La dissolution ne changera pas les équilibres politiques
L’actualité politique allant particulièrement vite ces derniers jours, à peine l’hypothèse de la dissolution était-elle évoquée par le Canard enchaîné, que celle-ci semble balayé ce vendredi 10 octobre 2025.
En effet, dans son édition n° 5474, nos confrères évoquaient une instruction qui aurait été reçue par les préfets concernant l’organisation d’élections législatives les 16 et 23 novembre 2025. Depuis, le Premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu a écarté cette possibilité et nous sommes dans l’attente d’un gouvernement.
Néanmoins, cette dissolution, que Marine Le Pen appelle de ses vœux, pose une question : de nouvelles élections législatives permettraient-elles de dégager une majorité à l’Assemblée nationale ?
Trois éléments donnent une réponse négative à cette interrogation. Le premier est un sondage, publié hier soir pour LCI, Le Figaro et Sud Radio par l’IFOP. Le Rassemblement national récolterait 36 % d’intentions de vote chez les personnes interrogées, une union de la gauche sans La France Insoumise, 19 %, suivi d’un morcellement du vote dans les autres groupes.
Bien que les sondages pour les législatives ne prennent pas en compte la dynamique propre aux territoires — les députés sont élus en circonscription sur leur nom — et ne puissent refléter strictement la répartition des sièges, il apparaît que l’Assemblée nationale aurait la même composition, à peu de choses près.
Le deuxième élément est le casting. Qui dit élections dit candidats. On a sollicité tous les députés. Sont-ils prêts à retourner en campagne ? Ont-ils envie de faire un nouveau mandat ? Bien que très peu aient répondu, à l’exception d’un seul député, toutes les personnes sollicitées ont indiqué qu’elles se présenteraient de nouveau en cas de dissolution.
On note au passage que si peu de députés ont répondu, c’est probablement parce qu’il y avait une autre question dans ce « sondage » : « Si vous comptiez vous présenter aux élections municipales de mars 2026, renoncerez-vous à l’élection locale ? »
Car, ils sont plusieurs à briguer un mandat local et pas n’importe lequel : celui de maire. Or, la loi sur le cumul des mandats ne permet pas de rester député et maire. Une dissolution aujourd’hui met les députés actuels devant un dilemme : se représenter pour repartir en campagne pour un mandat local quelques mois plus tard ou renoncer à une nouvelle élection de député et prendre le risque de se retrouver sans aucun mandat après les élections municipales de mars 2026. Le problème est d’autant plus épineux que certains députés ont déjà annoncé qu’ils se présentaient et ont déjà commencé leur campagne.
Ce choix cornélien peut trouver une solution dans une bidouille : demander à son suppléant actuel de se présenter, le faire gagner, puis lui demander de démissionner en cas d’échec aux élections municipales et l’engager comme collaborateur parlementaire, comme lot de consolation. Cela relève de la politique fiction, mais ce scénario est envisageable. C’est ce qu’avait fait Jacques Bompard. Il s’était présenté comme député, mais voulait rester maire. Il avait gagné les législatives, est resté un mois député pour ensuite laisser sa place à Marie-France Lorho.
Enfin, il subsiste un élément qui fera que la dissolution n’apportera pas les éclaircissements escomptés : le Sénat. Les Républicains y sont majoritaires, avec 129 sièges. Si l’Assemblée nationale a le dernier mot sur bon nombre de sujets, la composition de la commission mixte paritaire (CMP) restera majoritairement à droite. Ce n’est qu’en septembre 2026 — date des élections sénatoriales — qu’il peut y avoir des modifications dans la composition de la chambre haute.
L’hypothèse de la dissolution s’éloigne temporairement. À l’heure où ces lignes sont écrites, Emmanuel Macron reçoit les chefs de parti — hors LFI et RN — sans que l’on sache quel est l’objet de la réunion. Le seul élément fiable est qu’un Premier ministre sera nommé aujourd’hui.
Il semblerait que Sébastien Lecornu serait reconduit dans ses fonctions. Ce dernier a indiqué qu’une majorité absolue des députés serait contre une dissolution. Mais, l’histoire a prouvé qu’ils étaient les derniers à qui on demandait leur avis sur ce sujet.
