En marge de la manifestation du 29 août 2026, Jaume nous a accordé un entretien pour nous expliquer les problèmes rencontrés par les locaux à Majorque, en particulier les jeunes.
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« Une maison, une famille » entretien avec Jaume, manifestant exaspéré

En marge de la manifestation du 29 août 2026, Jaume nous a accordé un entretien pour nous expliquer les problèmes rencontrés par les locaux à Majorque, en particulier les jeunes.

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Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jaume, j’ai 30 ans, je suis né à Majorque, tout comme mon père et mon grand-père. Toute ma famille est née à Majorque. Je suis là aujourd’hui pour apporter mon soutien à la manifestation. Je joue dans un groupe appelé Tambors per a la Pau et les organisateurs de la manifestation nous ont demandé si on pouvait jouer. On a adoré l’idée de jouer pour ça donc, on a dit oui.

La troupe Tambors per a la Pau, le samedi 29 août 2026.
La troupe Tambors per a la Pau, le samedi 29 août 2026.

Et aussi pour protester contre le tourisme de masse ?

Oui. Le fait est qu’à Majorque, nous avons un gros problème avec le tourisme de masse. Nous faisons ce genre de manifestation avec Madó Farta, une femme qui porte un masque et des gens qui s’assoient dans la rue afin de ramener une part de Majorque dans Palma même.

Madó Farta, avec une membre du GOB (une ONG) en arrière-plan
Madó Farta, avec une membre du GOB (une ONG) en arrière-plan

Il y a eu des élections dans les Baléares en 2023, élections de nouveau gagnées par le Partido Popular (PP). Pourtant, le PP ne s’est jamais opposé au tourisme de masse. Pourquoi n’y a-t-il pas de connexion entre les manifestations et le pouvoir en place ?

Pour moi, le problème n’est pas juste le tourisme. Quand je vais visiter l’Italie, je suis un touriste. Le problème n’est pas les personnes qui viennent à Majorque. Nous avons une île magnifique et tout le monde veut venir. C’est très bien. Mais, nous avons besoin que les politiques mettent en place des règles, une régulation, qui gardent notre eau saine parce que nous n’en avons pas, de gérer nos déchets. L’objet de la manifestation n’est pas de dire « on ne veut pas de touristes », mais de dire « nous avons besoin d’une régulation du tourisme ».

À Majorque, nous avons aussi des endroits spécifiques, qui attirent un tourisme lié à la drogue dont nous ne voulons plus.

Vous parlez de Magaluf et d’El Arenal ?

Oui. Nous n’en voulons plus.

Il y a aussi un fort problème de pouvoir d’achat sur l’île. Les salaires ne sont pas suffisants pour vivre, cela fait-il partie de vos revendications ?

Oui, cela en fait partie, car tout est lié. Je prends l’exemple des Britanniques. Ils ont un pouvoir d’achat supérieur au nôtre. S’ils souhaitent prendre un appartement, mettons à 10 €. Nous, nous pouvons mettre 5 €. Les propriétaires préféreront les Britanniques qui peuvent payer 10 €. Donc, les Majorquins ne peuvent pas suivre. C’est pourquoi nous demandons aussi au gouvernement de procéder à une réglementation afin que tout le monde ne puisse pas s’acheter une maison à Majorque.

Une loi spécifique pour les résidents ?

Oui, comme l’ont fait d’autres pays, par exemple, passer quatre ans à Majorque avant d’acheter, créer une entreprise, etc. Mais, ici, beaucoup de gens achètent une maison, viennent deux semaines et laissent la maison vide le reste de l’année, ce qui fait grimper les prix.

Certaines personnes parlent ici d’une véritable « mafia hôtelière », en particulier les hôtels all-inclusive, qui dictent l’agenda politique. Quel est votre point de vue ?

C’est un des aspects qui est en train de tuer Majorque. Ils ont des offres très basses, avec de la nourriture médiocre, de mauvaises boissons et des prestations bas de gamme. Ce type de tourisme ne génère aucun euro dans les autres commerces, notamment les commerces traditionnels puisqu’ils ont tout dans les hôtels all inclusive. Ils vont juste faire la fête, picoler et aller à la piscine.

Vous visez les offres dédiées pour Magaluf et El Arenal à prix cassés ?

Oui et pas les hôtels all inclusive dédiés aux familles, notamment celles qui ont des enfants en bas âge, pour qui le all inclusive est plus adapté. Ce sont vraiment les séjours festifs à Magaluf et El Arenal dont je parle. Ils ne nous apportent rien de bon.

Que pensez-vous de la commission spéciale du Parlement européen sur la crise du logement en Europe ?

Je n’en avais pas entendu parler. La seule chose que je peux dire, c’est « une maison, une famille », rien de plus. Je n’attends pas forcément de solution de leur part. Certaines personnes ont jusqu’à 10 maisons ou appartements à Majorque pour de la location saisonnière. Mais, le logement n’est pas un business, c’est un droit. Une famille, un logement.

L’un des problèmes, en particulier en Espagne, est que vous n’avez pas de logement social.

On en a, mais pas assez.

Pourtant, cette année, un logement social devait se faire à Cas Català, mais c’est la population qui a refusé que la construction se fasse.

Pour moi, c’est juste du racisme et de la bêtise. Il est évident que les gens ont besoin de logements sociaux. Notre problème à Majorque ne vient pas des précaires et ce problème de logements touche aussi la classe moyenne. Si vous avez de la chance, votre père a une maison ou deux maisons et peut vous en donner une, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Est-ce que les jeunes ont un avenir ici ? Une des particularités de Majorque est que l’île présente l’un des taux de chômage les plus bas d’Espagne et en même temps, une population la moins diplômée du pays, ce qui paraît contre-intuitif. Quel est l’avenir des jeunes, qui font des études supérieures, pour être ingénieur ou travailler dans le développement durable, notamment pour préserver les ressources de l’île ?

Dans mon groupe d’amis, quatre d’entre eux ont fait des études scientifiques. Ils ont quitté l’île, parce qu’ils ne trouvaient pas d’emploi adapté à leur niveau d’études et ils sont partis sur le continent ou à Nottingham. Ils ont fait de bonnes études, ne trouvaient pas d’emplois suffisamment rémunérés et les offres n’étaient pas assez nombreuses.

En dehors du secteur touristique, de façon directe ou indirecte, il n’y a pas d’emplois ?

Non.

Quelle est la prochaine étape pour le mouvement ?

On va continuer.

Qu’est-ce que vous aimeriez dire aux touristes, en particulier aux Français, qui pourraient ne pas se sentir les bienvenus ?

Je voudrais leur dire « venez à Majorque, apprenez quelques phrases en majorquin, soyez attentifs à l’environnement et laissez l’île dans l’état dans lequel vous l’avez trouvé. Voyez Majorque du point de vue des locaux.