L’Assemblée nationale a rendu un dernier hommage à Olivier Marleix.
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Au revoir M. Olivier Marleix

Il était écrit que cette séance du mardi 8 juillet 2025 ne serait pas ordinaire. Initialement, elle devait conclure la session extraordinaire d’été, par un dernier tour de Questions au Gouvernement. François Bayrou avait indiqué qu’il ferait des annonces budgétaires le 15 juillet 2025, soit après la clôture des travaux de l’Assemblée nationale. La tactique est simple à comprendre : si l’Assemblée nationale ne siège, le Gouvernement ne risque pas de motion de censure.

Une triste nouvelle est devenue changer la donne et l’atmosphère : Olivier Marleix s’est donné la mort. Député respecté, pince-sans-rire et élu de terrain, ses collègues voulaient lui rendre un dernier hommage.

Enfin, presque tous. Car, si les députés étaient présents en nombre pour cet hommage, il manquait deux ministres de son ancienne famille politique aujourd’hui en séance : Rachida Dati et Gérald Darmanin. Si la première s’est au moins fendue d’un message sur X (anciennement Twitter) et avait une contrainte d’agenda, le second n’a pas trouvé une minute pour exprimer ses condoléances, ni sur un réseau social ni en hémicycle, attendu qu’il a séché les Questions au Gouvernement.

La disparition d’Olivier Marleix a bouleversé tout le Palais Bourbon, députés comme journalistes comme agents de l’Assemblée nationale. Tous le connaissaient, sinon, de réputation, au moins de vue. Il avait creusé son propre parcours politique et n’avait pas toujours opté pour la facilité. Qu’on se le dise : avoir déjà un parent en politique n’est pas toujours le moyen le plus simple pour se démarquer, tant on est ramené à son aïeul.

Pour qui a connu les deux personnages, en tant que parlementaires, ils étaient aux antipodes, tant et si bien qu’on pouvait même se demander s’il partageait bien le même arbre généalogique.

Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale, a tenu à lui rendre hommage, rappelant son parcours et ses combats. Une photo a été affichée en lieu et place du dérouleur, durant l’hommage et la minute de silence.

Si certains députés n’ont pas pu s’empêcher de jeter un œil sur leur smartphone durant l’allocution de la Présidente de l’Assemblée nationale ou de regarder les mouches voler, durant la minute de silence, tous les députés, tous les agents, tous les collaborateurs présents en hémicycle, et même quelques photographes, placés en tribune d’honneur ou en guignol, se sont levés pour saluer la mémoire d’un homme qui a décidé de mettre fin à son existence. Les yeux n’étaient pas non plus totalement secs.

Le reste de la séance de l’après-midi a été ponctué par des hommages à l’ancien député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir et le visage de certains parlementaires, en particulier à droite, montrait la sidération, la douleur et l’incompréhension de cette perte qui n’était ni annoncée ni préparée.

Un député ou un sénateur qui décède pour cause de maladie, le Parlement en a déjà connu et sait se préparer mentalement à la dépêche AFP qui informe de la fin d’une agonie. Mais, un suicide ?

On n’est jamais prêt pour le suicide d’un proche, on s’attend encore moins à ce que ce soit un politique qui mette fin à sa vie. Après tout, n’ont-ils pas tout ce qu’on désire ? De l’argent, de la réputation, du respect, des avantages liés à leur statut.

La réalité est que derrière chaque homme ou femme politique se cache d’abord un être humain, avec ses failles et ses douleurs. Le mandat politique est par nature très violent. Par son geste, Olivier Marleix a rappelé que personne n’était en acier.

On évoque toujours à mots couverts, avec pudeur et délicatesse ce qu’on appelle les risques psychosociaux du mandat politique : la dépression, la consommation d’alcool, de stupéfiant, mais, on ne travaille pas encore sur l’ensemble du spectre.

Peut-être qu’après l’été, quand la douleur sera moins forte, il sera temps de se demander s’il ne faudrait pas un accompagnement psychologique pour l’ensemble des élus.

Pour le moment, l’heure est encore au recueillement et il faudra du temps pour digérer la nouvelle.


Si vous allez mal, que vous vous sentez seul(e), appelez-le 3114.