Les députés doivent se réunir à 14 h 30 pour voter ou non le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public.
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Audiovisuel public : vote à 14 h 30

C’est un vote qui s’annonce aussi politique que procédural. Les 31 membres de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public se retrouvent lundi après-midi pour décider si le rapport de leur rapporteur, le député UDR Charles Alloncle, sera ou non rendu public. L’issue est loin d’être acquise.

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La mécanique est simple : une majorité favorable ouvre la voie à une publication dans la semaine. Un vote négatif, lui, efface tout — auditions, comptes rendus, vidéos — comme si quatre mois de travaux n’avaient jamais existé. Ce scénario, rare dans l’histoire parlementaire, reviendrait à signifier que la méthode du rapporteur n’est pas validée par ses pairs. Avec, en creux, un risque que Charles Alloncle ne manquerait pas d’exploiter : se poser en victime d’une censure politique.

Le vote négatif d’un rapport de commission d’enquête parlementaire est survenu au moins deux fois. Le cas le plus récent est celui de la commission d’enquête visant à évaluer la baisse des dotations aux communes par l’État en 2015 et encore avant, il y avait le rapport dit Perruchot, en 2011, sur le financement des syndicats en France.

Des préconisations brutales pour l’audiovisuel public

Cela devient une habitude. En dépit du secret qui devrait normalement entourer le rapport avant sa publication, ce dernier a déjà fuité dans la presse, au moins partiellement. Si le correspondant de la presse parle d’un rapport de presque 400 pages, d’autres avancent le chiffre de 300 pages. Il ne contiendrait pas moins de 80 propositions.

Les députés membres de la commission d’enquête l’ont consulté à huis clos la semaine dernière. Aucune copie n’a été autorisée, les parlementaires pouvant uniquement prendre des notes manuscrites. Charles Alloncle y dessine un audiovisuel public radicalement remodelé : France 4 et France TV Slash supprimées, France 2 et France 5 fusionnées en une grande généraliste, franceinfo et France 24 regroupées, et le Mouv’, l’antenne hip-hop de Radio France, purement et simplement fermée. Le tout doit générer plus d’un milliard d’euros d’économies — un quart des financements publics actuels — destinés non pas à être réinjectés dans le secteur, mais au désendettement de l’État.

Victimes collatérales : LCP et Public Sénat, que le rapporteur propose de soumettre au contrôle de l’ARCOM, sans que l’on sache à ce stade, ce qui justifie cette idée et qui ne s’inscrit pas réellement dans une logique d’économie. Car, si les deux chaînes doivent se soumettre au contrôle de l’ARCOM, notamment en ce qui concerne le temps de parole des élus, leurs dotations — qui dépendent directement des chambres parlementaires — devront être revues à la hausse pour permettre l’embauche d’un chargé de surveillance du temps de parole, ainsi que des logiciels adéquats.

Parmi les propositions les plus controversées figure le retour à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l’Élysée, un dispositif abandonné il y a une décennie. Dans les couloirs de l’Assemblée, on parle ouvertement de « retour à l’ORTF ».

Le bloc central en arbitre

La configuration politique du vote est lisible : socialistes et insoumis, soit huit voix, ont annoncé leur opposition. Le sort du rapport repose donc sur les élus du bloc central — EPR, Horizons, MoDem — dont les hésitations sont moins idéologiques que procédurales. Ce n’est pas tant le fond qui semble poser problème que la forme. Plusieurs d’entre eux peinent à cautionner ce qu’ils décrivent comme un rapport truffé d’approximations, d’insinuations et d’attaques personnelles contre des journalistes et des dirigeants nommément cités.

Le député UDR campe sur ses positions. « Je ne me soumettrai pas à ce chantage », a-t-il lancé lundi matin sur les ondes, tout en laissant ouverte la porte d’un compromis de dernière minute.

Bolloré en toile de fond

L’affaire prend une dimension supplémentaire avec les révélations sur le lobbying exercé autour de la commission. Il est apparu que Lagardère News — groupe qui contrôle le JDD, Europe 1 et le JD News — avait transmis aux membres de la commission des listes de questions à poser lors des auditions. Ces mêmes médias ont mené, ces derniers mois, une campagne soutenue contre l’audiovisuel public, pointant son coût et sa supposée partialité. Leur actionnaire indirect, Vincent Bolloré, plane sur le dossier sans y apparaître formellement.

Radio France, particulièrement ciblée par ces questions orientées, a réclamé que la lumière soit faite sur d’éventuelles collusions entre des parlementaires et des groupes médiatiques concurrents. Une demande qui, quelle que soit l’issue du vote de cet après-midi, ne sera pas facile à ignorer.

Charles Alloncle indique que l’envoi de questions aux membres d’une commission d’enquête parlementaire est une pratique aussi vieille que l’Assemblée nationale en guise de défense, mais, on ne sait pas qui a reçu ces questions et pourquoi cette information n’a pas été révélée plus tôt, par les députés eux-mêmes.

Il est à relever que le groupe Lagardère News ne s’est pas caché : dans sa fiche HATVP, il est indiqué « Réforme de l’audiovisuel public : meilleur encadrement des missions et des moyens de Radio France » parmi les actions de lobbying entreprises durant l’année 2025.

Charles Alloncle : le gagnant

Que le rapport soit voté ou non, le véritable gagnant de cette commission d’enquête parlementaire, qui est né d’une discussion entre deux journalistes dans un café, est bien Charles Alloncle.

Nouvellement élu en 2024 et inconnu du grand public, sa notoriété s’est accentuée au fil des auditions et lui a ouvert les portes des médias. Il a pris goût à cette lumière et se verrait bien prendre la tête du groupe UDR, lorsqu’Éric Ciotti quittera définitivement l’Assemblée nationale pour la ville de Nice.

On ne sait pas encore si Éric Ciotti désignera lui-même son successeur ou si un vote aura lieu, mais personne ne serait surpris que Charles Alloncle se serve de sa nouvelle popularité pour peser dans la balance.

Mise à jour à 14 h 05 : le groupe EPR s’abstiendra. Jérémie Iordanoff (écologiste) votera contre.