Municipales 2026 : le renouvellement silencieux de l’Assemblée nationale
Avec plus d’une centaine de députés qui se présentaient comme tête de liste, il était évident que la physionomie de l’Assemblée nationale allait changer au lendemain du second tour des élections municipales.
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Le résumé en image
Nous avons synthétisé en image les 41 députés élus par groupe parlementaire, au sein d’une mairie.

Comme on peut le constater, c’est la Droite Républicaine qui compte le plus de députés qui ont gagné une mairie, avec 10 parlementaires, mais ils sont suivis par le RN qui en compte 8, puis d’EPR avec 4, tout comme LFI, les Socialistes et le MoDem. Horizons compte trois députés, l’UDR deux, LIOT un et un non inscrit.
C’est Emmanuel Grégoire qui remporte la ville la plus peuplée avec Paris, suivi d’Éric Ciotti avec Nice, puis de Thomas Cazenave avec Bordeaux.
Le départ potentiel de deux chefs de groupe
Paul Christophe, président du groupe Horizons, a gagné la semaine dernière la mairie de Zuydcoote. Il n’a pas répondu à nos sollicitations la semaine dernière, on ne sait donc pas s’il restera député et donc, chef de groupe ou s’il préférera s’installer à la mairie, probablement pour sept ans.
En effet, en raison de la concomitance entre les municipales 2032 et la présidentielle de la même année, il est possible que le mandat des maires élus cette année dure une année de plus. Si Paul Christophe décide de partir, il sera assuré d’avoir encore un poste politique l’année prochaine, ce qui n’est pas forcément garanti s’il reste député, en raison de la probable dissolution qui suivra l’élection présidentielle.
Éric Ciotti est aussi dans ce cas de figure. Lui qui a battu son meilleur ennemi à Nice, paraît bien parti pour faire ses cartons. Mais, qui prendrait sa place ? Son groupe — l’UDR — est très jeune, aussi bien en historique politique qu’en âge tout court. Il est le seul à avoir une dimension nationale, même si Charles Alloncle a pris la lumière avec la commission d’enquête sur l’audiovisuel. Il y aura donc des tractations en interne, qui débuteront probablement cette semaine. Même si l’ambiance est à la fête à l’UDR, le groupe ne compte que 17 députés, qui en sont presque tous à leur premier mandat, à l’exception de Christelle d’Intorni.
La razzia du RN
Si le Rassemblement National n’a pas décroché Marseille ni Toulon, le parti de Marine Le Pen peut se targuer de belles prises sur ces élections municipales : Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer, Hervé de Lépinau à Carpentras, Christophe Barthès à Carcassonne, Alexandra Masson à Menton ou encore Aurélien Lopez-Liguori à Agde. Des villes situées dans le Sud, entre 10 000 habitants et 54 000 habitants, auxquelles on doit ajouter les villes conquises hors candidats parlementaires.
Deux enseignements semblent se dégager. Le premier est que les électeurs ne paraissent plus avoir des réserves à confier les clefs de la ville à des élus de la RN. Le second est que ces élus sont autant de voix potentielles pour une autre élection : les sénatoriales de septembre 2026. Les autres partis devront ferrailler sur le terrain pour ne pas perdre leurs sièges au Palais du Luxembourg.
On ne sait pas encore ce que feront les huit députés RN qui ont été élus, soit la semaine dernière, soit ce dimanche. Avec 122 membres, même si les députés décident tous de quitter leur siège pour s’installer en mairie, le groupe n’aura pas de difficultés de formation pour les nouveaux.
Le départ probable de quatre députés LFI
David Guiraud a gagné Roubaix, Aly Diouara La Courneuve, Idir Boumertit Vénissieux et Abdelkader Lahmar Vaulx-en-Velin. Bien qu’on n’ait pas la confirmation, il est assez probable qu’ils quittent l’Assemblée nationale pour leurs mairies respectives.
Cette hypothèse part d’un constat assez simple : ces dernières semaines, on les a à peine vus au Palais Bourbon. David Guiraud, qui était le monsieur budget du groupe, a laissé sa place à ses collègues, pour faire du terrain dans le Nord. On les imagine mal s’être autant investi dans les municipales pour ne pas aller en mairie.
Tout comme le Rassemblement National, LFI doit se faire une place au Palais du Luxembourg et pour cela, il faut investir les villes.
De nouvelles têtes ou presque
Sur le papier, ils sont 41 députés à avoir été élus. Ne disposant pas des données antérieures, on ne peut pas faire de comparaison avec 2020. On sait que certains comme Philippe Juvin ou Antoine Valentin resteront à l’Assemblée nationale. Emmanuel Grégoire, qui a gagné la mairie de Paris, va rejoindre l’Hôtel de Ville. Thomas Cazenave qui décroche Bordeaux fera vraisemblablement de même.
Reste à savoir combien vont effectivement franchir le pas et quitter l’Assemblée nationale — et si leurs suppléants accepteront de prendre le relais. Dans les suppléants, certains ne sont pas novices, ayant déjà dû remplacer le député « titulaire » lorsque celui-ci est entré au gouvernement. C’est le cas de Danièle Carteron pour Antoine Armand ou de Thierry Liger pour Véronique Louwagie. Carole Guillerm, qui est suppléante de Jean-Didier Berger doit de toute façon arriver à l’Assemblée nationale.
Deux questions se posent : qui va rester ? Combien de législatives partielles auront lieu ? Car, si le député élu décide de partir à la mairie et que son suppléant ne souhaite pas siéger, le siège reste vacant.
Qui aura envie de faire campagne pour un mandat d’un an ?
Les travaux parlementaires vont reprendre le 24 mars 2026. Les tractations en coulisses vont commencer, pour savoir qui passera la main ou qui prendra le risque de faire perdre un siège à son groupe, dans une assemblée où chaque voix compte.
