Le tourisme, qui représente 7,5 % du PIB, sera fortement pénalisé par la suppression de deux jours fériés.
Actualités

Le secteur du tourisme victime collatérale de la suppression de jours fériés

Si les Français, les partenaires sociaux et les parlementaires savaient que le Premier ministre, François Bayrou allait faire des annonces budgétaires le 15 juillet 2025, la suppression de deux jours fériés — le 8 mai et le lundi de Pâques — les a pris par surprise. Et pour cause : personne n’a été consulté en amont.

Une rentabilité non établie

Lors de la conférence de presse, il a laissé entendre que le principe n’était pas négociable, arguant que cela allait augmenter la productivité et donc participer à redresser les finances publiques. Le gain serait de 4,2 milliards d’euros.

Mais, ce calcul reste très optimiste, comme l’explique Mathieu Plane, à nos confrères de La Nouvelle République et oublie un paramètre : la perte d’activité dans le secteur du tourisme.

En effet, si le 8 mai peut avoir lieu un samedi ou un dimanche, le lundi de Pâques tombe nécessairement un lundi, permettant aux salariés qui le peuvent de faire le pont et donc, de consommer.

Des pertes pour le secteur du tourisme

D’après le Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration (GHR), ces deux jours fériés représentent un surcroît moyen de 25 % dans la restauration et peuvent générer jusqu’à 200 millions d’euros de recettes globales.

Car, ces deux jours fériés coïncident aussi avec les beaux jours et permettent aux Français de faire une pause au soleil, avant la grande transhumance estivale, ce qui permet au secteur de travailler plus longtemps que sur deux mois.

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), sollicitée par nos soins, ne saute pas non plus de joie « les jours fériés représentent des pics d’activité essentiels, synonymes de sorties familiales et d’escapades touristiques. Leur suppression entraînerait une baisse significative de fréquentation et de chiffre d’affaires, particulièrement en basse et moyenne saison ».

Le syndicat poursuit « Les territoires ruraux, littoraux et patrimoniaux seraient les plus touchés par cette mesure. Dans notre secteur, un repas ou une nuit non vendue n’est pas rattrapé ultérieurement ».

Le GHR a une analyse similaire « Si on diminue le nombre de jours d’activités touristiques, on concentre les touristes, à la fois au niveau du volume (davantage de vacanciers à un moment) et au niveau de la répartition sur le territoire (davantage de consommateurs à un endroit), car l’économie du tourisme est portée à 70 % par du tourisme domestique, des Français au sein de leur pays ». En clair, certains territoires seront délaissés tandis que d’autres, déjà plébiscités risquent de souffrir d’un phénomène de surtourisme.

Un risque pour l’emploi

L’autre effet de bord sera sur l’emploi. Le secteur touristique représente 2 millions d’emplois directs, dont 300 000 saisonniers et font vivre certains territoires, notamment ruraux et patrimoniaux.

Du côté des collectivités territoriales, il y a aussi un risque de pertes de recettes fiscales en raison d’une baisse d’activité, aussi bien dans les entreprises dépendant directement du tourisme qu’indirectement.

D’après l’INSEE, le tourisme représente 3,6 % du PIB en 2022. Selon le Gouvernement, en 2024, le chiffre était monté à 7,5 %.

Absence de concertation préalable

Le plus surprenant est l’absence de concertation avec les professionnels du tourisme. Comme le précise l’UMIH, « Il n’y a pas eu de consultation en amont de ces annonces. Les débats vont commencer à présent ».

Politiquement, cette annonce, qui a concentré toute l’attention, est probablement un ballon d’essai : on annonce une mesure, on voit comment réagit l’opinion publique et on la retire après, pour donner un gage aux oppositions.

Mais, la facture politique risque de se payer très cher. Les oppositions ont clairement fait savoir qu’elles n’hésiteraient pas à censurer le Gouvernement dès la rentrée si la copie n’était pas revue. Hier, la ministre des comptes publics Amélie de Montchalin a défendu la feuille de route budgétaire devant la commission des finances de l’Assemblée, sans arriver réellement à convaincre le Rassemblement national, le groupe écologiste, le groupe socialiste, les Républicains et La France Insoumise.

François Bayrou a voulu créer la surprise avec son annonce de suppression de deux jours fériés. À voir s’il sera capable d’entendre les réponses qui lui seront faites.