Le dernier Eurobaromètre 2026 révèle une tendance nette : 59 % des citoyens réclament un rôle accru du Parlement européen face à l'inflation et aux enjeux de sécurité.
L'Europe

Eurobaromètre 2026 : les Européens veulent plus d’Europe

Et si l’Europe n’était plus seulement une idée abstraite, coincée entre Bruxelles et Strasbourg, mais une réponse concrète aux angoisses du quotidien ? C’est, en creux, ce que raconte le dernier Eurobaromètre publié ce mercredi 4 février 2026.

Loin des discours eurosceptiques qui occupent souvent l’espace médiatique, le dernier Eurobaromètre révèle une tendance nette : les citoyens de l’Union européenne veulent plus d’Europe. Non pas une Europe lointaine et technocratique, mais une Europe qui agit, protège et structure là où les États semblent parfois à bout de souffle.

Inflation, sécurité, santé, emploi : face à des crises devenues systémiques, l’Union apparaît de plus en plus comme un point d’appui, presque un filet de sécurité.

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Eurobaromètre 2026 : le portefeuille avant le drapeau

Sans surprise, c’est le pouvoir d’achat qui arrive en tête des préoccupations. Inflation persistante, coût de la vie en hausse, factures énergétiques pesantes : les Européens attendent du Parlement européen qu’il s’empare sérieusement du sujet. Cependant, il ne s’agit pas d’un appel à la distribution de chèques ou de primes ponctuelles. Ce que réclament les citoyens, c’est une réponse de fond : une économie européenne plus solide, capable de créer des emplois et de relancer la croissance sur le long terme.

Vient ensuite un thème imposé avec fracas ces dernières années : la défense et la sécurité. Dans un monde marqué par les conflits, les tensions géopolitiques et le retour de la guerre sur le continent européen, l’idée d’une action commune fait son chemin. Mutualiser certains moyens, coordonner les réponses, peser davantage sur la scène internationale : l’adhésion est réelle. Pour autant, la majorité des sondés refuse le glissement vers une logique purement belliciste. Pour eux, l’Union européenne doit avant tout rester un projet de paix, attaché à la démocratie et aux libertés fondamentales, tout en sachant réagir face aux menaces.

Les priorités varient évidemment selon la géographie. L’Eurobaromètre fait ressortir les différences territoriales. En France, le coût de la vie domine largement les débats. Aux Pays-Bas, la sécurité arrive en tête, tandis que le Portugal place la santé publique au cœur des attentes. La Suède fait figure d’exception en installant le climat et l’environnement au premier rang. Cette diversité de préoccupations rappelle une donnée essentielle : l’Europe n’est pas un bloc monolithique, mais une mosaïque de réalités nationales.

Une Europe attendue mais peu incarnée

Si les attentes sont fortes, l’image des institutions reste étonnamment fade. Le Parlement européen ne souffre pas tant d’une mauvaise réputation que d’une absence de réputation tout court. Certes, 38 % des Européens en ont une image positive, mais 41 % se disent neutres. Ils ne sont ni pour, ni contre, ils sont indifférents.

Cette neutralité tient d’abord à un déficit de lisibilité. La communication institutionnelle reste dense, technique, parfois opaque. Les séances plénières sont bien retransmises et les documents publiés, mais l’information des commissions parlementaires reste difficile d’accès pour le grand public. Résultat : même lorsqu’un rapport crucial est adopté — sur l’intelligence artificielle et le droit d’auteur, par exemple — il peut passer totalement inaperçu malgré l’intérêt majeur de son contenu.

À cela s’ajoute un silence médiatique quasi total. En dehors de quelques dossiers explosifs ou polémiques, tels que le MERCOSUR, l’actualité européenne peine à trouver sa place dans les grands médias, en particulier sur les chaînes d’information en continu. L’Europe apparaît alors comme un décor lointain, rarement comme un acteur central.

Enfin, le problème de l’incarnation persiste. Les députés européens sont peu visibles, peu identifiés, rarement invités à commenter l’actualité, alors même qu’ils disposent de moyens conséquents pour travailler et communiquer. Quand ils sont sollicités, c’est souvent pour commenter l’actualité nationale, à l’instar de François Kalfon ou d’Aurore Lalucq. À force, l’institution devient abstraite. En France, le Parlement européen est souvent résumé aux absences de Jordan Bardella, tandis que les dossiers de députés comme Leila Chaibi ou Sandro Gozi demeurent largement méconnus du public.

Une Europe adressée aux seuls convaincus

Ce manque d’incarnation se reflète dans le profil des citoyens conservant une image positive du Parlement européen. Il s’agit majoritairement de personnes de 40 à 54 ans, diplômées, cadres ou managers, vivant dans les grandes villes et peu touchées par les difficultés de fin de mois. C’est un public déjà acquis, socialement et culturellement. L’image positive de l’Union européenne touche certes un peu plus les jeunes — notamment les 15-24 ans — mais reste globalement cantonnée à des catégories favorisées.

Le défi est donc clair : sortir de l’entre-soi et parler à ceux qui doutent ou qui ne perçoivent pas encore les changements concrets de l’Europe dans leur vie.

Malgré cette image parfois floue, le message du baromètre est sans ambiguïté : 59 % des Européens veulent que le Parlement européen joue un rôle plus important. Les citoyens tendent la main. Reste à savoir si les députés sauront la saisir pour se rendre enfin visibles, audibles et compréhensibles.