Airbnb vient se subir un revers majeur devant la Cour de Cassation, qui va lui coûter beaucoup d’argent.
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Sous-locations illégales : la Cour de cassation durcit la responsabilité d’Airbnb

Dans la crise du logement qui frappe une grande partie de l’Union européenne, Airbnb est régulièrement désignée comme l’un des responsables majeurs. La plateforme de location de courte durée a profondément modifié le marché immobilier dans de nombreuses villes, en incitant des propriétaires à retirer leurs biens du parc locatif classique pour les proposer à la location saisonnière.

Ce choix est loin d’être anodin : la location de courte durée est souvent plus rentable, fiscalement plus avantageuse et juridiquement moins contraignante. Les normes applicables y sont allégées, les risques d’impayés limités, et la souplesse contractuelle séduit de nombreux bailleurs.

Mais au-delà de la raréfaction de l’offre de logements pour les résidents permanents, ces pratiques posent également des problèmes d’ordre public. Certains biens loués pour une nuit ou une journée peuvent servir de lieux de prostitution, de trafics ou d’activités illicites, renforçant la défiance des pouvoirs publics à l’égard de la plateforme.

Le bouclier juridique du statut d’hébergeur

Face à ces critiques croissantes, Airbnb a longtemps opposé un argument juridique central : celui de son statut d’hébergeur. En se présentant comme une simple plateforme technique mettant en relation des utilisateurs, l’entreprise estimait ne pas être responsable des contenus publiés ni des usages faits des logements proposés.

Ce statut, largement protecteur, permet aux plateformes numériques de ne pas exercer de contrôle a priori sur les annonces diffusées. Leur responsabilité ne peut être engagée qu’a posteriori, en cas de signalement ou de demande judiciaire ou administrative.

Pendant des années, Airbnb a défendu cette position devant les tribunaux, n’hésitant pas à mobiliser d’importants moyens juridiques pour contenir les tentatives de régulation. Mais cette stratégie pourrait aujourd’hui montrer ses limites.

Deux décisions qui changent la donne

Deux arrêts rendus mercredi 7 janvier 2025 par la Cour de cassation pourraient marquer un tournant décisif. Ils remettent en cause la qualification d’Airbnb en tant que simple hébergeur et ouvrent la voie à une responsabilité accrue de la plateforme.

Dans la première affaire, une locataire d’un logement social sous-louait illégalement son appartement sur Airbnb. Le bien, situé dans une zone touristique d’Aix-en-Provence, se prêtait particulièrement à ce type d’exploitation. La société propriétaire du logement social avait demandé la condamnation du locataire, mais également celle d’Airbnb, estimant que la plateforme avait facilité la sous-location frauduleuse.

Si cette demande avait été rejetée en appel, la Cour de cassation adopte une analyse différente. Elle considère que le fonctionnement même de la plateforme, son rôle actif dans la mise en relation, la fixation de règles et l’optimisation des annonces, dépasse le simple rôle technique d’hébergement.

Airbnb, acteur actif de la location

La seconde affaire présente des similitudes. Une locataire parisienne avait signé un bail pour un logement meublé en février 2016. Dès le mois suivant, elle avait mis le bien en location sur Airbnb, sans l’accord de la propriétaire. Là encore, la haute juridiction souligne que les nombreuses obligations imposées aux « hôtes » par la plateforme — règles de comportement, conditions de location, systèmes de notation, gestion des paiements — démontrent une implication active d’Airbnb dans la relation contractuelle.

Ces éléments rendent, selon la Cour de cassation, incompatible la qualification de simple hébergeur. Airbnb ne se contente pas de stocker des annonces : elle organise, encadre, sécurise la transaction et donne des notes, aussi bien aux hôtes qu’aux clients.

Vers une responsabilité renforcée des plateformes

Dans son communiqué de presse, la Cour de cassation est explicite : la plateforme « peut donc voir sa responsabilité engagée lorsque les utilisateurs recourent à sa plateforme pour de la sous-location illicite ».

Cette affirmation pourrait avoir des conséquences majeures. Elle ouvre la voie à une responsabilisation accrue d’Airbnb, mais aussi, potentiellement, d’autres plateformes de location de courte durée.

Pour les propriétaires ou locataires peu scrupuleux, ces décisions risquent de constituer un signal fort. Pour Airbnb, elles annoncent sans doute la fin d’un modèle fondé sur une neutralité juridique largement contestée. À terme, elle devra procéder à plus de vérifications, sous peine d’être condamnée solidairement avec les propriétaires ou locataires indélicats.
À l’heure où les États cherchent à reprendre la main sur la régulation du logement, la justice semble désormais prête à jouer un rôle, que le législateur peine à endosser.