Les marges de manoeuvres limitées de Sébastien Lecornu
Celui qui aurait dû être Premier ministre en décembre 2024 vient enfin de s’installer à Matignon. Contrairement à son prédécesseur, il s’est immédiatement mis au travail, en enchaînant visites, consultations, réunions. Objectif : sortir le budget 2026, si possible en évitant la censure.
Mais, que se passera-t-il après le budget ? En réalité, pas grand-chose, pour une raison simple : les élections municipales.
Depuis le 1er septembre, la période électorale est ouverte et tout ce que la France compte comme candidats pour devenir premier édile municipal commence déjà à besogner sur le terrain. L’année 2020 ne comptant évidemment pas, en raison du COVID, il faut se souvenir de ce qu’était l’activité parlementaire durant le premier trimestre 2014.
En quelques mots : un encéphalogramme plat, alors même que le Gouvernement avait la majorité au sein de l’Assemblée nationale et aurait pu faire passer des textes plus ou moins populaires. Le Sénat n’était pas beaucoup plus actif et pour cause : si les députés sont élus par les citoyens, les sénateurs le sont par les élus locaux. On assistait donc des labourages de circonscription en bonne et due forme : qui allait soutenir un candidat, qui se présentait, etc.
L’année 2026 se déroulera exactement de la même façon. Une part non négligeable des députés se présente aux élections municipales, même si la liste des candidats n’est pas encore définitive. Ou ira soutenir un candidat.
Le deuxième facteur bloquant est évidemment la configuration politique de l’Assemblée nationale. Même en cas de dissolution, il apparaît que le Palais Bourbon gardera sa composition en trois blocs, sans que l’un puisse prendre le dessus sur les autres.
Le troisième élément est plus politique : personne ne voudra prendre le risque de faire passer des mesures impopulaires, de peur que les électeurs ne se « vengent » sur les candidats aux municipales. Il est même plus probable que la période soit plus propice aux cadeaux.
Le Premier ministre a déjà fait une concession : la suppression de la suppression de deux jours fériés. Il était évident que cette mesure ne survivrait pas à l’été. Il ne s’agissait que d’un chiffon rouge, destiné à focaliser l’attention du public sur ce point, au détriment des autres. D’ailleurs, personne n’a jamais été en mesure d’expliquer comment François Bayrou arrivait à un gain de 4,2 milliards d’euros.
C’est l’équation impossible que va devoir résoudre Sébastien Lecornu. Les finances publiques ne sont pas en bonne santé. Tout le monde doit être mis à contribution, reste à savoir comment et si possible, en fâchant le moins de monde possible.
S’il parvient à passer le cap du budget, il lui faudra aussi s’attaquer à tous les dossiers qui sont restés dans un placard ces derniers mois, en enjambant à la fois les élections municipales et l’élection présidentielle.
Car, hasard du calendrier, après un répit de quelques mois, c’est le grand raout de l’élection présidentielle qui débutera et là encore, le Parlement ne connaîtra pas un surrégime. Au mieux, les niches parlementaires seront l’occasion pour les différents groupes de tester dans l’opinion — plus qu’à l’Assemblée nationale — leurs idées pour l’Élysée. Comme le dit un confrère, l’avantage des niches est que c’est enfin le moment de faire de la politique. Quitte à perdre quelques points d’audition.
Qu’il soit clair dans l’esprit du lecteur que tous les textes qui seront inscrits en niches parlementaires pour la session 2026-2027 ne verront jamais le jour, sauf à ce que le groupe qui l’aura présenté se retrouve en situation de gouverner le pays à partir de l’été 2027.
Mais, le péché originel reste la dissolution. En la déclarant l’année dernière, Emmanuel Macron a réduit son quinquennat à un mandat de deux ans et ne peut plus faire grand-chose pour corriger le tir.
Provoquer une nouvelle dissolution mettrait un bazar monstrueux dans les collectivités locales, sans parler du coût de l’organisation. Reste la voie du référendum, mais dont l’issue est incertaine. Le référendum suppose une question fermée, à laquelle les électeurs peuvent répondre par oui par non et dont l’intitulé et les enjeux sont explicites pour tout le monde. Il demande une mobilisation forte des électeurs, car, un référendum avec 40 % de participation ne serait pas forcément très représentatif. Enfin, cela suppose de prendre en compte le résultat et de le traduire politiquement.
Autant d’éléments hasardeux qui font que le Parlement risque de s’enliser durant quelque temps.
