Retailleau et Bardella ont parlé de submersion migratoire suite au décret de régularisations massives pris par Sánchez en Espagne. On fait le point.
International

Fact-checking : les régularisations massives en Espagne, le vrai du faux

En avril 2026, le gouvernement espagnol a pris un décret permettant des régularisations administratives extraordinaires des personnes migrantes. En réaction, l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a déclaré sur LCI qu’il souhaitait « mettre au ban des nations européennes » l’Espagne.

Jordan Bardella a déclaré que l’Espagne allait devenir «la porte d’entrée de la submersion migratoire de l’Europe ».

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Le décret de régularisation : de quoi parle-t-on ?

Il faut remonter quelques années en arrière pour comprendre l’origine de ce décret. En 2020, le mouvement RegularizaciónYa commence à s’organiser pour porter une initiative législative populaire et en 2021, les 500 000 signatures nécessaires pour porter le texte devant le congrès des députés ont été recueillies. Fin 2022, les signatures et le texte ont été remis et le texte arrive à l’ordre du jour en août 2023.

Après quelques péripéties parlementaires, la prise en considération de la proposition de loi est adoptée : 310 pour et 33 contre, les voix contre venant de Vox, l’extrême-droite espagnole. À partir de là, le processus législatif s’est figé.

Pedro Sánchez, actuel Premier ministre espagnol, a donc contourné le problème parlementaire et pris un décret. On a tendance à l’oublier, mais lui non plus n’a pas de majorité parlementaire, ce qui explique l’absence de budget.

Qui va être régularisé ?

Le décret de régularisation pose des conditions assez simples. Il faut être sur le territoire espagnol depuis au moins cinq mois, justifier d’un séjour ininterrompu, ne pas avoir de casier judiciaire, ni en Espagne ni dans son pays d’origine, ni constituer une menace pour l’ordre public, la sécurité publique ou la santé publique.

Les mineurs non accompagnés et les apatrides ne sont pas concernés, relevant d’autres régimes.

Les demandeurs devront fournir une copie intégrale du passeport. Pour justifier de la présence ininterrompue durant au moins cinq mois, les candidats devront présenter des preuves de présence. Cela peut être des notes d’hôpital, des factures d’électricité, les tickets de caisse nominatifs, des quittances de loyer, etc.

Par ailleurs, l’ouverture des guichets de régularisation est temporaire : le dépôt des candidatures s’est ouvert le 16 avril 2026 pour les candidatures en ligne, le 20 avril en présentiel et la date limite actuelle est fixée au 30 juin.

On estime qu’entre 500 000 et 800 000 personnes seront concernées par cette procédure exceptionnelle.

De quels pays sont originaires les candidats à la régularisation ?

Selon la Fondation pour la citoyenneté mondiale (Fundación para la Ciudadanía Global), qui collabore avec le gouvernement espagnol dans le processus de régularisation, 9 personnes sur 10, concernées par le décret, sont latino-américaines. La Colombie représentera un tiers, le Pérou 12 %, le Honduras, 10 %. Moins de 5 % des demandes concernent l’Algérie et le Maroc. Au total, l’Amérique latine pèse 86 % des demandes potentielles.

Quels sont les droits des personnes qui seront régularisées ?

Les personnes qui seront régularisées au titre de la procédure exceptionnelle auront le droit de travailler légalement, d’être couvertes par la Sécurité sociale espagnole, de bénéficier des services publics et dans certaines villes, de participer aux élections municipales.

Ce permis de séjour sera valable un an. À la fin de cette période, les personnes devront être intégrées aux autres catégories standard.

Les personnes titulaires de ce permis de séjour pourront voyager dans l’espace Schengen, mais, seulement en tant que touriste.

Les migrants régularisés en Espagne pourront-ils s’installer en France ?

Légalement, le permis de séjour qui sera accordé dans le cadre de cette régularisation exceptionnelle ne permettra pas aux personnes de s’installer ailleurs qu’en Espagne ni d’y travailler. Les personnes qui quitteront l’Espagne pour s’installer en France ou au Royaume-Uni seront de nouveau dans l’illégalité.

Par ailleurs, 86 % des personnes candidates étant originaires de pays hispanophones, elles n’auraient que peu d’intérêt à venir s’installer illégalement en France.

Les précédents espagnols

Ce n’est pas la première fois que l’Espagne procède à des régularisations massives. Il s’agit de la septième depuis 1986. Felipe González (PSOE – Parti socialiste ouvrier espagnol) a procédé à deux vagues de régularisation. La première en 1986, ce qui a permis la régularisation de 38 294 personnes, la seconde en 1991, qui a bénéficié à 114 423 personnes, puis en 1996, à 21 294 personnes.

Les deux suivantes ont été l’œuvre de José María Aznar (PP – Parti Populaire), en 2000 et 2001 pour 503 327 personnes.

La sixième a été faite par José Luis Rodríguez Zapatero (PSOE) en 2005 et est, à ce jour, la plus large, avec 576 506 bénéficiaires.

Une étude effectuée par l’Observatoire social, dépendant de la fondation La Caixa, a montré que les régularisations massives en 2005 ne créaient pas un facteur d’attraction pour les nouveaux migrants. Après 2005, les émigrations depuis l’Espagne ont surtout pris la forme d’un retour vers le pays d’origine, mais, il ne paraît exister aucune étude empirique sérieuse sur un éventuel déplacement des populations nouvellement régularisées en Espagne, vers d’autres pays de l’Union européenne.

Les déclarations de Bruno Retailleau et de Jordan Bardella concernant la régularisation exceptionnelle des migrants en Espagne semblent bien alarmistes, d’autant que la dernière vague de 2005 ne paraît pas confirmer leurs inquiétudes. Déjà en 2005, la Commission européenne avait rappelé que les États étaient souverains sur les questions liées à l’immigration.

Quant à mettre l’Espagne au ban de l’Union européenne et à rétablir des contrôles aux frontières, cela risque de faire grincer les dents des Français frontaliers, qui sont très heureux d’aller acheter du carburant en Espagne.