Morano et Hortefeux en position éligible : la prime aux tire-au-flanc

Les Républicains ont décidément lancé une machine à perdre / Copyright AFP / Matthieu Rondel
Les Républicains ont décidément lancé une machine à perdre / Copyright AFP / Matthieu Rondel

À quoi jouent Les Républicains ? C’est la question que tout le monde a dû se poser en découvrant mardi matin, la liste partielle des candidats pour les élections européennes. 

Si on savait déjà que François-Xavier Bellamy était tête de liste et quelques noms avaient surgi au fil de l’eau, on ne savait toujours pas qui d’autres feraient partie des heureux élus. 

La présence d’Isabelle Le Callenec n’est pas une mauvaise surprise. Anciennement député sous la XVIe législature, elle a perdu son siège en 2017. Depuis, elle soignait sa localité — elle est maire de Vitré — et restait une figure de la politique. On a d’ailleurs pu l’apercevoir lors de la dernière édition du salon des maires de France. À la fin de la XVIe législature, elle était vice-présidente de LR, membre du bureau politique et présidente de la fédération départementale d’Ille-et-Vilaine, ce qu’elle est toujours. Durant son mandat de député, elle a laissé le souvenir d’une élue assez consciencieuse et travailleuse, plus intéressée par les sujets sérieux et parfois ingrats que par le bruit médiatique. 

Derrière elle figure Laurent Castillo, dont le principal mérite politique est d’être un proche d’Éric Ciotti. 

Mais, c’est en arrivant à la sixième position qu’on ne comprend plus la logique : Nadine Morano. Lors du bilan du travail des députés européens français, cette dernière était arrivée bonne dernière, avec une note de 2/20, au point de faire chuter tout le groupe dans le classement. Qu’est-ce qui justifiait de retrouver une élue paresseuse ? 

On a posé la question à Éric Ciotti. Réponse : c’est une élue qui a de l’expérience et qui apporte quelque chose. Et sur son absence de travail ? « Elle a beaucoup travaillé sur le Pacte Asile et Immigration », a-t-il lancé, avant de s’enfuir dans les espaces réservés aux députés mardi. 

Elle n’est pas la seule élue paresseuse à être récompensée pour son absence de travail : Brice Hortefeux, dont la note était de 5/20, figure lui aussi en position éligible. Pourquoi les pires élèves du groupe ont été récompensés avec une investiture en position éligible, dans un parti qui ne cesse de dire qu’il faut « valoriser la valeur travail » ?

L’AFP indique ceci : « Aussi bien Brice Hortefeux que Nadine Morano ont multiplié les pressions ces derniers mois pour être reconduits au Parlement européen, s’invitant même lors de récents déplacements de campagne de la tête de liste François-Xavier Bellamy en région lyonnaise pour le premier et dans les Alpes-Maritimes pour la seconde ». Il est vrai que faire du forcing peut fonctionner. Tout le monde se souvient de Manuel Valls aux législatives de 2022. Le forcing auprès des électeurs fonctionne moins bien.

Mais, une autre source indique quelque chose de plus clair : Nadine Morano aurait posé le chantage sur la table. Position éligible sur la liste LR ou départ chez Reconquête ou au RN. Conséquence : Anne Sander, qui était la meilleure élève du groupe, avec 14/20 se retrouve en dixième position sur la liste, donc autant dire qu’elle est inéligible. Incohérence supplémentaire : Anne Sander est questrice au Parlement européen, c’est dire le poids politique et l’influence qu’elle a dans cette institution. Autant dire que LR a décidé de sacrifier un bon élément au profit de deux tire-au-flanc qui ne pèsent absolument plus rien.  

Anne Sander peut-elle espérer sauver son siège ? Rien n’est moins sûr et pour le comprendre, il faut faire un peu d’arithmétique. 

Pour avoir des élus, les listes doivent récolter au moins 5 % des suffrages et vient ensuite s’ajouter la méthode d’Hondt. Aux dernières élections, LR a fait 8,48 % ce qui lui a donné huit sièges. En étant optimiste, on peut tabler sur le fait que le parti arrive à faire un score qui lui permet de garder huit députés européens. Sauf que le dernier rolling de l’IFOP (30 avril 2024) donne LR à 7,5 % donc plutôt six sièges. Pour qu’Anne Sander puisse garder son mandat, LR doit plutôt viser le 15 % des suffrages exprimés, ce qui paraît être une hypothèse optimiste. Toujours selon le dernier rolling, une partie des électeurs LR de 2019 ont l’intention de voter pour la liste de Valérie Hayer (5 %), 13 % pour Reconquête et 27 % pour le Rassemblement national. Dans les intentions de vote du RN pour les élections européennes, le plus gros contingent extérieur d’électeurs vient des Républicains et c’est la même chose chez Reconquête. 

Les Républicains ne pourront même pas dégainer la carte de la probité — leur groupe n’a pas été éclaboussé par les affaires d’assistants fictifs au Parlement européen — de leur liste, car, même en étant dans une position inéligible, Emmanuelle Mignon figure en douzième position. Peu connue du grand public, elle a néanmoins été condamnée à six mois de prison avec sursis pour favoritisme et détournement de fonds publics par négligence dans l’affaire des sondages de l’Élysée

Signe que la stratégie d’Éric Ciotti ne fait pas consensus, lors de la réunion de la commission nationale d’investiture, sur les 80 membres, onze se sont abstenus lorsqu’il a fallu se prononcer sur la liste. Il reste un mois aux Républicains pour enclencher une dynamique de campagne.