Olivier Faure, vice-premier ministre
L’ambiance était particulière ce mardi 20 janvier 2026 et pour cause. Tout le monde savait que Sébastien Lecornu allait dégainer l’article 49 alinéa 3 sur le projet de loi de finances pour 2026, avec la bénédicition d’Olivier Faure.
Ce que personne ne sait, c’est ce que contiendra la copie finale. C’est simple : personne ne l’a. Mais, qu’importe : les jeux sont déjà faits. Les socialistes ne voteront pas la motion de censure de LFI, qui sera probablement examinée vendredi. La conférence des présidents doit fixer l’heure exacte.
Deal de couloirs et chaises vides
« On a un vice-premier ministre qui s’appelle Olivier Faure, qui a pu dealer avec l’appui des Républicains, qui font partie du socle commun », énonce tranquillement Hanane Mansouri (UDR) après les questions au gouvernement.
Croit-elle que les pronostics puissent changer d’ici vendredi ? « Non, d’ailleurs, vous avez bien vu : Olivier Faure n’était pas dans l’hémicycle ni Laurent Wauquiez durant les questions au gouvernement. Ils sont en train de se mettre d’accord sur les dépenses ».
En tout cas, côté UDR, on le sait : ils voteront la censure, avec le Rassemblement National (RN).
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La fin d’un cycle
C’est donc acté : le parti socialiste fait partie de la majorité et c’est presque un soulagement du côté de la majorité présidentielle. « Il y a une espèce de fable qui consiste à dire que si on ne vote pas le budget, on est de facto dans l’opposition. Mais, cette règle valait du temps du RPR. Il n’y a plus de majorité donc, on doit travailler tous ensemble » explique Pierre Cazeneuve (EPR). « On va enfin pouvoir attaquer les sujets structurants, comme l’agriculture, la lutte contre le narcotrafic ou la défense maintenant que la séquence budgétaire touche à sa fin ».
Y trouve-t-il son compte, en tant que membre de la majorité présidentielle, qui n’est plus majoritaire ? « En ce qui nous concerne, il n’y a pas d’augmentation des charges pour les entreprises donc, ça va ». Même s’il concède qu’il aurait préféré la copie initiale.
Pas d’augmentation des charges pour les entreprises ? Ce n’est pas si sûr, car il va bien falloir trouver des sources de financement aux nouveaux cadeaux fiscaux concédés et tout le problème réside dans le fait que personne ne sait ce qu’il y a dans le texte.
Olivier Faure : le pouvoir sans les embêtements
« Il n’y aura pas de censure tant que les engagements pris sont tenus » dit avec le sourire Arthur Delaporte (PS), avant de filer en commission. Olivier Faure a finalement gagné son pari : il n’a pas réussi à envoyer un socialiste à Matignon, mais il est devenu vice-premier ministre. Le pouvoir sans les embêtements.
« Plutôt vice-sous-secrétaire d’État » réplique ironiquement Hadrien Clouet, l’une des figures de La France Insoumise (LFI) durant la bataille budgétaire. Pour lui, les socialistes ont mangé leur chapeau.
« Ils ont obtenu les repas à 1 € pour les étudiants, mais, derrière, il y a des coupes budgétaires pour l’enseignement supérieur qui sont programmées. Alors oui, il y a des frites à la cantine, mais, pour les financer, on va surtaxer l’entrée et le dessert ».
L’évangile budgétaire selon Saint-Charles de Courson
Il ne croit pas si bien dire et celui qui nous confirme l’intuition d’Hadrien Clouet, c’est l’inénarrable Charles de Courson (LIOT), saint patron des finances publiques et défendeur de l’équilibre budgétaire. On sait qu’on est en terrain connu avec lui, donc on lui pose la question frontalement : les sept milliards de Lecornu, on les trouve où ?
« C’est facile », répond-il avec sa malice habituelle « il y aura un milliard ou un milliard cinq d’économies sur les ministères non régaliens, un milliard cent sur les taxes affectées et 400 millions sur les fonds de trésorerie ». Il réfute notre calcul de sept milliards de cadeaux fiscaux, arguant que les sénateurs ont été trop larges dans leurs calculs.
Pour celles et ceux qui n’ont pas pris projet de loi de finances en LV2 au lycée, cela signifie que les ministères tels que le Travail, la Santé, la Jeunesse ou encore les Sports seront mis à contribution, ainsi qu’on l’avait écrit. Quant aux fonds de trésorerie, c’est encore plus simple : les « bons » élèves qui ont réussi à mettre des fonds en réserve vont se voir piquer leurs économies, pour les filer à ceux qui n’ont pas cette faculté.
Lecornu, le dernier survivant
On aurait aimé demander à des députés LR ce qu’ils pensaient de tout cela. Après tout, ils sont les premiers à fustiger un budget socialiste. Malheureusement, en dehors de Marie-Christine Dalloz, qui a été « capturée » par nos confrères, on n’a pas réussi à mettre la main sur quelqu’un appartenant au groupe de Laurent Wauquiez. Non pas qu’on soit réellement interrogatif les concernant : ils ne voteront pas la censure. Mais, on peine à comprendre à quoi ils servent dans cette histoire, d’autant que d’après nos informations, Philippe Juvin, rapporteur du budget général, n’a pas fait réellement preuve d’un enthousiasme ébouriffant face aux annonces du Premier ministre.
Quant à Sébastien Lecornu, sauf surprise, il a réussi là où Michel Barnier et François Bayrou ont échoué : il a survécu au budget. Qui a besoin de Koh Lanta quand on est Premier ministre ?
On retrouvera les députés en hémicycle jeudi pour la niche des Républicains. Cette fois-ci, ils vont être obligés de venir.
