« Aujourd’hui, ce qui nous menace, c’est un gamin de 15 ans en Vendée » Éric Bothorel tire la sonnette d’alarme sur la cybersécurité
Ce mardi 5 mai 2026, le député apparenté EPR Éric Bothorel, grand connaisseur des sujets liés au numérique a interrogé la secrétaire d’état au numérique, Anne Le Henanff sur la prise en compte de la sécurité informatique par le gouvernement. En creux, s’il salue les avancées annoncées par le Premier ministre, il pointe un budget à la baisse, le retard considérable dans le déploiement du filtre anti-arnaque et l’absence d’inscription à l’ordre du jour du projet de loi résilience, qui doit transposer la directive NIS2.
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Un calendrier législatif inquiétant
Bien que la secrétaire d’État annoncé un calendrier pour l’inscription du projet de loi Résilience, la réponse n’a pas convaincu le député breton. Ce texte, qui accuse deux ans de retard, doit transposer la directive européenne NIS2, portant sur la sécurité informatique.
« Pour l’instant, il n’est toujours pas au calendrier et ça, ça m’inquiète. Ça m’inquiète car, à deux mois et demi de la levée des travaux, on a une ministre qui ne dit « ce sera inscrit », elle dit « ça devrait être inscrit ». »
Tout est dans le « devrait » et d’après certaines informations concordantes, la raison de ce retard à l’inscription à l’ordre du jour trouverait ses racines dans la volonté des services de renseignements de légiférer sur la mise en place de backdoors. Si la rumeur pouvait encore apparaître farfelue jusqu’à la semaine dernière, la publication du dernier rapport de la délégation parlementaire au renseignement semble accréditer cette thèse.
Budget et organisation : des angles morts persistants
Au-delà du calendrier législatif, Éric Bothorel s’alarme de l’insuffisance des investissements dans la sécurité informatique au sein des différents ministères, ainsi que du flou entourant les missions de l’ANSSI, l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.
« S’il y a des ministères qui n’investissent que 1 % alors que ça devrait être 10 % de leur budget, ce ne sont pas 200 millions qui vont faire la différence. Ce qui est inquiétant et elle n’a pas répondu à la question, c’est ce que fait l’ANSSI demain. »
La France, une terre d’attaque
Sur les forums, la France figure en bonne place dans la liste des fuites de données récurrentes, à côté de la Turquie, de la Thaïlande ou encore de la Russie. Le député ne minimise pas les conséquences concrètes de ces fuites, rappelant pour mémoire le cas de la fédération française de tir.
« Je suis partiellement d’accord avec Sébastien Lecornu. C’est vrai que certaines données, comme le nom, le prénom, l’adresse et le numéro de téléphone, on pouvait déjà les trouver dans un bottin. Mais, ce qui est inquiétant, c’est par exemple, la fédération française de tir. Parce que derrière, on a des opérations de gens qui font des cambriolages, violents, pour aller chercher des armes, chez des gens dont on suspecte qu’ils les ont, puisqu’ils sont adhérents de la fédération française de tir. On est en train de donner un bottin qui dit « tous les gens qui sont là, sont des gens qui ont des armes ». »
Il s’alarme aussi des risques que cela fait peser sur les citoyens.
« On pourrait parler de la cryptomonnaie ou d’autre chose, tout cela permet des attaques plus évoluées, de l’ingénierie sociale, pour mettre en confiance de futures victimes et leur extorquer, soit des fonds, soit de nouveau des données pour enrichir d’autres bases et qui vont intéresser d’autres acquéreurs de ces données. »
Il est d’autant plus dépité que la menace ne vient plus seulement de groupes très organisés, d’organisations paraétatiques ou même étatiques. Il alerte sur la banalisation des cyberattaques, dont certaines sont à la portée de n’importe quel individu.
« On ne peut pas ignorer qu’aujourd’hui, on est devenu une terre d’attaque et c’est quand même inquiétant. Là aujourd’hui, ce qui nous menace, c’est un gamin de 15 ans en Vendée, avec un niveau d’attaque qui n’est pas élaboré du tout ! »
D’autant que si le pirate présumé de l’ANTS a été appréhendé la semaine dernière par les forces de l’ordre, rien ne dit à ce stade qu’il n’y a pas eu de précédentes compromissions, tant l’attaque était rudimentaire. Des investigations sont toujours en cours.
