Sébastien Chenu et Hélène Laporte font leur retour au perchoir et cela ne va pas contribuer à apaiser les rancunes.
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Le retour de Sébastien Chenu et d’Hélène Laporte au bureau : le pari risqué du bloc central

Ce mercredi 1er octobre 2025 avait lieu le traditionnel vote pour les vice-présidents et les questeurs. Pour ces dernières, il n’y a pas eu besoin de scrutin : trois noms pour trois postes, les questrices ont toutes été reconduites.

L’enjeu était pour les vice-présidents de l’Assemblée nationale et de savoir si le RN allait avoir des postes et donc voix au chapitre au bureau.

Naïma Moutchou et Roland Lescure ne se représentaient pas, mais à gauche, on entendait bien garder des fonctions et si possible, en avoir le plus possible.

Après un vote et un dépouillement qui a duré jusqu’à 17 h passés, le résultat est tombé : Hélène Laporte et Sébastien Chenu faisaient leur retour. Nadège Abomangoli et Clémence Guetté conservaient leur poste. Christophe Blanchet et Marie-Agnès Poussier-Winsback étaient élus. Jérémie Iordanoff doit dire au revoir au perchoir. Quant à Marie Pochon, elle devra attendre l’année prochaine pour éventuellement obtenir une place.

Si Clémence Guetté et Nadège Abomangoli ont récolté assez de voix pour laisser peu de place au doute — elles ont toutes les deux obtenu 501 voix — les regards se tournent vers Hélène Laporte et Sébastien Chenu. La première a obtenu 340 voix et le second 341. Il est évident que les voix ne viennent pas uniquement du Rassemblement National et de l’UDR. La seule certitude est qu’aucun député du bloc de gauche n’a voté pour les deux députés du RN, de même que certains députés du bloc central, qui se sont refusés à donner leur voix aux députés RN.

La déduction est simple : le bloc central, dont la majorité présidentielle a négocié avec le Rassemblement National et cela nous est confirmé dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

La question est : pour quoi ? Quel est l’objet de la tractation ? En premier lieu, les places en commission. Car, il n’y a pas que l’élection des vice-présidents et des secrétaires qui comptent : il y a les présidences de commissions permanentes ainsi que le poste de rapporteur général du budget.

Or, il y a un petit caillou dans la chaussure de tout le monde, qui s’appelle Charles de Courson. Membre du groupe LIOT, il s’agit d’un groupe minoritaire. Si la présidence de la commission des finances revient à l’opposition, le poste de rapporteur général est normalement récupéré par un membre de la majorité. Sauf que dans une assemblée fragmentée, il n’y a ni opposition ni majorité. Tout dépend de qui est au Gouvernement. Il se murmure que le bloc macroniste aimerait chiper son poste à Charles de Courson et compterait sur la bienveillance du Rassemblement National. Du côté des Républicains, c’est Philippe Juvin qui devrait se présenter, poussé par Laurent Wauquiez.

Ce n’est pas le seul enjeu. Le bloc central compte sur la bienveillance du groupe de Marine Le Pen envers Sébastien Lecornu, ce qui fait rire certains députés. « Le RN est le faiseur de roi. Ils ne pourront pas s’empêcher de censurer Lecornu ou n’importe qui d’autre, si ça peut servir leurs intérêts. Il n’y a que leur survie qui entre en ligne de compte ».

« Les macronistes répètent la même erreur : dealer avec le RN et passer des pactes de non-agression, sauf que ça ne fonctionne pas ».

Après le vote, les élus de gauche ont défilé dans la salle des quatre colonnes pour faire part de leur mécontentement. Nul doute que les esprits ne seront pas plus apaisés demain.

Qu’en est-il de la compétence ? Car, si Sébastien Chenu est plutôt reconnu pour ses qualités en tant que vice-président, n’hésitant jamais à remettre à sa place un député qui se sentirait pousser des ailes, y compris dans son propre camp, tout le monde garde un souvenir circonspect d’Hélène Laporte.

« La compétence n’entre pas en ligne de compte pour les postes de vice-présidents. C’est de la tambouille politicienne et rien d’autre. »

Peut-on espérer qu’Hélène Laporte se soit mise au niveau depuis la dernière législature ? Il ne faut pas trop y compter, d’après certaines personnes qui ont eu à travailler avec elle récemment.

Demain, le bureau sera complet, mais la session ordinaire débute avec un arrière-goût assez amer pour le bloc de gauche de l’hémicycle, qui a de moins en moins de raison de faire confiance au bloc central.