À l’Assemblée, la maladie ne prévient pas
La séance de ce mardi 26 mai 2026 s’est ouverte sur un hommage à une député décédée, Béatrice Bellamy. Encore une. C’est le deuxième décès de cette courte législature. Il n’y en avait eu aucun sous la XVIe. On en compte sept sous la XVe et cinq sous la XIVe législature.
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Une pudeur républicaine
Derrière ces chiffres, une révolution culturelle s’est opérée. Avant le COVID, la maladie n’existait pas à l’Assemblée nationale. Pourtant, certains avaient tenté de la faire entrer. Patrick Roy était de ceux-là, nous rappelle une source parlementaire, elle aussi présente durant les législatures précédentes.
Sa dernière question au gouvernement, cet amoureux du métal, la consacre à l’audiovisuel et à remercier celles et ceux qui ont été à ses côtés durant sa maladie. Atteint d’un cancer du pancréas, il décédera deux mois plus tard.
Entre-temps, on a tu la maladie. On savait qui était malade, mais une forme de respect républicain et de pudeur a retenu tout le monde. Il n’appartenait pas aux journalistes de dévoiler ce pan de la vie privée des élus et ces derniers ont toujours fait preuve de retenue. Hors de question de « balancer » un collègue, même de l’autre bord politique, en disant qu’il était malade.
Car, la maladie ne s’arrête pas à l’écharpe tricolore, qui n’est pas un super-vaccin.
Parler, à quel prix ?
Sous cette législature, nombreux ont été les députés qui ont choisi de rendre public le mal qui les rongeait, à commencer par la première d’entre eux : la Présidente de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet. Première femme à présider le Palais Bourbon, elle découvre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Curable. Elle choisit d’en parler pour inciter les femmes à se faire dépister régulièrement.
Charles Sitzenstuhl se retrouve en soins intensifs durant plusieurs jours en 2022, alors qu’il n’a que 34 ans. Charles Fournier, actuellement en convalescence, annonce avoir fait un AVC. Aurélien Rousseau, ancien ministre et désormais député, a évoqué son cancer. Plus récemment, c’est la député Christelle d’Intorni qui a révélé qu’on lui avait diagnostiqué une sclérose en plaques, expliquant ainsi pourquoi elle était plus discrète ces derniers temps.
En creux, une question surgit : le député a-t-il réellement le choix ? Peut-il taire sa maladie ?
Pour Éric Coquerel, parler rend les choses plus difficiles « Une des manières de lutter contre la maladie, c’est de continuer le plus tard possible son activité. Or, si quand vous êtes un personnage public, vous admettez que vous avez une maladie grave, potentiellement létale, inévitablement, quelque part, on va d’abord vous voir comme malade que comme le député que vous êtes. Le jour où vous rendez publique votre maladie, vous abandonnez une partie de vos défenses. C’est comme ça que je le vois ».
Philippe Ballard a une approche différente « On est des personnalités publiques, on a un devoir de transparence. Mais, c’est à la personne impactée de prendre la décision ». Et le secret médical, qui est dû à tout un chacun ? « C’est un chemin de crête, c’est compliqué à trouver ».
Le Palais Bourbon, une institution maltraitante
On le sait : l’Assemblée nationale est une maison toxique et maltraitante. Car, elle ne permet même pas de se soigner correctement. « C’est un peu compliqué » nous explique Ségolène Amiot « On a la chance incroyable d’avoir accès à un médecin à l’Assemblée nationale mais, pour ceux qui n’habitent pas Paris, cela ne constitue pas un suivi régulier ».
Elle poursuit : « On a un rythme qui fait qu’on perd des années de vie et à terme, des pathologies surgissent. Même pour les neurodivergences, rien n’est prévu. On ne peut pas être remplacé par un suppléant quand on est malade ou enceinte. Or, quand on est absente, les gens nous le balancent à la gueule « vous n’étiez pas en hémicycle, vous n’étiez pas en commission, vous n’étiez pas en circonscription ». »
« En fait, on en vient à communiquer au moment où on est mis au pied du mur, où il y a tellement de reproches, qu’en fait on est obligé de dire « je suis malade en fait et je suis gravement malade ». »
Le rythme de fou de l’Assemblée nationale, avec des journées de travail démarrant à 8 h et s’achevant à minuit ne permet même pas de suivre un traitement médical bénin à base d’antibiotiques, d’avoir un rythme de sommeil constant ou simplement de prendre soin de soi.
C’est le constat amer que fait Véronique Riotton « tout ce qui contribue au bien-être du député doit être pris sur ces fonds personnels. Or, la santé, c’est aussi prendre soin. L’entreprise a avancé sur ces sujets. L’Assemblée nationale ne s’autorise pas, d’un point de vue institutionnel, à prendre soin de ses propres députés ».
La présidente de l’Assemblée nationale souhaite une vraie réforme du règlement intérieur et pour le moment, il n’y a pas de consensus. Pourtant, il y a un thème qui réunit tous les députés sollicités sur ce sujet : envisager les députés comme des êtres humains, avec les mêmes besoins que les autres et plus comme des machines à abattre de l’amendement, du projet de loi, du rapport, des réunions publiques.
À voir si le sujet parviendra à émerger lors de la prochaine législature, après l’élection présidentielle.
