La nationalisation d’ArcelorMittal n’aura pas lieu
Lors de sa niche parlementaire, le groupe La France Insoumise a réussi à faire voter son texte sur la nationalisation d’ArcelorMittal.
ArcelorMittal est un géant mondial de la sidérurgie et de l’industrie minière, produisant notamment de l’acier et employant en France – selon son site – 15 350 personnes.
Depuis plusieurs mois, l’industrie de l’acier est en crise, spécialement en France et l’entreprise est fragilisée. Elle a annoncé des suppressions de postes et c’est dans ce contexte que LFI a mis à l’ordre du jour de sa niche parlementaire, la proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal.
Même si tous les députés ont crié victoire sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon allant même jusqu’à tweeter qu’ArcelorMittal était désormais nationalisé, c’était aller vite en besogne.

En effet, l’adoption à l’Assemblée nationale n’est qu’une première étape. Le texte doit être inscrit à l’ordre du jour du Sénat.
Dimanche, Manuel Bompard a indiqué chez nos confrères de France Télévisions « Le gouvernement doit respecter le vote des députés et inscrire la nationalisation d’ArcelorMittal à l’ordre du jour du Sénat. C’est indispensable pour sauver les salariés et pérenniser une production essentielle à notre souveraineté qui disparaîtra si la décarbonation n’est pas lancée maintenant ».
Le gouvernement est défavorable à cette initiative, on ne peut donc pas compter sur lui pour enclencher une procédure accélérée, qui forcerait la chambre haute à inscrire le texte à son agenda.
Seule solution : en appeler à la solidarité parlementaire et demander aux groupes de gauche du Sénat de reprendre le texte pour l’inscrire dans leur propre niche parlementaire.
Sauf qu’il y a un petit problème : ce texte a déjà été examiné au Sénat. Comme l’indique Audrey Linkenheld « Au Sénat, il y a ainsi déjà eu un débat et un vote le 30 octobre dernier dans la niche communiste et j’ai d’ailleurs eu l’occasion de m’exprimer en soutien puisque nous avions cosigné la PPL. ».
Peut-on tout de même retenter le coup ? Réponse négative pour Pierre Ouzoulias « Les trois groupes de Gauche du Sénat ont déjà déposé et défendu en séance publique une proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal le 30 octobre 2025. Ce texte a été rejeté par le Sénat. Il est donc difficile de lui soumettre, un mois après, un texte similaire ».
Il va même plus loin « On peut donc considérer chronologiquement que c’est le groupe de la France insoumise qui a repris la proposition de loi des groupes de gauche du Sénat et non l’inverse. Le groupe FI savait que son texte ne pourrait pas être déposé au Sénat qui l’avait déjà refusé. ».
A-t-il raison ? Les sénateurs ont déposé ce texte le 14 mai 2025. Il a été examiné le 22 octobre 2025 en commission, puis en séance publique le 30 octobre 2025.
La France Insoumise a déposé le sien le 14 octobre 2025, examiné en commission le 19 novembre 2025 et le 27 novembre 2025 en séance publique. Le texte sénatorial n’est pas évoqué en commission. En séance publique, le seul à évoquer l’examen sénatorial est Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’industrie « Comme j’ai eu l’occasion de le dire il y a quelques semaines au Sénat, le gouvernement s’oppose à la nationalisation d’ArcelorMittal France ». Personne n’a relevé que les sénateurs avaient déjà travaillé sur ce sujet.
En off, un sénateur indique « vu les relations que notre groupe entretient avec LFI, je ne crois pas que nous avons vocation à relayer ce texte qui n’a d’ailleurs aucune chance d’être adopté au Sénat ».
Même si le gouvernement engageait une procédure accélérée sur la proposition de loi, elle serait rejetée par le Sénat et ce n’est pas une hypothèse d’école. Il faudrait convoquer une commission mixte paritaire (CMP). Si elle échoue et en raison de la composition actuelle des deux chambres, c’est une hypothèse assez crédible, elle devra revenir devant l’Assemblée nationale, puisque c’est le palais Bourbon qui a le dernier mot.
Les voix de la gauche seraient-elles suffisantes ? Car, lors du scrutin du 27 novembre 2025, le RN s’est abstenu et l’UDR a voté contre, de même que la droite et le centre. Même si l’Assemblée nationale a le dernier mot, la nationalisation d’ArcelorMittal serait très loin d’être acquise.
Elle n’aura pas lieu, en tout cas, certainement pas dans un avenir proche.
