Canicule : les leçons de 2003 que personne n’a retenu
En 2003, la France connaissait une canicule sans précédent, qui sera responsable de près de 20 000 morts. Au 21 juin 2026, trois décès liés à la canicule qui a démarré vendredi, ont été enregistrés en Gironde.
Deux rapports parlementaires verront le jour. Le premier, le 3 février 2004 par les sénateurs et le second, par une commission d’enquête des députés, le 25 février 2004.
Les parlementaires ont déploré l’impréparation du gouvernement. Qu’est-ce qui a été fait depuis 2003 ?
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Une cotisation, des plans, et beaucoup de papier
La mesure la plus marquante est la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie dont les dépenses sont affectées au développement de l’aide à domicile, à l’amélioration des EHPAD en termes d’effectifs soignants et de nombre de places, et au renforcement du concours versé aux départements pour la prise en charge de l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie).
Pour financer cette branche, on a créé une journée de solidarité. Les salariés travaillent 7 heures non rémunérées, mais l’employeur verse 0,30 % de la masse salariale brute à la CNSA.
Des systèmes d’alerte ont été mis en place, notamment au niveau communal et départemental, pour recenser les personnes âgées et isolées. Un plan blanc pour les hôpitaux et un plan bleu pour les EHPAD ont été créés.
Mais, il n’y a pas eu de grande révolution, alors que les scénarios montrent que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. On sait que le bâti scolaire n’est pas adapté, au point que certains enfants n’iront pas en classe cette semaine. Les pouvoirs publics ont construit des dispositifs de gestion de crise, mais pas de politique d’adaptation structurelle.
Pourtant, la France n’est pas le seul pays à être confronté à des canicules. Que font nos voisins ?
L’Italie : un droit social adapté aux fortes chaleurs
Dans certaines régions de l’Italie, il est tout simplement interdit de travailler en extérieur entre 12 h 30 et 16 h, les jours où l’alerte rouge canicule est enclenchée. Cela concerne les travaux de la route, les carrières, les chantiers de construction, l’agriculture et l’horticulture.
En cas de vigilance rouge, les travailleurs concernés sont en arrêt. Lorsque la législation a été adaptée, un accord-cadre avec le patronat et les syndicats a été trouvé. Il existe désormais une prise en charge, notamment pour les travailleurs saisonniers y compris pour une demi-journée.
En France, il n’existe pas d’interdiction horaire légale.
L’Espagne : l’adaptation par des actes
En 2025, le gouvernement a produit un plan comportant 80 mesures, dont des abris climatiques. Il s’agit d’espaces climatisés, équipés de sièges et d’eau, conçus pour les personnes âgées, les bébés, les personnes ayant des problèmes de santé et celles qui ne disposent pas des ressources nécessaires à domicile pour faire face aux fortes chaleurs.
Par ailleurs, la climatisation est très présente en Espagne, dans tous les lieux accueillant du public, y compris les transports en commun (bus, métro, tramway).
Les horaires de travail sont aussi adaptés et il n’est pas rare que les magasins ne ferment qu’à 21 h ou même 22 h pour certains centres commerciaux.
Enfin, la ville de Barcelone a été partiellement rénovée — notamment le quartier d’Eixample — pour faire de larges trottoirs avec des pistes dédiées aux mobilités douces et beaucoup de végétalisation. Des aides à la rénovation, partiellement financées par l’Union européenne, ont permis sortir environ 500 000 logements de la catégorie bouilloire thermique.
Les chantiers français
En France, il n’y a pas de température maximale au-delà de laquelle le travail — au moins en extérieur — est interdit.
En dehors de l’adaptation du droit du travail, notamment pour tous les métiers qui s’exercent en extérieur, une partie de la réponse se trouve dans la rénovation du bâti. Ainsi, une grande partie des établissements scolaires ne sont plus adaptés ni aux périodes de grands froids ni aux périodes de canicule alors que les enfants doivent aller en cours.
Côté logement, certains professionnels du bâtiment appellent à intégrer un diagnostic de vulnérabilité thermique, sur le modèle du DPE. Selon le bureau d’études Pouget, seul un logement sur dix est adapté aux fortes chaleurs, y compris dans les logements récents et ceux qui affichent un excellent DPE. Vincent Jeanbrun, actuel ministre du Logement, a pourtant déclaré « le mur devant nous est considérable. Un peu plus d’un logement sur trois s’apparente à une bouilloire thermique. La canicule n’est pas une question météorologique ou climatique, c’est désormais une question de justice sociale » lors de la présentation de son plan endurance le 17 juin 2026.
Dans les EHPAD, aujourd’hui, une seule pièce est climatisée dans certains établissements. Or, les personnes âgées sont les premières victimes des canicules. Il n’existe pas non plus de plan de mise à l’abri des personnes vulnérables. Rien n’oblige à ce que chaque chambre soit climatisée. Quant aux hôpitaux, les personnels soignants alertent régulièrement sur l’absence de climatisation.
Pour les transports, notamment à Paris et en région parisienne, il n’y a pas de gratuité, pour inciter les personnes à privilégier le métro ou le bus ou le RER en lieu et place de la voiture. Il est aussi à noter que toutes les rames ne sont pas encore climatisées.
Le coût de l’adaptation
En 2024, un think tank — I4CE — avait chiffré un coût partiel de l’adaptation au réchauffement climatique. Il a été estimé qu’adapter l’économie au réchauffement climatique pourrait coûter entre 5 et 20 milliards d’euros par an à horizon 2050, dans les secteurs du bâtiment, des transports routiers et ferroviaires, et de l’agriculture végétale.
Si ce coût paraît important, il faut le mettre en rapport avec les pertes qu’engendre chaque épisode climatique « extraordinaire » : inondation, canicule, grand froid. En 2023, les catastrophes climatiques ont coûté 6 milliards aux assureurs.
Selon Météo-France, cette vague de chaleur de juin 2026 est la 52e depuis 1947, et les deux tiers des vagues recensées se sont produites depuis le début du XXIe siècle. Si aujourd’hui, la canicule fait la une de l’actualité, cet automne, lors du vote du budget, le sujet sera oublié.
