On a enfin eu le temps de découvrir Palais Bourbier de Wally Bordas.
Radio-Buvette

Palais Bourbier : chronique des politiques gâtés

Certains ont des résolutions de début d’année. Chez Arcadie, on a des résolutions de fin d’année. Parmi elles, prendre enfin le temps de lire le troisième ouvrage de Wally Bordas, « Palais Bourbier ».

Un regard depuis l’intérieur du Palais

Le livre se présente sous forme de chroniques, démarrant la veille ou presque de la dissolution et s’arrêtant à l’été 2025.

Durant ce laps de temps, on a dissous l’Assemblée nationale, on a eu trois gouvernements et on a assisté à des alliances politiques, parfois logiques, parfois baroques ainsi qu’à des trahisons.

Wally Bordas ne parle pas de nulle part : il fait partie des permanenciers du Palais Bourbon, cette poignée de journalistes qui a décidé de passer sa vie entre ses murs, pour mieux en esquisser les nuances, à travers un quotidien chaotique et illisible.

Le pari cynique de la dissolution

Tout commence avec une dissolution, ratée comme chacun a pu le constater. Objectif pour Emmanuel Macron : mettre le Rassemblement National à Matignon, pour démontrer que le parti de Jordan Bardella est incapable de gérer le pays au quotidien.

Ce n’est pas une hypothèse ou un bruit de couloir : c’est un fait, dûment documenté et établi par l’auteur, qui semble lui-même ne pas en revenir, tellement ce calcul est dénué de pertinence.

Mais, encouragé par certains, le chef de l’État décide de sacrifier sans états d’âme ses propres troupes, qui seront les seules à ne pas se relever. Le bloc présidentiel est le seul à être ressorti affaibli en 2024. Qui s’étonnera ensuite qu’il ne soit plus ni craint, ni respecté, ni pris au sérieux ?

La droite ou l’art de tuer

Après les élections législatives, il a été dit que le Parlement allait redevenir le centre du jeu politique. L’hypothèse s’est vérifiée, néanmoins, pas de la façon dont les commentateurs de l’époque l’avaient envisagé.

Première surprise : la droite républicaine, menée par Laurent Wauquiez à l’Assemblée nationale, a eu les yeux plus gros que le ventre et le premier qui en a fait les frais est Michel Barnier.

Ne regardez pas du côté de La France Insoumise ou du Rassemblement National : si Michel Barnier est tombé, c’est bien « grâce » à la Droite Républicaine. Elle n’a pas voté la censure, mais n’a rien fait pour empêcher l’ancien négociateur du Brexit de chuter.

Le filage budgétaire sous Bayrou

Exit Michel Barnier, bienvenue à François Bayrou, qui s’est quasiment désigné Premier ministre. Un autre acteur entre alors en scène : le Parti socialiste.

Durant la séquence budgétaire de l’automne 2025, Olivier Faure et ses troupes ont mené une âpre bataille pour obtenir une suspension de la réforme des retraites. Bilan : un simple décalage comme on l’a amplement vu. Ce que l’on savait moins, c’est que cette bataille avait commencé sous François Bayrou.

Le Palois avait mené en bateau Olivier Faure, pour lui faire croire que ce sujet serait de nouveau négociable. Le temps que la supercherie soit découverte, il était trop tard pour voter une censure.

Les roses se rattraperont en septembre 2025, en votant contre le discours de politique générale du gouvernement, sur le fondement de l’article 49 alinéa 1 de la Constitution.

Un costume trop grand pour de petits acteurs

Un seul sentiment persiste à la fin de cet excellent ouvrage : une partie de notre classe politique ne pense qu’à ses propres intérêts, à ses propres postes, à ses futures fonctions pour 2027, à sa propre mise en valeur.

Pourtant, nul ne peut taxer Wally Bordas d’antiparlementarisme, bien au contraire. Son amour du Parlement transparaît dans chaque ligne.

Cependant, en tant qu’observateur aguerri, sans le dire, il nous montre que nos élus ne sont pas toujours au niveau des enjeux qui sont devant eux, en atteste le fameux conseil municipal de Pau auquel a assisté François Bayrou au lieu de se rendre à Mayotte après le passage de Chido.

Le livre s’achève à l’été 2025 et en le refermant, on ne se pose qu’une seule question : quand sort le volume 2 ?

Palais Bourbier est édité chez Robert Laffont.