Dimanche 15 mars 2026

Les travaux parlementaires sont suspendus, pour cause d'élections municipales.

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Les travaux parlementaires sont suspendus, pour cause d'élections municipales.

Le sabotage a fonctionné. Entre l’obstruction et baroud d’honneur de Dati, la niche écologiste a fini dans le mur. Récit d’une journée chaotique.
Actualités

Niche écologiste : chronique d’un sabotage annoncé

Alors qu’ils avaient réussi à faire adopter plusieurs textes durant leur précédente niche, les écologistes ont échoué à renouveler l’exploit ce jeudi 12 février 2026.

En cause ? Des textes fortement marqués idéologiquement : la gestion de l’eau et la concentration des médias.

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L’eau, le salon de l’Agriculture et le facteur Kasbarian

Le premier texte visant à protéger les lanceurs d’alerte du narcotrafic est passé sans encombre. La personnalité d’Amine Kessaci a beaucoup pesé et personne n’a envie d’être celui qui jette l’activiste sous les roues des narcotrafiquants.

Mais, à partir du texte sur l’eau comme bien commun, la machine s’est grippée, grâce à l’aile droite de l’hémicycle (droite et extrême-droite) et au ministre, qui s’est lancé dans un concours de troll avec la gauche.

Tant et si bien que les écologistes ont dû se résoudre à abandonner leur texte, tout comme ils ont dû le faire pour le texte sur le droit de vote des étrangers aux élections municipales, avant sa présentation en séance.

Quelle mouche a piqué la droite de l’hémicycle ? Pour les députés écologistes, ils ont peur de ce qui se passe dans deux semaines. Non pas les élections municipales, mais, le salon de l’Agriculture durant lequel le Premier ministre Sébastien Lecornu va faire des annonces pour ce secteur. Les élections municipales ont aussi de quoi les refroidir, car ce sont les élus locaux, notamment les maires qui élisent les sénateurs. Si les maires se retrouvent en première ligne sur le plan judiciaire en cas de problème environnemental, ils le feront payer aux Républicains aux sénatoriales du mois de septembre.

La volte-face du groupe Ensemble Pour la République (EPR) n’a pas non plus aidé : alors qu’ils étaient partis sur une abstention bienveillante et silencieuse, Kasbarian a décidé de bordéliser le groupe, de façon parfaitement assumée, incarnant ainsi l’aile droite de la Macronie, au détriment des sensibilités plus écologistes.

Les députés favorables au texte ont été priés d’aller voir ailleurs si l’eau y était plus bleue. Dès lors, EPR allait bloquer le texte et pour les députés écologistes, c’est une victoire du lobby de l’agrochimie.

L’ambiance était donc déjà tendue lorsque le texte visant à empêcher la constitution de monopoles économiques dans les secteurs des médias est arrivé en séance.

La constitution de monopoles économiques dans les secteurs des médias : l’explosion en séance

Bien que peu nombreux — comme d’habitude — les quelques députés Les Républicains ont réussi à paralyser la séance, en multipliant les demandes de suspension de séance. Or, en niche, le temps est millimétré. Chaque seconde compte puisque l’examen des textes s’arrête à minuit pile.

Si on comprend assez aisément pourquoi les députés du Rassemblement national et de l’UDR ont souhaité bloquer le texte visant à empêcher la constitution de monopoles économiques dans les secteurs des médias, on perçoit mal quel était l’intérêt du groupe des Républicains. On aurait pu leur poser la question s’ils avaient montré le bout de leur nez en salle des Quatre Colonnes. Mais, pressentant qu’on allait les interroger sur l’annonce de candidature de Bruno Retailleau à l’élection présidentielle de 2027, ils ont préféré rester dans le périmètre sacré, là où les journalistes n’ont pas le droit d’aller.

Et si les suspensions sont exaspérantes pour le spectateur derrière son écran, elles sont encore plus pénibles pour les journalistes, les photographes et les visiteurs. En effet, ils sont tenus de quitter les tribunes. Même pour les suspensions de deux minutes. Exception faite pour la demande de suspension qui a duré trente-cinq secondes : une certaine résistance, avec la bienveillance des huissiers qui ont fait semblant de ne rien voir, s’est formée pour rester en tribune.

Pouvait-on espérer une forme de sérénité à la reprise des débats, après la suspension du dîner ? Non et ce n’est pas la ministre de la Culture qui allait arranger les choses. Car, si elle s’était contentée d’un « sagesse » à tous les amendements présentés dans l’après-midi, à partir de 21 h 30, elle a décidé de s’exprimer, notamment pour fustiger la rapporteure du texte, Sophie Taillé-Polian. Il faut dire que Rachida Dati va quitter son ministère très prochainement, sans avoir pu passer sa grande réforme de l’audiovisuel.

Les nerfs ont commencé à lâcher lorsque Nicolas Tryzna s’est levé pour dénoncer l’expression de révolution culturelle, faisant dire à la présidente de séance Clémence Guetté, totalement éberluée « M. Tryzna, vous n’êtes pas concernée par la Révolution culturelle ». La suspension de séance qui a suivi a permis à tout le monde d’évacuer le fou-rire.

La fin de la courtoisie parlementaire

À minuit, l’examen du texte n’était pas achevé. Qui est responsable ? En réalité, un peu tout le monde. « Les écolos n’ont pas de colonne vertébrale, cela ne pouvait que mal se passer sur cette niche » indique un membre d’un groupe de gauche, qui déplore le mauvais calibrage de l’ordre du jour. « Ils auraient dû mettre le texte sur le sucre en premier ou en second, c’était consensuel, ça met tout le monde d’accord, mais, ils ont voulu faire de la communication » abonde une source parlementaire.

Les députés Républicains, bien que très peu nombreux, ont paralysé la séance, avec l’aide des députés du Rassemblement national et de l’UDR. Quant au bloc central, après le texte sur l’eau, ils ont déserté l’hémicycle.

Que reste-t-il de la courtoisie parlementaire ? Car, en réalité, ces textes auraient pu être votés. Ils n’avaient aucune chance de l’être au Sénat, qui est majoritairement à droite. Les députés, tous bords confondus, auraient eu beau jeu de faire endosser le mauvais rôle aux membres du Palais du Luxembourg, sans compter le temps qu’aurait pris la navette parlementaire. Il faut peut-être y voir une forme de polarisation à l’extrême des différentes familles politiques, qui souhaitent retrouver une forme d’identité médiatique, à quelques semaines des élections municipales.