Glucksmann, le candidat qui ne dit pas encore son nom
Samedi 13 juin 2026. Le soleil est de sortie, les températures se réchauffent et des militants de Place Publique viennent converger vers les Docks d’Aubervilliers. Au programme : le meeting de Raphaël Glucksmann, celui qui se laisse trois mois.
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Jouer la montre et casser l’image
Trois mois pour quoi ? « Trois mois pour se décider s’il est candidat à l’élection présidentielle » nous dit-on. Soit. Mais, pour lui, la sentence est déjà tombée, car comme un lapsus révélateur, lors de sa prise de parole, il le dit lui-même « Soyez fiers et allez convaincre. […] Il nous reste dix mois pour y arriver, il n’y a pas une seconde à perdre ! » Pour l’ambiguïté, on repassera, d’autant qu’il a déjà commencé à sillonner la France, notamment Marseille.
La France profonde, il la connaît assez mal ou plutôt, ces Français qui vivent au-delà du périphérique parisien ne connaissent pas ce sémillant député européen. Il faut dire qu’il est plus à l’aise sur les sujets internationaux que sur le reste.
D’une certaine façon, il l’a prouvé lors de son discours. Très allant sur les États-Unis, sur Trump, sur les ingérences étrangères, sur la Chine, sur la Russie, sur l’Ukraine, il lui manquait des mesures plus pragmatiques, plus concrètes, plus proches du quotidien des Français. Il a bien parlé d’un leasing social pour les voitures électriques, mais c’est un peu faible par rapport à son challenger de gauche : Jean-Luc Mélenchon.
Machine à faire campagne
Lui était à Saint-Denis le week-end dernier. Il en est à sa quatrième campagne pour l’élection présidentielle et veut croire en sa bonne étoile. Ses troupes sont mobilisées.
Tandis que Glucksmann parle et embarque son public, sur X (anciennement Twitter), la guerre des chiffres a commencé, en partie alimentée par les Insoumis, qui se moquent du nombre de militants venus. 4 000, ce n’est rien par rapport à la foule qu’a rameutée Mélenchon à Saint-Denis dimanche dernier, qui revendique 26 000 personnes. Mais, c’est plus que ce qui était attendu. Durant le discours, on se promène dans la salle et on entend les agents de sécurité pester : il y a plus de gens que ce qui était annoncé, ils ont peur de l’incident.
C’est oublier que LFI a sorti les gros moyens, notamment en mettant en place des navettes, à un prix très accessible pour permettre aux militants de converger vers Saint-Denis. La logistique ne leur a jamais fait défaut.
« Oui, c’est vrai », nous concède-t-on après le discours. « LFI et Mélenchon ont une vraie culture du terrain, ils savent le faire » nous dit-on. « Mais, nous aussi, on saura le faire ».
Rassembler les élus
Ce que veut Glucksmann, c’est moins présenter un programme de campagne que de compter ses troupes et ses soutiens. Les trois premières rangées en face de l’estrade étaient réservées à des élus et des personnalités.
Arnaud Simion, Océane Godard, Florence Herouin-Léautey, David Assouline ou encore Sacha Houlié ont déjà fait leurs choix. Tout comme Yannick Jadot, sénateur écologiste, qui risque une exclusion.
Il s’en fout et nous le dit clairement : il voit en Glucksmann l’opportunité de faire revenir la gauche au pouvoir et de faire monter les sujets écologistes, le reste ne l’intéresse pas et il est très à l’aise sur le sujet. Laurent Baumel était aussi présent, mais, pour servir de courroie de transmission entre le parti socialiste, qui veut toujours une primaire et l’eurodéputé, qui veut que toute la gauche non mélenchoniste se range derrière lui.
Le troisième homme
Un troisième homme pourrait-il lui faire de l’ombre ? Depuis quelques semaines, on entend le nom de Matthieu Pigasse revenir dans les conversations parisiennes. Celui qui se présente comme un Bolloré de gauche inquiète-t-il le clan Glucksmann ? « Non. Son seul atout, c’est l’argent. Il en a. Mais, il n’a que ça » nous glisse-t-on en off. Yannick Jadot ne croit pas sérieusement à l’hypothèse Pigasse. Même chose chez les députés socialistes. « Il se voit comme un anti-Macron et c’est vrai que les deux se ressemblent. Mais, cela ne suffira pas ».
Une campagne présidentielle, c’est long. Il faut tenir dix mois. « Glucksmann, c’est celui qui a réussi à faire un score à deux chiffres aux Européennes », nous avait dit la semaine dernière une député socialiste que l’on a retrouvée, souriante et détendue, au meeting de samedi.
Car, la gauche est hantée par le score désastreux d’Anne Hidalgo en 2022 : 1,75 %, derrière Fabien Roussel. Ce qui entraîne un non-remboursement des frais de campagne. Une catastrophe tant politique qu’économique.
Petit à petit, la foule se disperse, certains font durer le plaisir chez Oscar, la pizzeria du quartier. On débriefe, on se compte et on fait connaissance entre militants.
Alors, trop optimistes les militants de Glucksmann ? Peut-être. Il reste moins d’un an et c’est long. Mais ce soir-là, ils avaient envie d’y croire.
