Le PDG de Ryanair veut bannir l’alcool des aéroports le matin. Mais, cette déclaration n’est pas si désintéressée que cela.
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Alcool et avion : la polémique relancée par le patron de Ryanair

Le PDG de la compagnie Ryanair, Michael O’Leary, a demandé l’interdiction de la vente d’alcool dans les aéroports le matin et la limitation à deux verres le reste de la journée. Motif ? Les passagers ivres sont un danger pour la sécurité.

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Ivres à 5 h du matin

En effet, lorsqu’un passager alcoolisé provoque des troubles dans un avion, ce dernier doit être dérouté de sa destination, pour exfiltrer l’indélicat. Conséquence : les vols sont retardés par effet domino, le carburant est gaspillé et les passagers qui ont des correspondances, les ratent.

N’hésitant pas à pousser loin le scénario catastrophe, O’Leary indique qu’un jour, un crash aérien pourrait même se produire, si des mesures ne sont pas prises.

Ce phénomène des passagers très alcoolisés avant un voyage en avion se retrouve plutôt de l’autre côté de la Manche et du Rhin. La semaine dernière, c’est un vol en partance pour Alicante qui a dû se poser à Baden-Baden. Cependant, les Français ne sont pas non plus toujours très sobres : le mois dernier, un Marseillais a ouvert une porte vitrée de l’aéroport, provoquant des retards en cascade.

Un cadre juridique déjà existant

La question de l’interdiction de la vente d’alcool n’est pas nouvelle. En 2021, le député MoDem Laurent Garcia avait posé la question « Parmi les mesures préconisées, il souhaite savoir s’il est envisagé de rendre payante ou de taxer la distribution d’alcool dans les avions ou bien tout simplement l’interdire au même titre que la consommation de tabac ».

Le ministre de la Santé de l’époque — Olivier Véran — lui avait répondu « Les réflexions menées dans le cadre des groupes de travail susmentionnés conduisent à considérer qu’une prohibition systématique de l’alcool à bord ne serait pas productive. Elle pénaliserait dans leur ensemble les passagers qui, pour la très grande majorité, en achètent pour une consommation ultérieure, ou ceux qui en consomment de manière modérée à bord, sans pour autant apporter l’assurance d’un bon comportement de tous les passagers durant le transport. ».

« En revanche, en complément de la gestion en vol, la connaissance de vols à risques (supporters sportifs, vols spéciaux ou destinations festives) permet des réponses ajustées, comme par exemple une interdiction préfectorale de servir de l’alcool dans l’aérogare dans la zone et l’heure précédant le départ du vol ».

Il rappelle également que le Protocole de Montréal prévoit déjà un renforcement des sanctions en cas de mise en danger ou actes répréhensibles dans les avions, protocole qui a été ratifié par le Parlement en 2021.

Une captation du marché par Ryanair ?

Derrière cette déclaration du patron de Ryanair, il pourrait y avoir autre chose. En effet, les vols low cost facturent absolument tout : le placement, le nombre de bagages, la nourriture, l’eau et l’alcool, bien souvent à des prix assez prohibitifs. Comptez 8 € la bouteille de vin, 9 € celle de prosecco et 7 € la mignonnette de rhum, de vodka, de gin ou de whisky. La bière est à 6,50 € pour une canette.

Son concurrent Vueling pratique peu ou prou les mêmes tarifs : 4,50 € la bière, 8 € la bouteille de vin rouge, 11,50 € le cocktail, 8 € la mignonnette.

Ryanair ne publie pas une comptabilité exhaustive, faisant qu’il est difficile de déterminer quelle est la part de son chiffre d’affaires qui provient exclusivement des ventes de biens dans ses avions. Néanmoins, en 2025, les revenus annexes se monteraient à plus de 4 milliards, soit 34 % du chiffre d’affaires. Les compagnies low cost sont très frileuses sur la publication des chiffres, pour masquer les marges qu’elles peuvent opérer. Par ailleurs, il est notoire que le personnel navigant des compagnies low cost est poussé à faire le plus de ventes possible. Ryanair avait été épinglé sur ce sujet.

Dès lors, si la déclaration d’O’Leary peut paraître sincère, on ne peut pas tout à fait faire abstraction du fait qu’il n’a pas été jusqu’à bannir tout simplement la vente d’alcool au sein de ses appareils.