Bruno Retailleau, président des Républicains, préconise, entre autres, la castration chimique pour les délinquants sexuels. Est-ce efficace ?
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Castration chimique : solution ou illusion ?

Depuis quelques jours, Bruno Retailleau, patron des Républicains et candidat à l’élection présidentielle a expliqué, en réaction à l’affaire Lyhanna que l’une des solutions pour prévenir la récidive des délinquants et criminels sexuels était la castration chimique.

Interrogé par Maxime Switek et Apolline de Malherbe sur le plateau de BFM TV ce mercredi 10 juin 2026, il a réitéré sa proposition : castration chimique sans consentement pour les condamnés pour délinquance ou crimes sexuels ou plus précisément, s’ils n’acceptent pas la castration chimique, ils ne sortiront pas de détention.

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La castration chimique, qu’est-ce que c’est ?

Contrairement à la castration chirurgicale qui nécessite un passage par le bloc opératoire, la castration chimique est un traitement médical hormonal qui a pour objectif premier de réduire la récidive des violences sexuelles.

On va diminuer le taux de testostérone des individus, ce qui aura pour effet de réduire la libido et on va l’associer à des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.

Bien que l’on mette souvent en avant les molécules, la castration chimique s’accompagne d’une prise en charge psychiatrique.

La castration chimique est-elle efficace ?

C’est toute la question et elle divise à la fois le corps médical et le corps juridique. En effet, dans les pays où des expérimentations ont été menées, elles l’ont été sur des délinquants ou des criminels qui étaient volontaires. Or, pour valider une approche, il faut un groupe qui n’a pas recours à la méthode. Pour des raisons évidentes, personne n’a spécialement eu envie de laisser des délinquants sexuels en liberté pour faire un test.

Toujours sur le plan médical, les professionnels rappellent que la seule prise de médicaments ne suffit pas. Il faut un suivi sur le temps long, afin de s’assurer que le délinquant ou criminel prenne son traitement, qu’il suive une thérapie et surtout, il faut le contrôler.

En effet, pour contrer les effets de la castration chimique, le délinquant ou le criminel peut prendre des substances qui vont avoir l’exact effet inverse.

Car, contrairement à la castration chirurgicale, qui ne serait pas conforme au bloc de constitutionnalité ni aux libertés fondamentales, la castration chimique est réversible.

Par ailleurs, la castration chimique n’a aucun effet sur les fantasmes. C’est une étude allemande qui s’est penchée sur la question, en 2020 et en a conclu que le traitement chimique n’était pas forcément plus efficace qu’une psychothérapie.

Même la Corée du Sud, qui a introduit la castration chimique dans son arsenal répressif conclut que la castration chimique a une incidence positive sur la récidive si elle était combinée à une psychothérapie.

La castration chimique, combien ça coûte ?

Comme indiqué plus haut, la castration chimique est un traitement médical à suivre sur le temps long, qu’il faut coupler à une prise en charge psychologique ou psychiatrique.

Toujours en Corée du Sud, il a été estimé que le traitement par injection, tous les trois mois coûtait 4650 $ par personne et par an.

C’est moins cher qu’une détention « sèche », cependant, il faut la conjuguer avec une prise en charge psychologique ou psychiatrique et avec des contrôles réguliers, pour vérifier que le délinquant ou le criminel sexuel ne prenne pas des substances qui annihilent les médicaments.

Il faudra donc mettre en place une coordination entre les services de la justice et ceux de la santé.

Quels sont les pays qui ont mis en place la castration chimique pour les délinquants et criminels sexuels ?

Plusieurs pays l’ont mis en place depuis une dizaine d’année au moins, dont la Corée du Sud mais aussi la Californie aux États-Unis, l’Allemagne sur la base du volontariat, l’Estonie ou encore la Pologne.

En 2025, le Royaume-Uni a indiqué vouloir généraliser le procédé.

La castration chimique serait-elle légale en France ?

En droit français, il existe un principe : nul ne peut être contraint de suivre un traitement médical. Mais, chaque principe a ses exceptions et dans ce domaine, lorsqu’il y a des troubles psychiatriques graves, on peut se passer du consentement de la personne.

Il y a aussi les injonctions thérapeutiques, les obligations de soins et les injonctions de soins. Cela se pratique notamment pour les personnes qui sont toxicomanes ou qui ont une dépendance à l’alcool.

Le cadre n’est donc pas nouveau sur le plan juridique mais, nécessitera une adhésion très forte du Parlement pour aboutir et surtout, des financements conséquents, avec des recrutements et des formations, puisque la France manque de psychiatres et que la simple prise de médicaments ne permettra pas de réduire la récidive.