Gouvernement Attal ½ : la fin du calvaire mais pas des questions

Ce remaniement entrera dans l'Histoire comme ayant eu le temps de gestation le plus long.
Ce remaniement entrera dans l'Histoire comme ayant eu le temps de gestation le plus long.

Il devait y avoir un record à battre en termes d’attente, mais, enfin, la composition du Gouvernement est connue et complète. Elle n’est pas sans surprise ni interrogation. 

Nicole Belloubet à l’Éducation nationale

Sans même aller jusqu’à énumérer toutes les bourdes de la ministre Amélie Oudéa-Castéra, on admettra qu’avoir une ministre gérant à la fois les sports l’année où la France accueille les Jeux olympiques et paralympiques et l’Éducation nationale, cela fait beaucoup.  

C’est donc Nicole Belloubet, anciennement Garde des Sceaux durant le premier quinquennat qui ira s’installer rue de Grenelle. Les avocats n’ont pas gardé un excellent souvenir de cette Garde des Sceaux et il est probable que les syndicats de l’Éducation nationale aient quelques difficultés à dialoguer avec elle. 

Aucune surprise du côté de la fonction publique : Stanislas Guérini reste en poste et pourra poursuivre les travaux de réforme de la fonction publique qu’il a entamés. 

Le trio de Bercy est également maintenu à son poste : Roland Lescure à l’industrie et l’énergie, Olivia Grégoire aux entreprises, au tourisme et à la consommation et Thomas Cazenave aux comptes publics. 

Dominique Faure reste aussi en poste à la ruralité et aux collectivités territoriales. 

Marie Guévenoux aux outremers

La nomination de Marie Guévenoux comporte une grande part d’interrogation. Élue en Île-de-France, elle est questeur à l’Assemblée nationale et si elle a travaillé sur des questions liées à la police municipale, elle n’a jamais planché sur les territoires ultramarins. Elle n’a même jamais été membre de la délégation aux outremers. 

On s’étonne de cette nomination, d’autant que même si la majorité présidentielle n’a pas fait un carton dans les territoires ultramarins, elle a quelques parlementaires. Mais, c’est une élue francilienne qui devra gérer les questions de la Martinique, de la Guyane, de la Réunion, de la Guadeloupe, de Mayotte et des autres territoires ultra-marins.  

Jean-Noël Barrot aux affaires européennes

Les journalistes en charge des questions européennes ont dû se frotter les yeux en lisant son nom et pour cause. Jean-Noël Barrot, précédemment en charge du numérique, avait porté une loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, dite SREN.

Problème : la Commission européenne n’avait pas apprécié cette initiative et avait indiqué qu’elle était contraire, sur certaines dispositions, au DSA. Mieux encore : la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait eu à connaître d’un litige concernant une loi autrichienne, plus ou moins équivalente à la loi Barrot. Elle avait statué que la loi autrichienne était contraire au droit de l’Union. 

Jean-Noël Barrot aura donc la lourde tâche de calmer les parlementaires français quand ils souhaiteront prendre certaines libertés avec l’Union européenne. 

Guillaume Kasbarian au logement

Personne ne peut contester la connaissance du sujet à Guillaume Kasbarian : il en est à son second mandat de député et a fait du logement son sujet de prédilection.

Mais, les textes qu’il a portés ont été assez mal perçus par les associations, en particulier celles s’occupant des mal-logés. 

Marina Ferrari au numérique

Marina Ferrari souffre du même handicap que Marie Guévenoux : elle n’a jamais travaillé sur les questions liées au numérique. Ses travaux parlementaires se concentrent principalement sur les questions liées aux collectivités territoriales et à la fiscalité. Elle était actuellement en charge d’une mission temporaire par le Gouvernement sur la fiscalité locative. 

Cela sera peut-être un atout pour les questions liées aux équipements dans les territoires ruraux, mais, on se figure mal comment elle pourra naviguer entre les ayants droit du divertissement qui veulent tout taxer, y compris les appareils reconditionnés et les enterrements, les géants du numérique, les PME de la tech, le monde du logiciel libre, etc. 

On peut également déplorer que ce ministère soit encore un secrétariat d’État alors que le numérique est une part importante du quotidien des Français. 

Les sortants définitifs 

Ils sont définitivement sortis du Gouvernement, jusqu’au prochain remaniement : Catherine Colonna, qui était ministre des Affaires étrangères, Rima Abdul-Malak, qui était ministre de la Culture, Aurélien Rousseau, ministre de la Santé, qui a claqué la porte.

Olivier Dussopt, va faire son retour à l’Assemblée nationale, ce qui entraîne le départ de Laurence Heydel Grillere. 

Olivier Véran revient à l’Assemblée nationale, ce qui a pour conséquence de faire partir Servane Hugues. 

Bérangère Couillard, en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et dont le siège de député était occupé par Frédéric Zgainski, revient au Palais Bourbon, tout comme Philippe Vigier, en charge des outremers, ce qui entraîne le départ de Laurent Leclercq. 

Charlotte Goetschy-Bolognese, suppléante d’Olivier Becht, qui n’est plus au Gouvernement, va également quitter l’Assemblée nationale. Tout comme Philippe Guillemard, suppléant de Carole Grandjean et Clara Chassaniol, suppléante de Clément Beaune. Agnès Carel va connaître le même sort, Agnès Firmin Le Bodo reprenant son mandat de député. Enfin, Freddy Sertin devra lui aussi faire ses cartons : Élisabeth Borne arrive à l’Assemblée nationale. 

D’autres suppléants vont par ailleurs devoir s’installer : Denis Bernaert, suppléant de Marie Lebec, Éric Husson dans un mois pour remplacer Marie Guévenoux, Didier Padey pour Marina Ferrari, Juliette Vilgrain pour Frédéric Valletoux, Véronique De Montchalin pour Guillaume Kasbarian. 

Au-delà de cette valse des députés, on doit s’attendre à un prochain vote pour une nouvelle questeur à l’Assemblée nationale ainsi qu’à une nouvelle élection pour la présidence de la commission des affaires économiques.  


Comme lors du dernier remaniement, Projet Arcadie n'a pas fait partie des envois à la presse par le service de communication de l'Élysée ou de Matignon. Il faut croire que le numérique est quelque chose de compliqué.