Crise des carburants : Lecornu déploie un plan de soutien très ciblé jusqu’à l’automne
Face à la flambée des prix liée aux tensions au Moyen-Orient, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté un ensemble de mesures ciblées, refusant toute baisse généralisée de la fiscalité sur les carburants importés.
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Un contexte de crise des prix, pas des volumes
Sébastien Lecornu a ouvert la conférence en posant le diagnostic : le conflit au Moyen-Orient risque de durer, que ce soit sous une forme « froide » ou par une reprise des frappes. « Le temps est devenu une arme à part entière », a-t-il déclaré, tout en précisant que le scénario catastrophe — destruction de sites, fermeture du détroit d’Ormuz — n’est pas celui retenu à ce stade par le gouvernement. « Le scénario le plus optimiste envisage un retour à la normale entre l’été et l’automne. »
Le Premier ministre a insisté sur la nature de cette crise, fondamentalement différente de la guerre en Ukraine : « Nous ne sommes pas dans une crise des volumes ou une pénurie, mais dans une crise des prix. »
Une stratégie de ciblage, pas d’aides généralisées
Le gouvernement maintient sa ligne : pas de baisse générale et indiscriminée de la fiscalité sur les carburants. « Baisser la fiscalité sur les énergies produites à l’étranger serait une aberration », a martelé Lecornu. Si réduction de taxe il doit y avoir, elle portera sur les énergies produites en France, à commencer par l’électricité. Le soutien sera déployé sur plusieurs mois, au moins jusqu’à l’automne. En creux, on comprend qu’il renvoie dans les cordes ses opposants politiques qui ont martelé que la France devait suivre l’exemple de l’Espagne.
L’axe prioritaire reste le soutien au travail et à l’activité économique. Sont visés les secteurs qui « font tourner le pays » : le BTP, l’agriculture, les transports, les soignants à domicile. Le gouvernement affirme par ailleurs qu’il n’augmentera pas les impôts pour financer ces mesures — les arbitrages budgétaires pour 2027 restent cependant à préciser.
Le secrétaire d’État chargé du budget, David Amiel, a rappelé la contrainte financière : « Les aides doivent être ciblées, temporaires et financées. » L’enveloppe totale annoncée s’élève à 1,2 milliard d’euros. Le ministre délégué à l’Économie, Roland Lescure, a pour sa part tempéré les inquiétudes conjoncturelles : avec une prévision de croissance comprise entre 0,6 % et 0,7 % pour la France, il n’y a « pas lieu de se montrer prophète de malheur ».
Un allègement généralisé des charges des entreprises a été écarté.
Les mesures secteur par secteur
Pour les transporteurs routiers, les taxis et le transport fluvial, les aides forfaitaires existantes sont reconduites pour trois mois supplémentaires.
Les taxis bénéficieront en outre d’un remboursement anticipé de la TICPE et d’un bonus écologique de 5 500 euros pour l’acquisition d’un véhicule électrique européen d’une valeur maximale de 65 000 euros, disponible à compter du 1er octobre. Les VTC, en revanche, ne feront l’objet d’aucune mesure spécifique : les plateformes sont invitées à s’organiser directement avec leurs chauffeurs.
Pêcheurs et agriculteurs bénéficient d’une aide de 30 à 35 centimes par litre de gazole pendant trois mois. L’aide sur le gazole non routier (GNR), utilisé notamment en élevage porcin, est pérennisée sur la même durée. Dans le BTP, l’aide GNR de 20 centimes par litre est reconduite et élargie aux entreprises de moins de 50 salariés dès le mois de juin, touchant potentiellement 30 000 entreprises supplémentaires. La chimie et les fabricants d’engrais bénéficieront d’une compensation carbone pour absorber les surcoûts à court terme.
Les aides à domicile, dont les dépenses de carburant représentent environ 20 % des revenus, font l’objet d’un traitement particulier. Outre la revalorisation des indemnités kilométriques, un leasing social dédié sera mis en place à partir du 1er octobre : 30 000 véhicules électriques accessibles sans apport, pour une mensualité comprise entre 50 et 100 euros. Les transporteurs sanitaires perçoivent une aide de 70 euros par véhicule et une réévaluation du guichet dans les semaines qui viennent.
Du côté des agents publics — enseignants remplaçants, AESH, personnels hospitaliers et tout agent dont les fonctions impliquent des déplacements —, une augmentation des frais de déplacement entrera en vigueur du 1er juin au 31 décembre, sans démarche administrative particulière. L’éligibilité au dispositif grands rouleurs leur est par ailleurs ouverte à compter du 27 mai, pour un remboursement de 20 centimes par litre.
Enfin, la prime carburant versée par les employeurs est renforcée : son plafond passe de 300 à 600 euros, les critères d’attribution sont supprimés, et la prime reste défiscalisée et désocialisée, sans justificatif à fournir.
L’aide grands rouleurs pour les salariés du secteur privé est doublée, passant de 50 à 100 euros, pour les trois millions de bénéficiaires actuels — à savoir les salariés gagnant jusqu’à 1 500 euros nets par mois, vivant seuls et parcourant plus de 30 kilomètres pour se rendre au travail.
Transparence et accélération de l’électrification
Le gouvernement annonce un effort de transparence : les marges des distributeurs de carburants seront rendues publiques via le site prix-carburants.gouv.fr, et des contrôles seront diligentés en cas d’abus. Un bilan des négociations commerciales dans les secteurs les plus exposés est attendu avant la fin du mois de juin.
Sur le long terme, Lecornu a réaffirmé la nécessité d’accélérer l’électrification du pays, qualifiant cet objectif de « plan Messmer nouvelle version » pour couper la dépendance aux hydrocarbures importés.
Le Premier ministre a aussi insisté sur le fait que son gouvernement n’était pas là pour faire la morale aux Français et revendique de ne pas sortir le chéquier pour l’ensemble des Français, afin de privilégier les travailleurs et les entreprises.
