Darmanin va-t-il se faire sonner les cloches ?

Gérald Darmanin, au moment de l'alerte extrêmement grave.
Gérald Darmanin, au moment de l'alerte extrêmement grave.

Tandis que les députés en séance publique planchaient sur le texte concernant la Nouvelle-Calédonie, la commission spéciale sur la fin de vie commençait enfin l’examen de son texte. Cette première journée d’examen s’est déroulée dans une atmosphère assez calme, espérons que cela dure, même si on n’y croit pas du tout. 

Ambiance studieuse et sereine en commission spéciale, moins en séance publique, mais quand vous mettez Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti aux bancs des ministres, vous savez que ça va être volcanique. Bref, les députés avaient repris le chemin des écoliers après les ponts.

Quand, tout d’un coup, une sonnerie angoissante retentit à 20 h. 

Nul attentat ni information grave : une simple information générale pour les personnes se trouvant à ce moment-là dans le périmètre des Jeux olympiques, leur signalant que la plateforme pour demander des autorisations d’accès était disponible. 

Cela n’a pas manqué de faire réagir beaucoup d’internautes, notamment sur X (anciennement Twitter), qui se sont étonnés de l’absence de pertinence du niveau d’alerte. 

Si les députés en commission spéciale ont vite repris leur sérieux, en séance publique, ils étaient assez hilares. Le ministre de l’Intérieur a désespérément tenté d’argumenter, mais il a été rattrapé par la patrouille. La présidente de l’Assemblée nationale, qui présidait la séance à ce moment-là, lui a rappelé qu’il n’était pas possible de l’entendre tant que la sonnerie d’alerte ne s’arrêtait pas. Car, même en mode silencieux, l’alerte retentit. On ne peut même pas en vouloir aux députés qui auraient joué les mauvais élèves. 

Tout le monde aura constaté l’exaspération de la présidente de l’Assemblée nationale dans le ton qu’elle a employé envers Gérald Darmanin. 

S’il y a bien une personne qui aurait dû être au courant de cette alerte, c’est bien le ministre de l’Intérieur. Après tout, quand on déclenche une alerte de ce type, on prévient forcément le grand chef. Sauf qu’à voir la tête qu’il a faite en séance quand l’alerte a retenti, on commence à en douter. 

Ou, à l’inverse, il savait qu’il y aurait une alerte et n’a pas jugé bon de prévenir les parlementaires. Bien entendu, cela a beaucoup amusé les députés en séance publique — moins les députés de la commission spéciale sur la fin de vie, qui discutaient des soins palliatifs. 

Dans les deux cas, on sait d’ores et déjà sur quoi le ministre de l’Intérieur va être interrogé en questions au Gouvernement ce mardi 14 mai 2024. Car, si on peut concevoir que toutes les personnes se trouvant dans la zone concernée par les Jeux olympiques reçoivent un message sur leur téléphone portable, est-il pour autant pertinent que ce soit du niveau d’« alerte extrêmement grave » ? 

Sur le plan de la légalité, comme le signale maître Alexandre Archambault, avocat en droit du numérique, les pouvoirs publics ont la loi de leur côté. Mais, sur le plan de l’opportunité, la question est posée et celui qui va se faire sonner les cloches est bien le ministre de l’Intérieur.

Au-delà de l’effet de panique que cela a pu générer dans la population, le risque est grand que les alertes soient tout simplement désactivées si elles sont galvaudées. Les populations ne seront plus prévenues en cas de réel danger. 

La tentation sera beaucoup trop grande pour les députés de ne pas asticoter le ministre de l’Intérieur sur ce sujet, d’autant que la plateforme pour permettre aux Parisiens et Franciliens d’obtenir un QR Code est peu lisible, non conforme au RGPD et qu’à 0 h 30, ce mardi 14 mai 2024, elle affichait une belle erreur 502. 

Le site pour obtenir son autorisation d'accès pendant les JO
On souhaite bon courage aux organisateurs. 


Mise à jour du mardi 14 mai 2024 à 15 h 50 : le Canard enchaîné indique que c'est le ministre de l'Intérieur qui a décidé du degré, à savoir "alerte extrêmement grave".