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L'interview de Patrice Anato

Patrice Anato en circonscription
Patrice Anato en circonscription

Membre du groupe LREM et de la commission des finances, Patrice Anato s'est spécialisé sur les questions relatives à l'Union Européenne.


Les assidus du Journal officiel ou du Projet Arcadie ont remarqué que vous aviez échangé votre place en commission des affaires européennes avec Mme Mireille Clapot la semaine dernière. Est-ce aussi simple à faire qu’en commission permanente ou existe-t-il des modalités particulières ? Comment échange-t-on sa place ?

En effet, j’ai échangé ma place pour une journée en commission des affaires européennes avec ma collègue, Mme Mireille Clapot, afin qu’elle puisse être désignée comme rapporteure « devoir de vigilance ». Il s’agit d’une simple modalité administrative parfois utilisée pour permettre à un collègue d’une autre commission de porter un sujet ne relevant pas de sa commission.

Vous êtes investi sur les questions européennes : le Tribunal constitutionnel polonais a récemment jugé qu’une partie des traités européens était incompatible avec la Constitution polonaise. Paradoxalement, la population polonaise n’est pas favorable à la sortie de l’Union européenne (moins de 10 %). Pourquoi a-t-on l’impression que chacun fait l’Europe à la carte ?

L’Union européenne fait face à des défis quotidiens — mais il n’y a pas d’« Europe à la carte ». Après la décision du Tribunal constitutionnel remettant en cause la primauté du droit européen sur le droit national, des milliers de Polonais ont d’ailleurs manifesté pour défendre l’appartenance de la Pologne à l’UE. La place de la Pologne est dans l’Union européenne. Nous travaillons quotidiennement pour renforcer l’unité européenne.

Autre pays qui semble s’arranger avec les règles de l’Union européenne, notamment en ce qui concerne les droits humains, la Hongrie. Là encore, l’impression générale est « l’Union européenne, oui pour l’argent, mais non pour les droits humains ». Qu’en pensez-vous ?

La Hongrie a récemment pris des positions incompatibles avec les valeurs partagées dans l’Union, notamment en matière de droits humains. Le dernier exemple est le vote de la loi homophobe à la mi-juin. Face à ces écarts, l’UE peut rappeler au respect des règles qui la régissent par des moyens juridiques, voire financiers. Cela n’empêche toutefois pas de dialoguer avec la Hongrie sur les autres sujets. Il est nécessaire pour l’UE d’incarner la stabilité après l’épisode du Brexit.

Avec la crise sanitaire, les échanges avec les États membres de l’Union européenne ont été vigoureux, notamment en ce qui concerne la position des pays dits frugaux, sur la dette. Parmi les « frugaux », on compte les Pays-Bas, dont le ministre des Finances apparaît dans les Pandora Papers. N’est-ce pas déplacé de dire aux autres États de faire des plans d’austérité, quand son Premier ministre donne dans l’évasion fiscale ?

Le Premier ministre hollandais a été épinglé dans les Pandora Papers, et cela renvoie en effet un mauvais message aux citoyens européens sur la moralisation de la vie publique, surtout en ce temps de crise sociale et économique. Toutefois, l’UE a renforcé ses moyens de lutte contre l’évasion fiscale. Malgré des progrès quotidiens, certains réussiront toujours à trouver de nouveaux moyens pour éviter les impôts. Si une législation plus stricte pouvait être approuvée, j’y serais toujours favorable. 

Avec le député Michel Herbillon, vous avez travaillé sur un rapport d’information sur l’avenir de la politique industrielle européenne. Qu’est qu’une politique industrielle ?

La politique industrielle est une stratégie visant à encourager le développement des secteurs économiques par l’intervention publique. La politique industrielle de l’Union vise à rendre l’industrie européenne plus compétitive afin qu’elle puisse demeurer le moteur de la croissance durable et de l’emploi en Europe.

Paradoxalement, votre rapport s’intitule « avenir de la politique industrielle européenne », mais dès le propos liminaire, vous dites qu’elle n’existe pas. Est-ce vraiment le COVID qui a déclenché cette prise de conscience ?

L’Europe n’a pas suffisamment anticipé sa politique industrielle, elle a longtemps négligé la mise en place d’une politique industrielle forte pour assurer son autonomie stratégique. L’UE a pris conscience de la nécessité de construire une véritable politique industrielle afin de défendre ses intérêts stratégiques. La prise de conscience émane d’une ambition forte, celle d’une double transition : numérique et environnementale. La crise de Covid-19 a également accéléré cette prise de conscience. En effet, la transition numérique et la transition vers une économie neutre en carbone ont conduit à l’adoption de différentes stratégies pour garantir de meilleures conditions-cadres à l’industrie de l’Union. En outre, l’incidence de la pandémie a suscité une nouvelle réflexion sur la reprise économique, la reconstruction et le renforcement de la capacité de résilience.

