Piotr Pavlenski : bientôt expulsé ?
L’artiste Piotr Pavlenski, qui avait connu une forme de célébrité en 2020 pourrait bien se retrouver dans un cauchemar administratif dont la France a le secret.
Réfugié en France depuis 2017, pour échapper à des accusations d’agression sexuelle en Russie, il s’impose sur la scène artistique française. En Russie, il s’inscrivait dans un mouvement très contestataire au Kremlin, soutenant les Pussy Riot et allant jusqu’à mettre le feu à la porte du FSB.
Mais, ce qu’il avait obtenu sans grande difficulté en mars 2017 pourrait lui être retiré.
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Un courrier de l’Ofpra
En France, les réfugiés dépendent d’un organisme spécifique : l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).
Piotr Pavlenski a reçu une lettre de cette autorité administrative lui indiquant « Sous réserve des observations que vous pourrez présenter par écrit en réponse au présent courrier, l’Ofpra envisage de mettre fin à votre statut de réfugié ».
Motif probable ? Les condamnations de Pavlenski et pas des moindres.
Un lourd casier judiciaire
Bien avant l’affaire Benjamin Griveaux, ayant décidément des tendances pyromanes, il met le feu à la façade d’une succursale de la Banque de France, l’année même où il obtient son statut de réfugié. Il a justifié cela par la performance artistique et par une condamnation de l’installation de cet établissement sur la place de la Bastille, installation « historiquement honteuse » selon lui.
Pour cette performance, il écope de trois ans de prison, dont un ferme en 2019. En théorie, cette seule condamnation aurait pu suffire à lui faire perdre son statut de réfugié. Mais, l’artiste bénéficie d’une forme de mansuétude.
Puis, en 2020, il s’attaque à un député : Benjamin Griveaux. Il dévoile des vidéos intimes de celui qui visait la mairie de Paris. À l’époque, l’artiste concubinait avec Alexandra de Taddeo. Cette dernière était la jeune femme à qui les vidéos personnelles étaient destinées, vidéos tournées dans un cadre parfaitement consensuel et consenti. La carrière politique de Griveaux est enterrée et il devient malgré lui la première personnalité politique française et masculine à être victime de revenge porn.
Il faudra attendre trois ans pour que l’affaire arrive devant un tribunal. Pavlenski est alors condamné à six mois de prison ferme, aménagée sous bracelet électronique. Alexandra de Taddeo est condamnée à six mois avec sursis, mais elle sera relaxée en appel. Là encore, Pavlenski revendique le côté artistique.
Enfin, en 2024, il écope d’une troisième condamnation. Il avait blessé au couteau deux personnes lors d’une soirée privée chez celui qui était son avocat : Juan Branco. Il est condamné à un an de prison ferme, toujours aménagée sous bracelet électronique, ainsi qu’à une interdiction de porter une arme durant cinq ans.
Liberté artistique et danger en Russie
L’artiste revendique sa liberté artistique, qui l’aurait poussé à s’installer en France. Lui et son avocat font aussi valoir que la perte du statut de réfugié, avec une expulsion vers la Russie le mettrait en danger.
Pourtant, en août 2024, il accordait une interview à un média russe, RTVI. « Il n’y a pas vraiment de différence entre les commissariats en France et en Russie, la seule différence étant qu’ils ont commencé l’enquête par une consultation psychiatrique » […] « Ils m’ont condamné à quatre mois de prison sans témoin. Je n’étais pas d’accord, et la police m’a immédiatement escorté hors du bureau. C’est alors que j’ai entamé ma première grève de la faim sèche, car j’étais contre toute la procédure. C’est comme dans les livres sur les tribunaux de la troïka de Staline. C’est exactement la même chose ».
Il n’hésite pas se faire plaindre ouvertement « J’habite en France depuis sept ans, mais je n’ai bénéficié d’un statut légal que pendant huit mois. Le reste du temps, j’ai été en prison, en liberté conditionnelle ou sous contrôle judiciaire. Je n’ai pas le droit de quitter la France sans autorisation du tribunal ».
La contradiction n’apparaît jamais dans l’interview.
Le début d’un long parcours
Pour le moment, le sort de Pavlenski, dont il ne paraît pas si évident que cela qu’il soit autant opposé au régime de Vladimir Poutine qu’il le proclame, se trouve entre les mains de l’OFPRA.
Ainsi que l’indique la page de l’administration, le statut de réfugié peut se perdre lorsqu’une personne constitue une menace grave pour la sûreté de l’État, qu’elle a été condamnée pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ou puni de 10 ans d’emprisonnement et que sa présence constitue une menace grave pour la société.
Avec ces trois condamnations, l’OFPRA pourrait considérer qu’il constitue une menace grave pour la société. Cependant, étant sur le territoire français, de façon régulière — dans le sens où il est arrivé et qu’il s’est maintenu en France légalement — depuis bientôt 10 ans, il pourrait faire une demande de titre de séjour, d’autant qu’il est arrivé à l’époque avec ses enfants. Il est à noter qu’il n’est pas certain que la demande soit acceptée.
Des interrogations
Alors qu’il se décrit comme persécuté par le régime de Poutine, la presse russe semble être très élogieuse envers l’artiste. Il faut remonter le web russe pour retrouver les faits d’agressions sexuelles dont il serait l’auteur présumé et la mention des violences subies par son ancienne compagne Oksana Chaliguina sont à peine évoquées. Les journalistes semblent peu en parler.
Il paraît être présenté comme un héros, résistant à la machine administrative française et à la censure, tout comme une certaine Xenia Fedorova, propagandiste en chef dans l’écosystème médiatique de Vincent Bolloré.
Ce n’est pas la première fois que Pavlenski se voit menacer de perdre son statut de réfugié. En 2020, Castaner avait fait une déclaration en ce sens. Puis, l’affaire s’était perdue dans les méandres du COVID.
Aujourd’hui, il n’est pas dit que l’affaire suscite beaucoup d’émotions ni de compassion.
