VAE : l’aide pour les chômeurs supprimée en toute discrétion
L’annonce est passée relativement inaperçue, mais elle pourrait avoir des effets dévastateurs pour les demandeurs d’emploi. Par une délibération du 30 avril 2026 de France Travail, l’aide à la validation des acquis et de l’expérience (VAE) est supprimée.
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La VAE, qu’est-ce que c’est ?
La VAE est à mi-chemin entre le parcours classique et la formation accélérée. Comme son nom l’indique, lorsqu’une personne a occupé un emploi ou une fonction dans un domaine déterminé, mais sans avoir le diplôme, elle peut obtenir ce diplôme par la VAE.
Par exemple, au lieu de s’inscrire dans une formation, de suivre les cours et de passer les examens, ce qui peut prendre un certain temps, la personne va faire valoir qu’elle a acquis les compétences nécessaires grâce à son exercice professionnel.
Les modalités peuvent varier d’une formation à l’autre. Ce diplôme n’est pas donné : le candidat doit montrer, généralement mémoire et oral devant un jury à l’appui, qu’il a mis en œuvre dans son quotidien, tout ce qui est requis*.
Les diplômes obtenus en VAE ont la même valeur qu’un diplôme obtenu lors d’une formation classique. Depuis 2022, 400 000 personnes ont pu obtenir un diplôme grâce à la VAE et donc, soit décrocher un emploi, soit obtenir une rémunération supérieure.
Le diplôme : la porte d’entrée encore incontournable
Même si dans certains domaines, le recrutement est devenu plus souple et s’appuie davantage sur l’expérience, bon nombre de secteurs — y compris dans le journalisme — sont encore très friands du diplôme.
D’après Amine Chamkhi et Frédéric Lainé, dans les environnements nécessitant une forte capacité d’apprentissage ou d’adaptation, le diplôme reste une valeur refuge pour les recruteurs.
Enfin, dans de nombreux secteurs, à commencer par la fonction publique, le diplôme permet de fixer la grille salariale : un Bac « simple » sera moins bien payé qu’un Bac + 3 même si le premier est plus compétent sur le terrain que le second.
La VAE, un coût très important
Si la VAE est un bon outil, il reste néanmoins très cher. Ainsi, dans les écoles de journalisme, certaines formations peuvent être accessibles en VAE. Pour l’école supérieure de journalisme de Lille, comptez 6250 € pour un Master 2.
Selon le CNAM de Paris, en fonction de l’accompagnement, on peut monter jusqu’à plus de 4 000 €, tout dépendra de la formation visée et du diplôme souhaité. Un coût hors de portée pour de nombreux chômeurs, qui ont besoin de démontrer qu’ils ont à la fois l’expérience et les diplômes.
Plus le diplôme souhaité est « haut », plus chère sera la VAE.
Un dispositif supprimé en toute discrétion
Jusqu’au 8 mai 2026, les chômeurs pouvaient faire prendre en charge financièrement une partie de leurs frais pour la VAE par France Travail.
Depuis, les chômeurs devront utiliser leur compte personnel de formation (CPF) pour se financer une VAE.
S’ils n’ont pas de droit suffisant, ils devront demander une aide à la région, qui participe au financement de l’accompagnement à la VAE.
Comble du cynisme ? La page de France VAE n’a pas été mise à jour. Au 26 mai 2026, elle affiche toujours qu’un demandeur d’emploi peut demander une aide financière à France Travail.

Même chose sur le site du CPF, mais le site de France Travail mentionne bien que le demandeur d’emploi doit adresser une demande d’aide à la région.

Cela constitue une nouvelle difficulté pour les demandeurs d’emploi, qui n’ont probablement pas été avertis de cette suppression. Or, selon les propres chiffres de France Compétences, sur les 35 000 certifications délivrées par VAE, 40 % concernaient des demandeurs d’emploi, suivis par France Travail.
À la place, les demandeurs d’emploi devront piocher dans leur CPF, plafonné à 5 000 € (8 000 € pour les personnes peu qualifiées) ou solliciter une aide de la région qui n’est pas du tout automatique et qui dépendra des finances de la région en question.
On ne sait pas pourquoi cette prise en charge a été supprimée ni ce qu’elle représentait. En effet, il ne paraît pas y avoir de données chiffrées sur ce que cela pesait dans le budget de l’organisme, faisant qu’on a du mal à voir autre chose qu’une mesure budgétaire arbitraire, prise en toute discrétion et sans évaluation préalable.
De quoi mettre une bonne ambiance cet après-midi dans l’hémicycle, alors que les députés doivent voter en deuxième lecture sur le projet de loi visant à réduire la durée d’indemnisation des chômeurs bénéficiant d’une rupture conventionnelle.
*Pour mettre toutes les chances de votre côté, contrairement à la journaliste d’Arcadie, qui a obtenu son M2 en droit du numérique grâce à la VAE, évitez d’insulter la moitié du jury qui vous fait passer l’oral.