Autre paradoxe du rapport, vous semblez plaider pour une politique industrielle européenne, notamment pour les véhicules et le numérique. Or, une partie des ressources naturelles nécessaires ne sont tout simplement pas disponibles sur notre territoire européen. Partant de là, peut-on vraiment créer des filières qui seraient indépendantes des autres grands acteurs ?

Dans le rapport, nous avons donné des exemples d’industries stratégiques dont les batteries à l’hydrogène et le numérique. Ces industries du futur sont bien à la portée de l’UE et bien au contraire, les ressources pour la montée en puissance de nos industries sont disponibles. Cette autonomie stratégique peut se construire également sur la création de nouvelles chaînes de valeur. En mars 2020, la Commission a présenté une nouvelle stratégie visant à aider l’industrie européenne à emprunter la voie de la double transition vers la neutralité climatique et le leadership numérique. L’objectif est justement de renforcer la compétitivité de l’Europe et d’atteindre son autonomie.

Dans vos différents rapports sur l’Union européenne, vous parlez de souveraineté européenne. Qu’est que la souveraineté européenne ? Est-ce que c’est compatible avec la notion de souveraineté nationale ?

L’expression souveraineté n’a pas la même résonance auprès de tous les pays de l’Union. Il est préférable de parler d’AUTONOMIE pour se faire entendre de tous. Il est vrai que le concept de l’UE, c’est que les pays membres laissent une part de leur souveraineté nationale à l’Union. C’est de la capacité de l’UE à jouer un rôle de leadership, à avoir de l’influence sur le cours des affaires mondiales qu’il s’agit. En outre, cette autonomie nous permet au sein de l’Union d’apporter des solutions collectives, de mieux protéger, de défendre nos concitoyens et de renforcer les États membres. La souveraineté européenne, entendre son autonomie, tire sa source de la souveraineté nationale de chaque État membre : elles sont donc bien évidemment compatibles !

On a un problème de pédagogie sur l’Union européenne, qui est régulièrement brandi comme épouvantail à moineaux, à chaque fois que des difficultés se posent. Le mantra de certains est « c’est la faute de l’Union européenne ». Qu’est qui fait qu’on n’arrive pas à expliquer et à faire comprendre le rôle de nos institutions, aussi bien nationales (notamment l’Assemblée nationale), mais également communautaires (Parlement européen, Commission européenne, etc.).

C’est sûrement l’insuffisance de communication et d’informations sur le rôle de nos institutions. Aussi, certains politiques instrumentalisent l’Europe pour se dédouaner de leurs manquements. Ou encore, leurs collectivités bénéficient de fonds européens pour des actions locales, mais ils se gardent de dire aux populations que c’est grâce à l’Europe. Ainsi, les citoyens vivent l’Europe au quotidien sans le savoir. Il faut aussi reconnaître que les rédactions des médias français sont peu tournées vers l’Europe. Il y a un vrai manque d’Europe à la télévision française et dans les autres médias. Pour ce qui est de l’Assemblée nationale, du Sénat ou encore du rôle des parlementaires, je me suis rendu compte que peu de citoyens savent à quoi servent nos institutions. Les dernières élections départementales et régionales en sont des preuves, ce qui explique aussi en partie le taux d’abstention à ces élections intermédiaires. Pour familiariser les citoyens avec nos institutions, il nous faut mener des campagnes d’informations et une communication régulière des médias et des politiques sur leur rôle, mais surtout inventer des moyens de démocratie participative pour intéresser nos concitoyens à la vie politique.

Chaque député se voit demander une photo pour illustrer son mandat. Pourquoi avez-vous choisi celle-ci et que représente-t-elle ?

Je suis au fond un homme de terrain, un homme de contact. Comme je l’ai souvent dit, il faut aimer aller au contact des citoyens quand l’on a vraiment à cœur d’améliorer leur quotidien. Pour ma part, j’ai vraiment à cœur de contribuer à changer le quotidien des habitants de la troisième circonscription et même du département de Seine–Saint-Denis. Je suis sur le terrain et je tiens des rendez-vous à ma permanence où je reçois des demandes de toutes sortes. Il faut être capable d’écouter et d’aider à trouver une solution, quel que soit le problème. Pendant les confinements successifs, j’ai toujours été présent aux côtés de ma circonscription, par visioconférence. Dès qu’il a été possible de retourner sur les marchés, ce fut une réelle joie de pouvoir échanger de nouveau avec les citoyens, de façon plus naturelle que derrière un écran.  

Avez-vous des regrets concernant votre mandat ?

Je n’ai pas de regret, j’aimerais seulement rallonger mes journées pour faire tout ce que je n’ai pas réussi à faire. 

C’est la question rituelle des interviews d’Arcadie : comptez-vous vous représenter en 2022 ?

Oui. J’estime que le chantier est énorme et que les défis sont encore nombreux. Je voudrais donc être réélu pour continuer à œuvrer au service de mes concitoyens.