Joël Guerriau n’ira pas en prison pour avoir drogué Sandrine Josso
En ce début de semaine, outre le procès de Marie-France Lorho, se tenait le procès de Joël Guerriau, ancien sénateur.
Le rappel des faits
Joël Guerriau avait invité la député Sandrine Josso, pour une discussion entre amis. Il avait mis de la MDMA dans le verre de champagne qu’il a tendu à la député. Heureusement, se rendant compte que quelque chose n’était pas normal, la député a rapidement pris la fuite. Elle a rejoint ses collègues députés à l’Assemblée nationale. Transportée à l’hôpital, elle a découvert qu’elle avait une forte dose d’ecstasy dans le corps : 388 nanogrammes par millilitre de sang. Associée à l’alcool, la substance provoque des pertes de mémoire. Dans la foulée, elle porte plainte.
À la barre, l’ancien sénateur a toujours nié avoir voulu droguer la député, encore moins d’avoir voulu l’agresser sexuellement. Il a plaidé l’étourderie, la MDMA n’étant pas pour Sandrine Josso, mais pour lui. Il aurait placé la substance dans un verre, l’aurait oublié et aurait versé le champagne par inadvertance dans le verre de Sandrine Josso.
Ces propos ont été battus en brèche par la député. Selon ses déclarations, il se montrait bizarrement pressant, insistait pour lui resservir à boire, jouait avec l’éclairage. En somme, il essayait de créer une intimité.
Il a indiqué que les substances lui avaient été fournies par quelqu’un du Palais du Luxembourg, mais a refusé de donner le nom du fournisseur. Il a mis en avant sa détresse psychologique, à l’époque durant laquelle il s’était procuré ses substances : la mort de son chat, accentuée par des tensions avec son épouse. Il nie toute intention sexuelle envers Sandrine Josso et insiste pour dire qu’il s’est simplement trompé dans les verres.
D’abord viré de son groupe parlementaire, il avait refusé de démissionner. Finalement acculé, il a démissionné du Sénat le 5 octobre 2025.
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Les réquisitions et le verdict pour Joël Guerriau
Le parquet avait requis quatre ans de prison, dont un an de sursis probatoire, avec un mandat de dépôt différé pour les trois ans de prison ferme, ainsi que cinq d’inéligibilité avec exécution provisoire et l’inscription au fichier des délinquants sexuels.
À la fin de la journée du mardi 27 janvier 2026, on pouvait penser que le tribunal donnerait une date ultérieure pour le jugement. À la surprise générale, le tribunal a indiqué qu’à l’issue des débats, il se retirerait pour délibérer.
Notre consœur de BFM TV, Alexandra Gonzalez a suivi le procès durant les deux jours et a pu nous informer du verdict. Le tribunal a condamné Joël Guerriau, pour soumission chimique, à quatre ans de prison, dont trente mois avec sursis probatoire, avec mandat de dépôt à effet différé. Cependant, il a d’ores et déjà annoncé qu’il ferait appel de la décision. Dès lors, dans l’attente du procès en appel, il a pu ressortir libre et reste présumé innocent.
Il est déclaré inéligible durant cinq ans, mais, sans exécution provisoire. Il ne sera pas inscrit au fichier des délinquants sexuels, au regard de l’absence d’antécédents et des conclusions psychiatriques le concernant. On est tenté de dire que l’inscription n’est pas forcément nécessaire dans son cas : ce n’est pas tous les jours qu’un sénateur drogue une collègue parlementaire pour la violer. Son nom va rester dans les esprits un certain temps.
Enfin, le tribunal a admis la constitution de partie civile de Sandrine Josso, déclare Joël Guerriau responsable des préjudices, le condamne à 5 000 € au titre du préjudice moral ainsi qu’à 4 000 € de frais au titre de l’article 475-1 du Code pénal.
Le tribunal a donc été moins sévère dans son jugement que les réquisitions du parquet. Mais, comme l’a montré la « coutume » judiciaire, les cours d’appel ont tendance à être plus raides que les tribunaux de première instance. Il n’est pas impossible que Joël Guerriau soit plus sévèrement condamné lors du prochain procès. S’il ne va pas en prison pour le moment, il n’est pas dit que ce ne sera pas le cas dans un avenir plus ou moins proche.
Depuis, Sandrine Josso s’est fortement investie politiquement sur ce sujet, ayant notamment conduit une mission à l’Assemblée nationale et travaillant à faciliter la prise en charge des victimes de soumissions chimiques. Elle avait notamment posé une question sur la soumission chimique lors des questions au gouvernement du 8 octobre 2025. La quasi-totalité de la représentation nationale s’était alors levée pour l’applaudir longuement et saluer son courage.

Nous n’avons pas souhaité solliciter Sandrine Josso pour une réaction suite au jugement. Si elle souhaite s’exprimer, elle le fera quand elle le souhaitera.
