De Paris à Marseille, Polymarket bouscule les instituts de sondage, pour essayer de prédire l’avenir des mairies.
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Du sondage à la prédiction : les municipales sur Polymarket

L’élection municipale française de 2026 marque un tournant technologique inédit. Pour la première fois, les parieurs du monde entier misent des millions sur le futur maire de Paris ou de Lyon, transformant la politique locale en un actif financier mondial. Entre viralité numérique et prédictions financières, Polymarket s’impose comme un nouveau baromètre qui défie les méthodes traditionnelles des instituts de sondages. Ce marché prédictif ne se contente plus d’observer la campagne, il l’influence en temps réel, forçant les candidats à surveiller leur cote comme une valeur boursière.

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Du sondage à la prédiction

Sur Polymarket, on peut parier sur quasiment tout, y compris sur les élections municipales françaises. La dernière élection présidentielle française avait donné naissance à une cotation et celle de 2027 est déjà prête. Plusieurs villes sont présentes dans les marchés disponibles, dont Paris, Marseille, Lyon, Toulon, Toulouse ou Nice.

L’élection parisienne est celle qui mobilise le plus. Le volume des échanges est de 14 630 739 $. Pour les parieurs, Emmanuel Grégoire l’emporte largement devant Rachida Dati, elle-même loin devant Sarah Knafo et Sophia Chikirou. Quant à Pierre-Yves Bournazel et Thierry Mariani, ils sont en dessous des 1 %. Cela rejoint peu ou prou les sondages. Si on prend le dernier en date — à notre connaissance —, qui a été réalisé par l’IFOP, Emmanuel Grégoire serait en tête, suivi de Rachida Dati.

Mais, le 13 janvier 2026, Sarah Knafo a créé la surprise et est montée à 9,7 % sur Polymarket, avant de redescendre. Pourquoi une telle montée ? La veille, elle lançait officiellement sa campagne dans une salle parisienne et nos confrères du Canard Enchaîné ainsi que de Mediapart ont malicieusement relevé que la salle était volontairement sous-dimensionnée, pour créer une impression de popularité.

L’illusion des volumes

Cette progression de Sarah Knafo peut-elle s’expliquer par la simple viralité de ses contenus sur les réseaux sociaux, laissant penser aux parieurs qu’elle avait une chance de se qualifier ? L’explication est à la fois plus simple et plus complexe.

Comme nous l’explique Adrien*, le marché est assez ancien : il a été proposé par un utilisateur sur le salon Discord le 17 octobre 2025, avec une liste de noms. À partir de là, les utilisateurs ont commencé, non pas à parier, mais à trader, c’est-à-dire qu’ils ont vu les candidats comme des actifs financiers et surtout, ils ont regardé le comportement des autres utilisateurs. Si un utilisateur achète beaucoup de « oui » ou de « non », les autres vont le suivre.

Autre élément de réponse : « à cause de la manière dont Polymarket comptabilise le volume, plus un candidat est improbable, plus son volume va être gros. Par exemple sur la présidentielle Américaine de 2028, il y a presque 35 millions de dollars de volume sur LeBron James ».

Le marché a anticipé la progression de Sarah Knafo, avant de la faire chuter, alors que les sondages commencent à la créditer de plus de 10 % d’intention de vote à partir du 2 février 2026, soit presque trois semaines plus tard.

Manipulation ou effet spéculatif ?

Là où il serait tentant de voir une manipulation électorale ou politique, il n’y a, en réalité, que des variations du marché. Pourtant, la thèse était séduisante. Sarah Knafo a les faveurs de la sphère MAGA, bien plus qu’Éric Zemmour. Elle s’est rendue à l’investiture de Donald Trump, côtoie les membres de la fondation Heritage et s’affiche comme amie des nouvelles technologies.

Par ailleurs, Elon Musk lui-même a adoubé Polymarket en octobre 2024, affirmant que ses prévisions étaient plus précises que les sondages traditionnels.

Preuve supplémentaire : David Belliard représente à lui tout seul 7 770 651 $ d’échanges, alors qu’il n’est même pas candidat. « Pour les cas Belliard et Mariani, c’est dû à la façon dont le volume est calculé sur Polymarket. Pour faire simple, plus les cotes sur un contrat sont “extrêmes” (c’est-à-dire proches de 0 % ou 100 %), plus le volume mesuré sera important s’il y a de l’action sur le contrat. Je n’appellerais pas ça une bulle, c’est juste un effet secondaire de la méthode de calcul du volume et de la conversion des “No” en “Yes” ».

La sphère politique s’est ainsi muée en un marché d’actifs financiers comme les autres : au 10 mars 2026, les tendances de Polymarket plaçaient déjà Laure Lavalette en tête à Toulon et Benoît Payan à Marseille, tandis qu’Éric Ciotti à Nice, François Briançon à Toulouse et Édouard Philippe au Havre étaient tous donnés gagnants par les parieurs.

Reste une incertitude pour les parieurs : la majorité d’entre eux ne sont pas français et ne connaissent pas la vie politique locale. Les paris sur Polymarket ne tiennent pas compte de la fusion des listes, des éventuels retraits ou alliances. Polymarket présente l’élection comme un match du Super Bowl avec un seul gagnant, alors qu’il s’agit d’une partie d’échecs.

Si la sagesse des foules financière confirme souvent les sondages, elle reste pour l’instant aveugle aux subtilités des alliances locales qui font le sel des municipales.


*Prénom modifié pour protéger l’anonymat de l’intervenant