Les maîtres du jeu des amendements
En théorie, ils sont 577 députés et tous égaux devant la rédaction de la loi. Principale arme législative entre leurs mains : les amendements. C’est presque le seul instrument qui n’est pas corseté à la seule volonté gouvernementale, si on met de côté les fameux filtres constitutionnels.
Dans les faits, sur les 77 525 amendements d’origine parlementaire, quasiment 20 % sont écrits par vingt députés. Ils totalisent 15 440 amendements, dépassant largement leurs collègues.
Les rapporteurs du budget : la part belle de la production
Ils sont amplement avantagés par rapporteur à leurs collègues de groupe : les rapporteurs de texte et encore plus quand ils sont rapporteurs du budget. À lui seul, Thibault Bazin totalise 1673 amendements.

Néanmoins, ce n’est pas la seule explication. Très prolifique depuis son premier mandat, Thibault Bazin est un hyperactif de l’Assemblée nationale. Gros producteur d’amendements et toujours présent ou presque en séance publique, il s’empare de tous les sujets qui l’intéresse et ils sont nombreux.
Cela explique qu’il truste la première place de ce classement.
L’autre rapporteur du budget est Philippe Juvin, avec une production un peu plus modeste : 610 amendements depuis le début de la XVIIe législature, ce qui reste assez honorable. En dehors du projet de loi de finances, dont il est le rapporteur, il ne dédaigne pas les sujets liés à son métier. Ainsi, il a été actif sur la fin de vie, déposant 265 amendements.
Les députés LFI, les producteurs en gros
Dès sa création, le groupe de La France Insoumise (LFI) a adopté une règle assez simple en matière d’amendements. Chacun d’entre eux doit être cosigné par l’ensemble du groupe. À l’origine, cela tenait au fait qu’ils n’étaient que 17. À tout moment, il fallait que l’un ou l’autre puisse défendre pleinement chaque texte, afin de transformer le moment en plaidoyer politique. Hors de question de se contenter d’un simple « défendu ». Un amendement est une occasion de plaider et de rayonner.
Cette habitude s’est maintenue sous la XVIe et la XVIIe législature. Néanmoins, tous les députés LFI ne sont pas égaux en matière de production d’amendements. Ils sont six dans le podium de tête, soit le plus gros contingent.

En premier se trouve Aurélien Taché, avec 1057 amendements, que l’on retrouve beaucoup sur les textes liés aux sujets régaliens : immigration, état civil, outre-mer. Son coéquipier dans ce domaine est Bastien Lachaud, qui intervient sur les mêmes thématiques et le suit avec 935 amendements.
Hadrien Clouet prend la suite (616 amendements), avec les sujets budgétaires, en particulier sur le budget de la Sécurité sociale. Élise Leboucher le suit de près avec les sujets budgétaires et la fin de vie.
Mathilde Hignet et Damien Maudet ferment la marche du groupe, avec les sujets agricoles principalement pour la première et les sujets liées aux questions sociales et de santé pour le second.
Déposer n’est pas adopter
Déposer des amendements ne signifie pas réussir à les faire adopter et dans cette catégorie, les joueurs changent d’étiquette.
Toujours premier dans sa catégorie, Thibault Bazin, avec 331 amendements adoptés à son actif, ce qui lui permet d’afficher un joli score de presque 20 % d’adoption de l’ensemble de ses amendements.

Si LFI compte le plus de députés dans la section des producteurs d’amendements, le top 20 des députés ayant réussi à faire adopter le plus d’amendements est dominé par le groupe socialiste. Ils sont sept dans cette catégorie.
L’autre groupe politique qui tire son épingle du jeu est LIOT grâce à Charles de Courson et Estelle Youssouffa. Le très sage et très avisé député, expert en finances publiques ne dépose pas nécessairement des amendements en masse, mais, il peut se vanter d’avoir réussi à en faire adopter 97. Quant à la seconde, elle a été très proactive sur les textes concernant Mayotte et a réussi à convaincre ses collègues de bancs.

La majorité présidentielle absente
Que ce soit dans la catégorie des producteurs d’amendements ou celles des amendements adoptés, la majorité présidentielle ou bloc central est quasiment absente. Il n’y a qu’une seule député dans la première catégorie : Danielle Brulebois, avec 572 amendements déposés. Dans la seconde, on retrouve Annie Vidal, avec 57 amendements adoptés. L’UDR et le RN ont disparu du second classement.
Ils ne sont plus vraiment une majorité et le gouvernement en place ne leur est pas forcément favorable. Néanmoins, il semblerait qu’ils aient encore du mal à se faire une place, en tant que producteurs d’amendements.
Même si la gauche n’a pas réussi à faire nommer un Premier ministre issu de ses rangs, les statistiques sur cette période montrent qu’elle a peut-être plus d’influence qu’on ne veut bien le croire.
Méthodologie
Le jeu des amendements utilisé est celui disponible sur le portail open-data de l’Assemblée nationale. Le jeu date du 5 janvier 2026, à 18 h 13. Pour une raison inconnue, la section de recherche des amendements sur le site de l’Assemblée nationale ne donne pas les mêmes chiffres. Seul le jeu de données en JSON a été utilisé.
La période de référence va du début de la XVIIe législature au 5 janvier 2026.
Pour isoler les gros producteurs d’amendements, seul le premier signataire d’un amendement — indiqué dans le jeu de données — a été pris en compte.
