Bruno Retailleau a annoncé un « observatoire des villes LFI », ce qui est déjà le job des préfets, ce que l’ancien ministre de l’Intérieur a oublié.
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Quand Retailleau oublie qu’il n’est plus ministre de l’Intérieur

La semaine dernière, Bruno Retailleau a annoncé le lancement d’un « observatoire des villes LFI ». Cet observatoire aura pour objectif de documenter et de « nourrir des preuves à travers les déclarations, les méthodes et les pratiques » et d’éventuellement saisir la justice dans certains cas pour dénoncer des mesures adoptées ou des propos tenus par les élus municipaux encartés chez LFI.

Retailleau, qui passe son temps à dénoncer LFI pour son rapport aux institutions, crée lui-même une structure parallèle qui court-circuite les institutions républicaines qu’il prétend défendre, tout comme il oublie que le droit répond déjà à ce qu’il souhaite.

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Le maire, un élu bien surveillé

En effet, le Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) liste déjà les cas dans lesquels, les carences ou défaillances d’un maire peuvent être comblées : en faisant appel au préfet. Il existe une jurisprudence administrative suffisamment riche pour être étudiée en fac de droit, montrant qu’un préfet peut, dans certaines hypothèses, se substituer au maire.

Il faut souligner qu’avant que le préfet ne se substitue au maire, dans certaines hypothèses, il doit mettre le maire en demeure et que son pouvoir de substitution ne s’exercera alors que lorsque la mise en demeure sera infructueuse.

En dehors du cas où le préfet peut se substituer au maire, il existe toujours des recours, devant le tribunal administratif, qui peuvent être intentés. Dans le pire des cas, lorsqu’un maire est réellement très défaillant, il peut être révoqué par décret pris en Conseil des ministres.

L’hypothèse est très rare et n’est survenue que six fois durant la Ve République. La dernière révocation remonte à 2019. Dans tous les cas de figure, ces procédures sont longues et se déroulent sur plusieurs mois, voire sur plusieurs années.

La centralisation des infos, une lacune de l’État

Bruno Retailleau entend notamment documenter les actes administratifs et les délibérations et c’est plutôt savoureux. Car, aujourd’hui, rien n’est centralisé.

Tout dépend d’abord de la taille de la commune ou plutôt de sa population. Si la ville a moins de 3500 habitants, le conseil municipal est libre de choisir son mode de communication : affichage papier ou site web.

Chaque ville publie, comme elle le veut, les actes administratifs. Il n’existe pas de site qui réunirait l’ensemble des procès-verbaux, des arrêtés de mise en péril d’immeubles, de couvre-feux, etc.

Parfois, certaines informations peuvent être disponibles sur les sites des préfectures de département. Dans le cas de la Seine–Saint-Denis, les informations sont partiellement mises à disposition sur le site de la préfecture, compilées dans des PDF, mais sans moteur de recherche.

Et s’il y a une personne qui doit le savoir, c’est bien l’ancien ministre de l’Intérieur, qui n’a d’ailleurs absolument pas brillé en matière d’open-data lorsqu’il était à Beauvau.

Le harcèlement comme stratégie politique

Comme l’ont relevé nos confrères France Info, cette stratégie vise à harceler les quelques maires LFI. Car, derrière cette grande communication, il subsiste un fait assez simple : LFI a gagné quelques mairies, mais est très loin d’être dominante dans les conseils municipaux. LFI a gagné Saint-Denis, Roubaix, Vaulx-en-Velin, La Courneuve, Vénissieux et quelques autres villes. Bien que très commentés dans la presse, ces cas, finalement isolés, démontrent la disproportion de l’entreprise voulue par le sénateur de Vendée.

Or, Bruno Retailleau a décidé de faire du harcèlement anti-LFI un axe de communication pour l’élection présidentielle de 2027, quitte à oublier que les maires en question viennent à peine de poser leurs cartons dans les mairies, ayant été élus il y a deux semaines et qu’un maire ne décide jamais seul. Aucun acte n’a pour le moment été pris, le premier conseil municipal servant simplement à désigner le maire.

Enfin, Bruno Retailleau oublie un élément, qui a pourtant été cruellement vécu par son collègue d’hémicycle Thierry Meignen — celui-là même qui a menacé notre consœur Nassira El Moaddem pour son livre : les électeurs peuvent remercier un maire à la prochaine élection, tout comme ils peuvent le poursuivre devant un tribunal s’ils estiment que son action n’est pas légale.

En somme, pour asseoir son autorité, Bruno Retailleau a décidé de passer par-dessus la tête des préfets et des citoyens, en lançant un observatoire interne à un parti, qui ne cesse de dévisser dans les sondages. Il n’est pas dit que cela constitue un bon programme pour une élection présidentielle ni que cela contribue à faire de lui un homme d’État apaisant et rassurant.