Emmanuel Macron reste une cible de la désinformation selon le SEAE

Le dernier rapport du SEAE fait état de menaces fortes en matière d'ingérences étrangères
Le dernier rapport du SEAE fait état de menaces fortes en matière d'ingérences étrangères

Le Service Européen pour l'Action Extérieure (SEAE) a publié son deuxième rapport sur la manipulation et l'interférence d'informations étrangères (FIMI dans le rapport), révélant l'ampleur et la complexité des défis auxquels l'Union européenne et ses partenaires sont confrontés pour préserver l'intégrité de l'information et les processus démocratiques.

Ce rapport, faisant suite à la première édition publiée en février 2023, examine 750 incidents de FIMI survenus entre décembre 2022 et novembre 2023, mettant en lumière l'évolution de ces menaces. Les conclusions du SEAE soulignent le rôle crucial de la manipulation de l'information dans la guerre moderne et la géopolitique, en particulier dans le contexte de la guerre de la Russie contre l'Ukraine et d'autres tensions mondiales.

Josep Borrell, en tant que Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, souligne le risque accru posé par la FIMI pour les démocraties libérales, qui dépendent d'une information libre et ouverte pour leur fonctionnement. La manipulation de l'information, dans le contexte des ingérences étrangères, caractérisée par les efforts stratégiques des acteurs étrangers pour déformer les faits et semer la division, est étroitement liée aux menaces hybrides et informatiques, menaçant le tissu même des sociétés démocratiques.

Le rapport souligne que l'Ukraine reste la cible principale des activités de FIMI, nécessitant des efforts continus et intensifiés pour contrer ces influences. Pour autant, les cibles sont diverses, affectant non seulement les entités politiques, mais aussi les individus et les groupes sociaux non politiques, y compris les célébrités et la communauté LGBTIQ+.

Le président Volodymyr Zelensky concentre à lui seul 40 % des attaques ciblant un individu, suivi de Josep Borrell (20 %), d'Ursula von der Leyen (9 %) et d'Emmanuel Macron (4 %). 

Le rapport mentionne également que des événements tels que les sommets politiques, les élections et les urgences servent de catalyseurs pour la FIMI, les adversaires exploitant ces occurrences pour manipuler le discours public. Ainsi, dans le contexte actuel de la révolte des agriculteurs, on peut constater que la Fédération de Russie amplifie cette révolte, non seulement en France, mais aussi dans les autres pays où des mouvements similaires sont en cours. 

L'étude met en avant le caractère mondialisé des FIMI, avec des activités ciblant de nombreux pays et organisations à travers le monde, et identifie une tendance inquiétante d'attaques de FIMI basées sur le genre et anti-LGBTIQ+, indiquant une portée plus large de ces campagnes visant à saper la cohésion sociétale et les droits de l'homme.

En réponse, le SEAE a développé un cadre complet de réponse aux menaces de FIMI. Ce cadre vise à améliorer la compréhension des manipulations de l'information à des fins d'ingérence étrangère, en tant que menace protéiforme, et fournit une méthodologie pour développer des contre-mesures efficaces.

Pour autant, le SEAE met en avant la nécessité d'une réponse coordonnée à travers la société, intégrant les idées de divers secteurs pour lutter efficacement contre ces tactiques sophistiquées de guerre de l'information. Il fournit ce qu'il entend être une boîte à outils, mais, qu'il ne faut pas comprendre comme une solution prête à l'emploi, immédiatement opérationnelle. Il s'agit plutôt d'une feuille de route, englobant une large gamme de stratégies allant de la prévention à la contre-réponse active. Cela va de la sensibilisation à la situation, au renforcement de la résilience, en passant par la réglementation et les actions externes de l'Union européenne. Il s'agit de grandes lignes, à charge pour les différents législateurs et exécutifs de trouver des solutions concrètes. 

Ce deuxième rapport montre à quel point le sujet est complexe et peu rémunérateur sur le plan médiatique. En dehors des cercles européens et des publications spécialisées, le rapport n'a rencontré aucun écho. Il est disponible en anglais ici