Niche Horizons : la grand-mère d’Antoine Léaument s’invite dans le débat
Ce jeudi 9 avril 2026, le groupe Horizons & indépendants avait sa niche parlementaire, avec huit textes à l’ordre du jour. À la levée de séance, quatre textes ont pu être examinés, mais, l’un d’entre eux a mobilisé à lui seul plus de cinq heures de discussion, durant laquelle la grand-mère d’Antoine Léaument s’est invitée.
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Un début consensuel
La journée avait tout pour bien commencer.
Dès l’ouverture à 9 heures, la proposition de loi de Pierre Henriet visant à sécuriser juridiquement les regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) — ces structures qui mutualisent les classes entre communes rurales — a été adoptée à l’issue d’un débat constructif.
Le vote sur l’ensemble a donné un résultat devenu rare dans l’hémicycle actuel : 132 voix pour, aucune contre. LFI avait réclamé des scrutins publics sur plusieurs articles et sur l’ensemble, sans pour autant s’y opposer.
Le texte clarifie le cadre juridique de quelque 4 750 RPI, qui impliquent plus de 9 000 écoles publiques situées dans près d’une commune sur deux.
Pierre Henriet, dans ses remerciements après le vote, n’a pas manqué de noter que « l’extrême gauche de cet hémicycle n’avait pas voté ce texte ». En réalité, La France Insoumise s’est abstenue.
Retrait du texte sur les allocations familiales
Le deuxième texte a pris une tout autre tournure. La proposition de loi portée par Nathalie Colin-Oesterlé, qui visait à garantir le versement des prestations familiales aux services prenant en charge les enfants placés plutôt qu’aux parents défaillants, avait été profondément modifiée en commission des affaires sociales ou plutôt vidée de sa substance.
Dans la version sortie de la commission, il ne restait plus que la création d’un rapport. La rapporteure a tenté de reprendre la main sur le texte et le débat, sans succès.
En désespoir de cause, peu avant la fin de la séance du matin, elle a annoncé le retrait du texte.
La grand-mère de Léaument en free-party
À 15 h, les députés ont commencé l’examen d’un texte plus volcanique : la proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties.
C’est à ce moment que LFI a décidé d’occuper le terrain. Le groupe a multiplié les prises de parole, avec un argument principal : le texte s’en prendrait aux fêtes populaires, et punirait des jeunes qui n’ont pas cinquante euros pour aller en soirée. Si cet argument a été repris ad nauseam par Louis Boyard — qui ne connaît décidément pas les bons plans pour sortir gratuitement dans les soirées select — Andy Kerbrat a été sur un autre terrain.
Car, cette séance était aussi le retour « législatif » du député, qui a dû affronter quelques quolibets, en raison de ses péripéties avec les stupéfiants. Outre la faisabilité technique du texte, il a mis en avant les difficultés que rencontreraient les organisateurs de bonne foi à prévenir les différents risques si ce type d’évènement était davantage pénalisé.
Si la séance avait tout de la session psychédélique, elle devenue surréaliste lorsqu’Antoine Léaument a fait un rappel au règlement pour fait personnel.
« Tout à l’heure, un député que je ne citerai pas m’a dit : “Même ta grand-mère n’en peut plus !” Ma grand-mère est décédée, mais elle mettait de la musique militaire à fond pour embêter ses voisins. […] Pour l’honneur de ma grand-mère, qui vivait en milieu rural… […] Elle mettait de la musique militaire à fond pour embêter ses voisins ; elle faisait donc des free parties tous les jours ! »
Sur le fond, le texte adopté abaisse à 250 le seuil de participants à partir duquel une déclaration en préfecture est obligatoire, crée une présomption de connaissance du caractère illicite du rassemblement pour les organisateurs — passibles de six mois de prison et 30 000 euros d’amende — et instaure une charte de dialogue entre les pouvoirs publics et les organisateurs de rassemblements festifs. Les associations de réduction des risques sont explicitement exclues du champ pénal.
La commande publique, vite bouclée ; l’occupation illicite, jamais commencée
Après l’adoption du texte rave-party, le groupe Horizons a tenté de rattraper le temps perdu. La proposition de loi sur la simplification de la commande publique, portée par Thomas Lam, est passée en moins d’une heure. Elle assouplit notamment les règles d’exclusivité des accords-cadres et porte à 30 % minimum le taux d’avance obligatoire versée aux PME titulaires de marchés publics.
La cinquième et dernière proposition de loi, portée par Sylvain Berrios et visant à lutter contre l’utilisation de contrats d’énergie pour légitimer des occupations illicites, n’a même pas pu être examinée : la discussion générale a été entamée, mais pas achevée avant minuit.
Les niches parlementaires se suivent et se ressemblent : les textes sont de plus en plus bâclés, car le temps manque en séance publique pour avoir des discussions de fond et lorsqu’un groupe décide de s’opposer, il joue la montre pour que le texte tombe aux oubliettes.
Si le Modem a affiché un joli score lors de sa niche, c’est aussi parce qu’il s’agit de textes à très faibles enjeux politiques. Si la configuration politique du palais Bourbon reste aussi fragmentée lors de la prochaine législature, le prochain président de l’Assemblée nationale devra se pencher sur une réforme des journées de niches, afin que tous les groupes puissent avoir une chance de faire valoir leurs idées, sans être obligés de regarder leur montre.
