Le Sénat déroule le tapis rouge à Cerfia
Depuis quelques semaines, une mission d’information, dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête s’est constituée au Sénat, sous l’égide de la commission des affaires culturelles. Son objet est d’analyser les zones grises de l’information.
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Les prédateurs de l’information : le cancer des médias
Depuis quelques années, des comptes, qui se revendiquent agrégateurs de presse ont fleuri sur les réseaux sociaux, en particulier sur X (anciennement Twitter). Sous couvert d’apporter de l’information à des jeunes, qui ne liraient plus les journaux selon eux, ces comptes pratiquent de la prédation de l’information.
Ils survolent les grands médias, prennent une phrase ou deux, volent les photos d’illustration et postent les messages sur leurs réseaux sociaux. Parfois, ils mettent le nom du média, mais sans lien ou alors, dans le message suivant, qui bénéficie généralement d’une visibilité moindre.

On peut parler de prédation de l’information, car, ces comptes ne rémunèrent pas les sources d’information, ils ne paient pas les agences de presse et surtout, ils utilisent des photos, qui sont sous droit d’auteur, pour illustrer leurs messages, afin que ces derniers soient plus visibles.
Facteur aggravant supplémentaire : depuis la monétisation introduite par Elon Musk sur X, puis sur Facebook par Meta, ces comptes gagnent de l’argent. Plus ils sont visibles, c’est-à-dire qu’ils sont commentés, likés, retweetés, plus X et Meta leur donnent de l’argent.
Auditionné devant les sénateurs, Vincent Vladesco soutient qu’à l’époque où il gérait le compte de Cerfia sur X, il mettait systématiquement un lien. Comme on peut le voir sur ces archives, évoquant le décès du Prince Philip, il n’y a aucun lien.

L’opacité totale de Cerfia
Les sénateurs ont auditionné Vincent Vladesco et on pouvait s’interroger sur la raison. En effet, c’est un ancien cofondateur, qui a quitté Cerfia et d’après ces dires, il n’aurait rien touché de la vente de Cerfia.
Néanmoins, en dehors de quelques statistiques du compte Twitter, la réponse la plus fréquente aux questions des sénateurs est « je ne saurais pas vous répondre ». Il ne sait pas dire combien de bénévoles étaient présents lorsque Cerfia était une association, il ne sait pas dire combien d’argent l’association a généré ni quel est le montant des dépenses de l’association, il ne sait pas dire à combien se sont montées les rémunérations pour des partenariats avec des marques pour des publications sponsorisées.
On a connu des commissions d’enquête plus « sportives » et si Vincent Vladesco a pu traverser cette audition en toute tranquillité, c’est que les trois sénateurs ont fait la démonstration de grosses lacunes.
Une méconnaissance profonde du web
Un simple coup d’œil au compte X de Cerfia aurait permis de démonter la première erreur de Vincent Vladesco, qui a dit que le compte était né au moment du COVID. En fait, il est né en novembre 2012 et à une époque, il s’appelait Conflits France.

De la même manière, les sénateurs n’ont pas fait de recherche avancée sur X pour montrer que les liens étaient tout simplement absents des messages postés. Ils n’ont pas non plus consulté web Archives, pour exhumer l’ancien site web de Cerfia, qui montrait que la plupart des articles n’étaient que des plagiats d’autres médias. Il n’y a pas de reportages, pas d’analyses, pas d’informations exclusives. Même les citations proviennent d’autres médias.
Vers la fin de l’audition, ils ont indiqué qu’ils souhaitaient auditionner le propriétaire du compte AlerteInfos, mais qu’ils n’ont pas réussi à l’identifier pour lui envoyer une convocation. Vincent Vladesco leur a suggéré de lui envoyer un email. On peut leur suggérer de poser la question à La France Insoumise, puisqu’AlerteInfos était présent à la conférence de presse « réservée » aux nouveaux médias de Jean-Luc Mélenchon.

Ou à la chaîne Krousty Sabaïdi, avec laquelle il a passé une collaboration commerciale récente.

Médias et journalisme : pas le même bateau
Le plus surprenant dans cette audition a été l’absence totale de questions concernant la déontologie journalistique. Pourtant, cette question a été posée à Frontières, pour des raisons assez évidentes ainsi qu’à l’Incorrect.
Personne n’a posé la question de savoir si cela ne posait pas un problème, au moins moral, à Vincent Vladesco de piller le travail des rédactions et reprenant ouvertement les éléments de langage de ce dernier, ils ont parlé en permanence de média pour qualifier Cerfia.
Or, lorsqu’on regarde les dernières déclarations, prises de position ou les récents textes qui sont sortis du Sénat, on constate que l’argument utilisé, notamment contre les outils type ChatGPT, est la protection de l’emploi des journalistes. On comprend mal ce double discours.
Peut-être que cette mission d’information n’a qu’un seul objectif : arriver à la conclusion qu’on doit labelliser les médias. Sylvie Robert a posé la question de la pertinence de la labellisation des plateformes d’information. Vincent Vladesco a répondu que cela ne lui paraissait pas pertinent.
Cette audition a été une occasion manquée par les sénateurs, qui se sont surtout concentrés sur le fait de savoir si Jean-Édouard Stérin était aux manettes de Cerfia, ce qui n’avait pas d’intérêt puisque Vladesco n’était plus aux manettes de Cerfia au moment du rachat.
