Le patron du magazine Frontières, Erik Tegner, a décidé d’illustrer son incompétence, en inventant des quasi-complots.
Actualités

Quand Erik Tegnér invente des complots à l’Assemblée nationale pour masquer son incompétence

Le patron du magazine Frontières a décidé d’illustrer son incompétence, en inventant des quasi-complots, autour de la commission d’enquête sur les liens entre l’islamisme et les partis politiques.

Alors que tous les regards sont braqués sur les textes budgétaires, la commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste a achevé ses travaux. Le rapporteur, Matthieu Bloch, appartenant à l’UDR, devrait prochainement rendre son rapport.

Vade-mecum des commissions d’enquête parlementaires

À quoi sert une commission d’enquête parlementaire ? Il s’agit, pour les députés ou les sénateurs, d’enquêter sur un manquement ou une faille. Cela peut être la politique sanitaire, la réponse judiciaire sur un fait, les services publics, etc. Formellement, une commission d’enquête s’inscrit dans la fonction de contrôle de l’action de l’État ou d’évaluation des politiques publiques.

Les commissions d’enquête ont une durée de vie limitée : seulement six mois, durant lesquels, les députés ou les sénateurs vont se transformer en enquêteurs et produire un rapport. En théorie, le rapport doit donner une solution aux problèmes évoqués, solution qui peut être une augmentation des moyens publics ou une proposition de loi.

Mais, depuis quelques années, les commissions d’enquête sont devenues un outil de communication, sans portée normative intelligente. La commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste en est un bon exemple.

La commission sur les liens entre les islamistes et les partis politiques : le pétard mouillé contre LFI

Elle a été voulue par Laurent Wauquiez avec un objectif très simple : prouver que La France Insoumise agissait main dans la main avec les réseaux islamistes. Mise sur pied cet été, elle a eu divers problèmes et n’a finalement commencé à travailler que le 8 octobre 2025.

Comme c’est l’usage, la commission d’enquête auditionne des personnes. Parmi les auditionnés figure Jules Laurans, rédacteur en chef de Frontières. Le magazine d’extrême-droite avait produit un numéro spécial, sobrement intitulé « Collabos — ces maires complices de l’islamisme ».

L’audition de Jules Laurens s’est déroulée à huis clos, ce qui n’a pas manqué de faire réagir Erik Tegnér, directeur de la rédaction, par des tweets incendiaires.

Tegnér découvre l’Assemblée nationale

Pourquoi l’audition était-elle à huis clos ? Comme on peut le constater en regardant l’agenda de la commission, la majorité des auditions se sont déroulées ainsi, ne donnant pas lieu à des retransmissions vidéo. Il peut sembler curieux qu’un journaliste, dont le travail est justement de dévoiler des faits, soit interrogé secrètement par une commission d’enquête parlementaire.

On a donc posé la question « En l’espèce, les auditions dont vous parlez faisaient suite à une audition de maires dont le huis clos avait été demandé par ces derniers. Dès lors, l’audition de Monsieur Laurens, contradictoire à celle de la veille, se devait de se faire dans la même forme » nous indique une source bien informée.

Voilà pour la question du huis clos. Pour autant, est-ce dire, comme l’affirme M. Tegnér, que certaines choses seraient cachées aux Français, comme il trompette vertement sur les réseaux sociaux et au micro d’Europe 1 ?

Tweet d'Erik Tegner au sujet de la commission d'enquête
Tweet d’Erik Tegner au sujet de la commission d’enquête

Les habitués du Palais Bourbon connaissent pourtant bien la différence : une absence de retransmission vidéo ou même un huis clos ne signifie pas absence de traces. En fait, toutes les auditions ont donné lieu à un compte rendu écrit, qui se trouve dans l’onglet dédié. Y compris les auditions de la DGSI, de la DGSE, du SGDSN ou de la DRPP, qui sont bien plus sensibles que l’audition de Jules Laurens. Il en manque encore quelques-unes, qui seront prochainement mises en ligne.

La seule difficulté est la mise en ligne effective des comptes-rendus et là encore, c’est ainsi qu’on peut faire le tri entre les personnes qui connaissent l’Assemblée nationale, y travaillent et ceux qui se contentent d’y assurer une forme d’intermittence du spectacle.

En effet, depuis ce qu’on appelle la réforme Bachelier, la rédaction des comptes-rendus a été externalisée. Il peut ainsi se passer jusqu’à un mois avant qu’on obtienne le compte rendu écrit d’une séance en commission, y compris pour les commissions permanentes. Pour paraphraser Rocard, il s’agit moins d’un complot que d’une forme d’incompétence.

La victimisation permanente, le business-modèle de Frontières

Enfin et c’est l’élément le plus troublant dans cette histoire, Erik Tegnér indique que le président de la commission d’enquête, Xavier Breton, aurait mené une quasi offensive contre Jules Laurens.

Tweet d'Erik Tegnér au sujet de la commission
Tweet d’Erik Tegnér au sujet de la commission

Comment peut-il le savoir alors qu’il n’était pas dans la pièce ? Se base-t-il uniquement sur le ressenti de « son » journaliste comme il le dit lui-même ? D’après nos informations, rien de tel : l’audition s’est déroulée de manière cordiale et sereine. Tout au plus concède-t-on, qu’il a été légèrement bousculé, mais sans que cela soit choquant. On est loin de l’audition de Yann Barthès ou de François Bayrou.

Alors, à quel jeu joue Erik Tegnér ? Sous couvert de dénoncer des dysfonctionnements démocratiques, qui ne sont en fait que le reflet de sa méconnaissance de l’Assemblée nationale, il poursuit son œuvre préférée : celle de la victimisation, dont il a fait son business-modèle, avec le soutien de l’un de ses investisseurs, le député UDR Gérault Verny. Comme le dit la grande philosophe Jill Roberts dans Scream 4 « ce qui compte, c’est qu’il t’arrive plein d’emmerdes ». Le magazine Frontières dégaine très souvent la carte du média qui serait persécuté, afin de susciter la sympathie, mais aussi le cash des lecteurs, dont il a bien besoin, avec un trou dans ses comptes d’environ 300 000 €.

En attendant, la majorité des comptes-rendus sont disponibles sur la page dédiée de la commission d’enquête et lorsque celui de Jules Laurens sera en ligne, il sera loisible à tout un chacun de constater ce qui s’est réellement passé et ce qui relève de la posture.


Sollicités, ni Erik Tegnér ni Jules Laurens n’ont répondu à nos questions.