Frontières fait encore parler de lui et comme à chaque passage, crée un incident.
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Comment le média Frontières a-t-il pu entrer à l’Assemblée nationale sans carte de presse ?

Pour « célébrer » son numéro spécial, consacré en grande partie au député Raphaël Arnault, les membres de Frontières ont fait la promotion partout où ils ont pu, y compris à l’Assemblée nationale.

Entre deux prises de son avec des députés de l’extrême-droite, Jordan Florentin a coursé la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Nadège Abomangoli dans la salle des Quatre Colonnes.

Plusieurs internautes se sont demandé comment Jordan Florentin, qui ne dispose pas d’une carte de presse, a pu obtenir son accréditation presse, bien visible sur les vidéos.

Comment entrer à l’Assemblée nationale en tant que journaliste ?

En réalité, pour accéder à l’Assemblée nationale, en tant que journaliste, il n’est pas obligatoire d’avoir une carte de presse. Il faut une lettre de mission de la rédaction et, pour appuyer la demande, le certificat de reconnaissance de la CPPAP, qui est l’organe chargé de reconnaître les différents médias, ainsi que sa pièce d’identité.

Une fois passé le sas de sécurité, on se rend à la direction de la presse, qui délivre une accréditation temporaire, pour la journée. Elle se formalise sous forme de badge, indiquant le nom, le prénom, la rédaction, la date.

Ce badge, généralement de couleur blanche, avec une bande orange, doit être porté de façon visible, afin que les agents de l’Assemblée nationale puissent identifier les journalistes. Il en va de même pour les journalistes qui possèdent une accréditation permanente et pour les photographes.

La carte de presse, non obligatoire

Pourquoi la carte de presse n’est-elle pas obligatoire ? Tout d’abord, la profession de journaliste n’est pas une profession réglementée. Il n’est pas nécessaire d’avoir une carte de presse pour travailler comme journaliste. Par ailleurs, pour obtenir la carte de presse, il faut obligatoirement avoir des bulletins de salaire, ne pas diriger sa propre entreprise de presse et montrer qu’on a une activité journalistique principale. Tout le monde n’a donc pas le droit à la carte de presse.

Mais, et c’est probablement l’élément le plus important, tous les pays n’ont pas de carte de presse. Dans certains pays, c’est une carte de presse d’une rédaction qui est délivrée. Ce n’est pas un papier d’identité ou professionnel universel. Or, il y a beaucoup de journalistes étrangers à l’Assemblée nationale. Les obliger à montrer une carte de presse les exclurait de facto du Palais Bourbon.

Interdire des médias à l’Assemblée nationale ? Impossible.

Peut-on interdire d’accès certaines rédactions ou certains journalistes au Palais Bourbon ? Non. La question a déjà été posée par le passé à l’Assemblée nationale, notamment pour Russia Today. On ne peut pas exclure a priori tout un média. À partir du moment où le média est reconnu par la CPPAP, on ne peut pas l’exclure.

Néanmoins, cela ne veut pas dire que les journalistes sont libres de faire ce qu’ils veulent. Manifestement, à chaque fois que Frontières s’invite au Palais Bourbon, ils créent un incident. En atteste la vidéo dans laquelle figure Nadège Abomangoli.

Frontières viole la zone sacrée

Elle a été tournée dans la salle des Quatre Colonnes et ce qu’on peut voir immédiatement dans la vidéo, c’est que Jordan Florentin s’est introduit dans ce qu’on appelle le périmètre sacré et qu’il a fallu un agent pour s’interposer. Pour illustrer le propos, voici une photo des Quatre Colonnes lorsqu’elle est vide.

Salle des Quatre Colonnes à l'Assemblée nationale
Salle des Quatre Colonnes à l’Assemblée nationale

Comme on peut le voir, la salle est entourée de cordons rouges. Les journalistes ont l’interdiction formelle de les franchir, même pour faire une vidéo. Ils doivent toujours rester derrière le cordon, qui ne se voit pas à l’image, lorsque le cadrage est bien fait. Ils doivent rester dans la zone délimitée, là où se trouvent les causeuses. La zone sous l’horloge, par exemple, n’est pas accessible lorsque les cordons sont installés.

Si les députés ne souhaitent pas s’arrêter ou ne souhaitent pas répondre, les journalistes n’ont pas l’autorisation de les suivre et c’est pour cela que la fin de la vidéo montre un des agents de l’Assemblée nationale faisant un geste vers Jordan Florentin : pour lui signifier que sa place n’est pas ici.

Jordan Florentin, dans le périmètre interdit aux journalistes.
Jordan Florentin, dans le périmètre interdit aux journalistes.

Ce n’est pas la première fois que Frontières crée des incidents à l’Assemblée nationale, cela commence même à devenir récurrent. Ainsi, l’un des membres de ce média a photographié les tribunes visiteurs de l’Assemblée nationale.

Bien que les visages aient été floutés, la règle implicite que connaissent tous les photographes de la maison est qu’on ne photographie pas les visiteurs, qui ne sont pas des personnes publiques. Le partage de la photographie, montrant des personnes portant le voile, a généré des milliers de commentaires racistes et des polémiques nauséabondes.

Au printemps dernier, le média avait publié une édition, mentionnant plusieurs collaborateurs parlementaires, ce qui avait provoqué la colère des syndicats et encore un incident.

Enfin, la semaine dernière, Erik Tegnér, lui-même accusé d’agression sexuelle, a menacé la député Ersilia Soudais de publier les procès-verbaux de son audition devant les policiers, lorsqu’elle a porté plainte contre son compagnon pour viol. La présidente du groupe de La France Insoumise a saisi le procureur de la République.