Les indicateurs de l’INSEE sur le pouvoir d’achat seraient biaisés. C’est la conclusion d’une mission parlementaire qui remet en cause le bilan économique des deux quinquennats Macron.
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Pouvoir d’achat : le biais statistique qui arrange le gouvernement

À côté des commissions d’enquête, les députés peuvent avoir des missions d’information et ce mercredi 29 avril 2026, Robert Le Bourgeois (RN) et Thierry Benoit (apparenté Horizons) qui présentaient les conclusions de la mission d’information sur l’évolution du pouvoir d’achat en France depuis 2017 au regard des indicateurs de prix et de consommation.

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Les missions d’information sont largement moins médiatisées que les commissions d’enquête et cela tient à l’organisation même des travaux. Comme une commission d’enquête, chaque groupe détient un droit de tirage, c’est-à-dire la possibilité de demander une mission d’information par an. Celle-ci durera également six mois.

Mais, contrairement à une commission d’enquête, elles ne sont pas médiatisées. Les auditions ne sont pas filmées ni ne font l’objet de compte-rendu. Il faut donc attendre la publication du rapport pour savoir ce qu’il contient ou l’audition de présentation des conclusions, avec le vote des députés pour la publication.

Dans le cas de la mission d’information sur le pouvoir d’achat, ce n’est pas tant la question de son augmentation ou de sa diminution depuis 2017, qui a été analysé que les outils statistiques.

Des biais méthodologiques séculaires de l’INSEE

Pour Robert Le Bourgeois et Thierry Benoit, les indicateurs de pouvoir d’achat de l’INSEE sont biaisés, car ils prennent en compte ce que l’on appelle les loyers imputés.

Qu’est-ce qu’un loyer imputé ? On pourrait appeler cela un revenu fantôme. Deux voisins vivent dans un immeuble, ont un appartement identique. Le voisin A paie 1 000 € de loyer. Le voisin B est propriétaire. Donc, l’INSEE va partir du principe qu’il a 1 000 € de pouvoir d’achat en plus.

Or, le calcul ne prend pas en compte le fait que le voisin B rembourse peut-être un crédit immobilier de 900 €, car l’INSEE attribue le remboursement de ce prêt dans de l’épargne.

Pour les rapporteurs, il y a un biais et proposent donc des changements. Pourquoi ? La mesure du pouvoir d’achat est un instrument de comptabilité publique, c’est-à-dire que le gouvernement va se baser dessus, pour évaluer le niveau de vie global et orienter les politiques publiques.

La transition écologique, un coût supporté par les ménages

C’est le second grand axe du rapport, si on en croit les échanges de ce matin : la transition écologique.

À l’heure actuelle et le gouvernement ne s’en cache pas, la transition écologique est financée par les ménages. « Pour que la France respecte ses engagements climatiques, les ménages devraient investir chaque année, d’ici 2030, environ 31 milliards d’euros. » Pour cela, une voiture sur dix devra être remplacée par un véhicule électrique neuf, un logement sur six devra être isolé thermiquement et un sur onze devra être équipé d’une pompe à chaleur.

Mais, cette transition écologique n’est pas à la portée de toutes les bourses et pour le rapporteur Thierry Benoit, la transition écologique masque une forme d’inflation. À court terme, un logement mal isolé est consommateur en énergie, mais, la rénovation engage des frais immédiats. Cela est bénéfique pour l’environnement, mais le retour sur investissement pour les ménages s’étale sur une génération.

S’il existe certaines aides, toutes ne sont pas accessibles à tout le monde et ne permettent pas toujours de compenser la dépense immédiate. Basées sur le revenu fiscal de référence, elles excluent d’office les ménages considérés comme les plus aisés, sans prise en compte de certains facteurs.

Un bilan insidieux des quinquennats d’Emmanuel Macron

La période temporelle choisie ne doit rien au hasard : les deux rapporteurs ont choisi de commencer leur étude à partir de 2017, afin d’établir une sorte de bilan de la présidence d’Emmanuel Macron.

Le camp présidentiel met régulièrement en avant l’augmentation du pouvoir d’achat des Français. En 2024, le président avait déclaré « Un travailleur qui est au SMIC à temps complet a gagné depuis 2017 9 % de pouvoir d’achat ».

Pour les deux députés rapporteurs de la mission, cela est faux puisque les indicateurs de l’INSEE sont biaisés. Cela explique le décalage entre les indicateurs chiffrés et le sentiment de déclassement économique ressenti par les Français.

Le rapport comporte une série de recommandations, dont certaines sont des transpositions du programme économique de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2027.

Absent du rapport pour des questions d’agenda : la part du carburant dans le budget des ménages, qui pourrait continuer d’augmenter en raison de la guerre en Iran et du blocage-déblocage-reblocage quotidien du détroit d’Ormuz.

Comme pour les commissions d’enquête, il paraît peu probable que le rapport de la mission se traduise de façon législative, tant pour des questions d’agenda que d’opportunité. Le rapporteur Benoit a lui-même indiqué que certaines recommandations relevaient d’un débat pour l’élection présidentielle.