Quand Pascal Praud s’en prend aux fonctionnaires de l’Assemblée nationale
L’animateur-star de CNews, Pascal Praud, revenait ce matin, mercredi 26 novembre 2025, sur la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.
Tout à son emballement, le présentateur a indiqué que Patrick Sébastien, animateur d’émissions populaires devait être auditionné par la commission d’enquête, mais, que « les petits hommes gris autour de celui qui préside (sic !) Charles Alloncle, ils ne veulent pas de ces gens-là ! »
Il poursuit par « les administrateurs de l’Assemblée nationale, c’est ce qu’il y a de pire ! Tous ceux qui les connaissent, disent, c’est ce qu’il y a de pire ! Ces gens, qui ne sont élus par personne et qui ont pris le pouvoir, comme toujours les petits hommes gris ! Ils ont pris le pouvoir, comme partout ! » Et Georges Fenech, lui-même ancien député, d’abonder « ils sont d’un très haut niveau et gagnent au moins deux fois ce que gagne les députés ».
La séquence est mensongère et complotiste.
Tout d’abord, le président de la commission d’enquête n’est pas Charles Alloncle, mais Jérémie Patrier-Leitus. Charles Alloncle en est le rapporteur et comme on avait pu le souligner dans différents articles, c’est bien le rapporteur qui détient une certaine autorité sur la commission d’enquête.
Qui peut être auditionné par une commission d’enquête ? Absolument tout le monde, pour peu que les membres de la commission d’enquête jugent pertinent et utile d’entendre les individus. C’est ainsi qu’on peut voir différentes personnalités défiler devant les députés, lors de leurs travaux, y compris Cyril Hanouna, Yann Barthès, des influenceurs, des journalistes, d’anciens députés, etc.
Seul le critère de la pertinence est retenu. Quel est le rôle des administrateurs dans ce processus ? Les administrateurs peuvent faire des suggestions de personnalités à auditionner, suggestions qui se basent sur des travaux académiques, une renommée médiatique, une expertise reconnue. Mais, les administrateurs de l’Assemblée nationale — de même que les administrateurs du Sénat — ne sont aucunement décisionnaires des personnalités auditionnées.
Ils vont apporter une expertise dans la rédaction et dans la mise en forme. Ils ont un rôle de soutien logistique.
Les administrateurs de l’Assemblée nationale, de même que la majorité des agents de l’Assemblée nationale sont des titulaires de la fonction publique parlementaire. Contrairement aux collaborateurs parlementaires qui sont embauchés sous contrat de droit privé, ils sont fonctionnaires et servent l’ensemble des députés, sans distinction politique.
Ils entrent dans la maison par la voie d’un concours, qui est difficile. Le concours pour être administrateur est aussi ardu que celui de feu l’ENA. Ils sont les yeux et les oreilles du palais Bourbon, agissent avec discrétion et ne comptent pas leurs heures. Sans eux, cette maison ne pourrait pas fonctionner.
Pascal Praud aime bien le qualificatif de petits hommes gris, qui appartient au vocabulaire complotiste, cher aux tenants de l’État profond, laissant entendre que les agents de l’Assemblée nationale n’auraient aucune légitimité et prendraient des décisions qui iraient à l’encontre du peuple. C’est oublier que le processus d’intégration, qui se fait donc par concours.
La scandaleuse séquence a fait bondir la SPAN-CGT. Dans un courrier adressé à la présidente de l’Assemblée nationale, le syndicat indique « Les attaques de M. Praud sont indignes et nourrissent un antiparlementarisme croissant, dont le personnel de l’Assemblée nationale subit les conséquences de plus en plus durement. La surenchère de M. Georges Fenech, ancien député de la 11ème circonscription du Rhône présent sur le plateau, est sans doute plus grave encore. Ajoutant que de surcroît “[les administrateurs] gagnent au moins deux fois ce que gagne un parlementaire”, il valide la théorie complotiste de M. Praud et alimente par là-même le moulin des diatribes antiparlementaires et anti-fonction publique de plus en plus présentes dans les médias ».


Peut-être que si Pascal Praud passait plus de temps à l’Assemblée nationale qu’au comptoir des PMU, il se rendrait compte à quel point l’ensemble des agents du palais Bourbon sont indispensables et précieux.
