encouragé par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a déclenché une offensive sur l’Iran, ce qui s’est très rapidement traduit par le blocage du détroit d’Ormuz, qui est la route du pétrole.
Depuis, le prix des carburants flambe pour l’ensemble de la planète. Si on ne sait pas encore ce que va décider le Premier ministre, on peut déjà faire un tour d’horizon de ce qu’ont fait nos homologues européens.
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Les interventionnistes
Plusieurs États de l’Union européenne ont décidé d’agir directement sur les prix, par exemple, en baissant la part de TVA, en plafonnant les prix et même dans certains cas, de rationner les ventes.
Dans le cas de la Pologne, on peut même aller jusqu’à parler de prix administrés, car l’administration a décidé non seulement de plafonner les prix, mais aussi de réduire temporairement la part de TVA perçue sur le carburant.
L’Espagne fait également figure de championne des interventionnistes puisque le Premier ministre a décidé de baisser la part de TVA sur l’ensemble des énergies, ce qui lui vaut des remontrances de la part de la Commission européenne.
L’Italie a aussi choisi d’intervenir globalement, mais, contrairement à l’Espagne, elle n’a pas touché à la TVA, mais aux droits d’accise, suivant ainsi les recommandations de la Commission européenne.
Les pays ayant opté pour les aides ciblées
La Bulgarie a choisi de procéder à des aides ciblées, avec une compensation automatique de 20 € par mois et par personne si le SP95 ou le diesel passe à 1,60 € du litre durant trois jours consécutifs.
Chypre a été plus généreuse puisqu’elle a combiné des aides « directes » et « indirectes » : une baisse de la TVA sur les prix de l’alimentaire et de l’électricité, une baisse des accises sur le carburant ainsi qu’à des subventions pour les agriculteurs et pour les hôteliers.
La Grèce a opté le plafonnement des marges des distributeurs jusqu’à la fin du mois de juin, une carte carburant numérique, des subventions pour l’essence et les engrais ainsi qu’à des réductions sur le prix des transports en ferry.
Les pays politiquement bloqués
Certains pays n’ont pas encore annoncé de mesures de soutien, mais la raison est purement politique. En raison de certains blocages partisans, des mesures n’ont pas pu être prises. C’est le cas notamment de la Roumanie. Des mesures d’aide ne peuvent pas être prises par le Président de la République, c’est du ressort du Premier ministre. Or, Bolojan a été renversé suite à l’adoption d’une motion de censure, votée par le PSD (gauche) et AUR (extrême-droite). Un nouveau gouvernement doit s’installer d’ici deux mois et en attendant, Bolojan, dont la légitimité pouvait déjà être discutée, n’a pas les armes.
C’est aussi le cas du Danemark. Des discussions sont en cours pour former un nouveau gouvernement, presque deux mois après les élections législatives, mais, ce gouvernement risque d’être minoritaire.
Pour l’heure, aucune mesure n’a été annoncée.
L’inaction assumée
Tous les pays de l’Union européenne n’ont pas opté pour des aides et si dans certains cas, cela tient au fait qu’ils soient politiquement bloqués, d’autres ont délibérément fait ce choix.
C’est le cas des trois États baltes : Estonie, Lituanie, Lettonie, de la Finlande, du Luxembourg, de Malte et de la Tchéquie.
Les raisons sont diverses. Dans le cas de Malte, aucune mesure n’était nécessaire : le prix des carburants est déjà le moins cher. Pour le Luxembourg, des dispositifs permettant d’encadrer les prix existaient déjà, tout comme certaines aides.
La Lituanie a cependant choisi une voie alternative : une réduction de 50 % des tarifs ferroviaires intérieurs. Il est à noter que c’est le seul pays qui a décidé d’inciter les citoyens à privilégier les transports en commun propres.
La transition écologique en toile de fond
Ce que l’on observe sur la carte des états européens qui ont mis en place ou non des aides, c’est la part des pays qui ont amorcé leur transition écologique.

En effet, si le Danemark ou la Finlande n’ont pas débloqué des aides spécifiques, c’est que le besoin se fait moins ressentir du fait d’une transition écologique, qui n’a pas attendu la guerre en Iran.
À l’inverse, les états très dépendants du pétrole ont dû sortir le chéquier immédiatement, avec des mesures très fortes, pour éviter une explosion sociale. Ainsi, en Irlande, c’est sous la pression populaire, notamment le blocage routier des agriculteurs, que différentes aides ont été décidées.
La France face à ses contraintes
Les États peuvent difficilement baisser la TVA sur le prix des carburants, sans s’attirer les foudres de la Commission européenne et c’est pour cela que contrairement à l’Espagne ou à la Pologne, l’Italie ou la Slovénie ont préféré s’orienter vers une baisse des accises.
Ce n’est pas en France que la part de taxes est la plus forte, mais en Finlande. 55.99 % du prix du SP95 tombe dans les caisses de l’État. La France se situe dans la moyenne européenne. Mais, contrairement aux autres pays, sa situation économique fait que l’État peut difficilement se passer de cette recette.

Comme on le voit, entre la France et l’Espagne, le prix hors-taxe du SP95 est similaire, mais les taxes vont peser plus lourd en France.

Politiquement, les marges de manœuvre de Sébastien Lecornu sont assez limitées. À gauche, on veut plafonner les prix des carburants et taxer les profits de Total, à l’extrême-droite, on préfère baisser le prix des taxes voire en supprimer certaines, la droite et le centre sont plus ouverts aux aides ciblées, pour les ménages les plus en difficulté ou les gros rouleurs.
Si aides il doit y avoir, cela prendra probablement la forme d’un ou plusieurs décrets ou d’une prise en compte dans le calcul de certaines charges. Selon nos informations, aucun projet de loi ne serait dans les tuyaux.
Ce tour d’horizon de nos voisins européens montre qu’il n’existe pas de solutions magiques à très court terme, encore moins lorsque les finances publiques ne sont pas saines. Certains pays ont choisi de prendre des libertés avec les textes européens, avec le risque de sanctions sur le long terme.
