Malaise BD : le crash de Ruffin
Dans la course à la présidentielle, tous les moyens sont bons pour se démarquer. Les candidats les plus classiques écriront des livres, dans lesquels ils feront mine de « fendre l’armure » pour reprendre l’expression consacrée, certains se précipiteront chez Karine Le Marchand, d’autres feront une couverture dans Paris-Match.
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Ruffin, le multicarte
François Ruffin, candidat, a préféré donner dans la bande dessinée. Les livres ? Il en a déjà écrit. Des interviews filmées ? Pas tellement son truc, il fuit les journalistes et déteste être mis en difficulté. Il préfère incarner les Michael Moore.
Ruffin n’aime rien tant que contrôler le récit médiatique fait autour de lui et a donc choisi une voie plus originale.
Mais, il n’avait sans doute pas anticipé les critiques autour de son ouvrage et si personne n’est dupe sur les raisons de ce taillage en pièce — à savoir, couper la tête d’un candidat de plus à gauche — l’objectivité oblige à dire qu’un malaise persiste à la lecture de la bande dessinée.
La maintenance informatique ? Un apartheid, assimilé à un champ de coton
Les planches narrant l’incident dans le train ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Celle qui a retenu notre attention se trouve en page 54. François Ruffin, avec d’autres députés, se rend au comptoir du numérique, pour que les tablettes soient paramétrées. Sur le dessin, les trois assistants sont racisés. La case d’après les représente dans un champ de coton*.

Si la maintenance informatique peut parfois être une tâche particulièrement ennuyeuse, on peut difficilement l’assimiler à la culture du coton, surtout pas quand cette culture est intimement liée à l’esclavage. Et si les missions d’intérim sont inconfortables, il paraît hasardeux de les confondre avec un apartheid.
On aurait aimé poser nos questions à François Ruffin ce mardi 19 mai 2026, mais il n’était présent ni en hémicycle ni en salle des Quatre colonnes. À la place, il a écrit une note sur son blog, pour indiquer « J’ai sans doute l’antiracisme de mes artères : marqué années 90, “black blanc beur”, église Saint-Bernard, parrainages de sans-papiers, etc. ».
Le tout à l’ego du député-reporter
Sous couvert de raconter les histoires des gens les plus fragiles, François Ruffin se met surtout en scène, comme un sauveur. Il est vrai que tous les députés, sans exception, sont sollicités par les habitants de leur circonscription pour régler des problèmes : places en HLM, emplois, places en crèche, litiges avec l’administration, amendes, etc. Selon les couleurs politiques, ils sont invités à se rendre aux manifestations ou aux piquets de grève. François Ruffin est très loin d’être une exception. Tous les députés le font.
Mais, François Ruffin est le seul qui instrumentalise à ce point la souffrance des gens pour sa propre notoriété. Il l’avait déjà fait par le passé, mais cela passait sous les radars et il bénéficiait de la bienveillance de son « premier » groupe parlementaire : La France Insoumise.
« Ruffin a toujours été gênant. Mais, au début, on n’était pas nombreux et ensuite, on a commencé à régler les problèmes plutôt en interne. En fait, quand il y a un souci, on le dit en réunion de groupe et on peut prendre des sanctions. Simplement, on fait en sorte que ça reste entre nous et que ça ne sorte pas » nous indique une source proche de LFI.
« Je ne crois pas que François Ruffin soit raciste, mais je crois qu’il a des biais dont il ne se rend pas compte » nous dit Olivier Serva, député LIOT.
« Le vrai problème de Ruffin, ce n’est pas qu’il soit raciste ou misogyne, c’est que c’est un mec tout seul et ça se voit. S’il avait eu une équipe autour de lui, tout le monde aurait sauté au plafond. Quand on est député, être tout seul, c’est déjà compliqué. Mais, être président quand on est seul, c’est impossible. Vous en connaissez beaucoup des députés ruffinistes ? » nous lâche goguenard un député de gauche.
C’est peut-être le fond du problème : François Ruffin est seul et si avant, LFI le protégeait, depuis qu’il veut tuer le « père », il n’a plus personne autour de lui pour faire tampon. Quant à la bande dessinée, elle n’a pas fini de faire parler.
*Case 1 : Pour la rentrée parlementaire, j’ai assisté comme tous les députés, à une scène qui, je pense, nous a tous marqués et pourtant personne n’en a parlé. / Mesdames et messieurs les députés …
Case 2 : … bienvenue au comptoir du numérique.
Case 3 : Nos assistants sont à votre disposition pour initialiser et paramétrer vos tablettes.
Case 6 : Peut-être parce que nous en étions gênés face à un quasi-apartheid professionnel.
Pas de droit bien sûr mais de fait
