On a voulu mesurer et comparer l’impact médiatique de la commission d’enquête sur l’inceste. Si le sujet intéresse les gens, il est silencié par les médias.
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Inceste : la silenciation médiatique

Alors que la commission d’enquête a conclu ses travaux et que le rapport est désormais en ligne, on a voulu objectiver la place de l’inceste dans les médias. Le constat est celui d’une sous-représentation massive.

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Méthodologie

On ne prétend pas à l’exhaustivité ni à une parfaite représentation de tous les médias. En effet, il n’y a pas de bases de données centralisant l’ensemble des titres de presse français. Ainsi, si certaines publications sont disponibles dans Europresse, toutes ne le sont pas.

Pour la recherche, on a borné dans le temps. Pour la commission sur l’audiovisuel public, on a commencé la recherche à partir à partir du 12 novembre jusqu’au mois d’avril. Pour la commission sur l’inceste, on a étendu le périmètre, car, elle vient de conclure ses travaux.

L’idée était d’avoir une fourchette, une volumétrie approximative.

Pour la radio et la télévision, on s’est tourné vers l’INA qui nous a permis d’avoir une idée, au moins partielle.

Nous n’avons pas trouvé de données en open-data, qui nous aurait permis d’obtenir des données plus fines.

Une couverture médiatique quasiment inexistante

Si on compare avec la très célèbre commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le constat est désolant. Alors que la commission rapportée par Charles Alloncle a été abondamment suivie, commentée, décortiquée et a donné lieu à plusieurs émissions de télévision sur les chaînes d’information en continu, la commission d’enquête sur l’inceste peine à exister.

On a fait parler l’agrégateur Europresse, disponible dans le passe culture de la BNF. Pour la commission d’enquête sur l’inceste, on arrive à 821 occurrences dans la presse. Il est à noter que beaucoup d’articles sont issus de la presse quotidienne régionale. Les articles sont alors « dupliqués » d’une parution à une autre. Ainsi, un article paru dans Le Parisien sera repris dans l’édition nationale Aujourd’hui en France, ce qui vaut deux occurrences. De la même manière, les dépêches AFP constituent souvent un matériel de travail pour les rédactions et peut se retrouver dans différentes publications. Enfin, ces articles peuvent simplement évoquer l’existence de la commission d’enquête, pour la rattacher à un autre fait d’actualité.

Capture d'écran d'Europresse sur une recherche sur le terme commission d'enquête et inceste.
Capture d’écran d’Europresse sur une recherche sur le terme commission d’enquête et inceste.

On a fait la même recherche pour la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. On arrive à 3783 occurrences dans Europresse.

Capture d'écran d'Europresse sur une recherche sur le terme commission d'enquête et audiovisuel public.
Capture d’écran d’Europresse sur une recherche sur le terme commission d’enquête et audiovisuel public

La TV, absente du sujet

On a ensuite cherché dans la base de l’INA, en centrant volontairement sur les débats. On est arrivé à 12 occurrences dont quatre sont en fait des diffusions des débats à l’Assemblée nationale via LCP. Si on supprime ce critère, on retrouve 193 occurrences à l’inceste, incluant la série française PJ.

La recherche du terme inceste dans la base de données de l'INA.
La recherche du terme inceste dans la base de données de l’INA.

On a fait la même recherche pour l’audiovisuel public. On arrive à 646 occurrences. CNews compte, à elle seule, 98 entrées sur ce sujet, avec beaucoup plus de chaînes de radio et de télévision qui ont couvert le sujet.

La base de données de l'INA sur la recherche sur l'audiovisuel public.
La base de données de l’INA sur la recherche sur l’audiovisuel public.

Pas de Une de magazine

On a poursuivi notre recherche grâce à ePresse (Cafeyn), qui est un agrégateur de presse. Grâce à un abonnement mensuel, il permet de lire un grand nombre de titres de presse et de magazines, pour un coût assez modique. Le moteur de recherche n’est pas très évolué et ne permet pas d’affiner les requêtes, par exemple, en se limitant aux magazines.

On a refait une recherche sur le terme « inceste ». On est arrivé à approximativement 1500 résultats, principalement en provenance de la presse quotidienne régionale.

Les résultats dans l'application Cafeyn sur l'inceste dans tous les titres disponibles.
Les résultats dans l’application Cafeyn sur l’inceste dans tous les titres disponibles.

Pour l’audiovisuel public, Cafeyn affiche approximativement 3000 résultats et plusieurs magazines.

Les résultats dans l'application Cafeyn sur l'audiovisuel public dans tous les titres disponibles.
Les résultats dans l’application Cafeyn sur l’audiovisuel public dans tous les titres disponibles.

« Les gens se sentent concernés »

Un apparent dédain médiatique que relativise Maud Petit, présidente de la commission d’enquête. « Il n’y a peut-être pas eu beaucoup de reprises médiatiques, mais, sur les réseaux sociaux, on a eu énormément de gens qui nous ont suivis. » raconte-t-elle et d’évoquer un post tardif sur les réseaux sociaux qui a engendré plus de mille « likes » en une seule nuit, alors que ses comptes sont plus confidentiels.

« Il y a une silenciation du sujet dans les médias, mais, en même temps les gens se sentent concernés » explique-t-elle.

Un constat que partage Romane Brisard, journaliste d’investigation, auditionnée par la commission d’enquête « l’inceste est omniprésent dans notre société. Et c’est encore un tabou ; c’est ce qui nous empêche aussi de peser médiatiquement. J’obtiens souvent la même réponse de la part des médias que je sollicite : “On a déjà traité ce sujet, tu nous saoules.” Lorsqu’on a mis des moyens une fois pour une enquête, on ne les met pas deux fois ».

L’examen du projet de loi relatif à la protection des enfants cette semaine est l’occasion pour Maud Petit, de sortir certains sujets de la commission pour les transcrire dans la loi « les gens attendent. On doit utiliser tous les textes législatifs possibles, on peut faire passer des choses dès maintenant ». Ainsi, certaines des recommandations ont été transcrites par amendements, notamment l’imprescriptibilité des crimes envers les enfants, la fin de l’obligation alimentaire envers le parent incestueux ou encore le renforcement de la protection des médecins signalant des violences commises sur les mineurs.

Il commencera ce mercredi 15 juillet 2026 et prendra plusieurs jours, temps que la député MoDem entend bien utiliser « ce n’est pas grave si les médias ne sont pas au rendez-vous tant que l’on continue de bosser ».