Le Premier ministre pourrait utiliser l’article 49 alinéa 3 sur le budget, au risque de faire adopter une motion de censure. Ce qui entraînerait une dissolution.
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Vers un 49 alinéa 3 de Lecornu et une dissolution ?

Cette semaine, c’est une ambiance de fin de règne qui prédomine à l’Assemblée nationale. Alors que les agriculteurs, principalement membres de la FNSEA ont installé leur campement devant le Palais Bourbon, avec braseros, tracteurs, baraques à frites et bières, les députés essaient de donner le change.

Essaient, car, on ne peut pas dire que ce mardi 13 janvier 2026 était synonyme de foule des grands jours. À la fin de la séance de questions au gouvernement, il y avait plus de monde en tribune presse, visiteurs et photographes que dans l’hémicycle. Les députés ont la tête ailleurs et les batteries vides.

En cause ? Le budget général. Trois mois que le dossier patine et que personne n’est d’accord sur rien. Résultat : un patchwork de mesures, parfois diamétralement opposées, qui ne règle pas la question des déficits, le creuse encore et rend le texte impossible à voter.

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Quitte ou double : le chantage de la dissolution

Ce week-end, Sébastien Lecornu a dégainé sa menace : en cas de motion de censure adoptée, la dissolution serait au programme. Objectif : forcer une partie des oppositions à rentrer dans le rang. Il semblerait que l’article 49 alinéa 3 sera utilisé d’ici la fin de la semaine ou au plus tard lundi. L’hypothèse des ordonnances reste une rumeur, qui ne semble confirmée par personne.

Si certains appellent de leurs vœux l’utilisation de l’article 49 alinéa 3 pour forcer l’adoption du budget, tous ont désormais compris que l’adoption d’une motion de censure, en réaction à l’utilisation de cet article, signerait la fin de la XVIIe législature.

Du côté du RN, on est très serein « on est prêt à repartir en campagne. On a nos candidats, on n’a pas peur des urnes ». Même discours du côté de LFI. Et tant pis si dans approximativement un an, il faut recommencer.

« Dissoudre maintenant et faire voter en même temps les gens pour les municipales et les législatives est un risque. Et quel serait le programme ? “Votez pour moi pour que je me représente dans un an, sous une autre présidence” ? Cela n’a pas de sens » indique un ténor de la majorité présidentielle. Il faut dire aussi qu’ils sont peu nombreux à avoir un véritable bilan à présenter au bout d’un an et demi de mandat.

« J’ai toujours su que mon mandat pouvait s’arrêter demain et je ne présente pas aux municipales. Pour autant, une dissolution n’est pas souhaitable et ne rajouterait que du chaos au chaos. On a des dossiers urgents : on a la Nouvelle-Calédonie, on a les agriculteurs et on a la défense. On ne peut pas encore tout arrêter ».

La grande collision : municipales et législatives le même jour ?

Sébastien Lecornu aurait demandé à ce que le ministère de l’Intérieur étudie la possibilité de faire converger les élections municipales et les élections législatives. Pour dire les choses plus simplement : les deux élections auraient lieu au même moment.

Si cela s’annonce être un cauchemar pour les préfectures et les mairies, c’est aussi une façon de faire sortir du bois certains élus. Bien que la liste ne soit pas encore arrêtée, beaucoup de députés comptent se présenter aux élections municipales. C’est le cas de Sophia Chikirou à Paris, de Sébastien Delogu à Marseille, de Philippe Brun à Louviers, etc.

En temps normal, les deux scrutins ne se percutent pas. Un député peut se présenter et en cas de victoire, renoncer à son siège de député. En cas d’échec, il peut rester à l’Assemblée nationale. En effet, la loi sur le non-cumul des mandats n’interdit pas d’être conseiller municipal. Elle interdit le cumul entre la fonction de maire ou d’adjoint.

Néanmoins, si les deux scrutins sont organisés au même moment, un député ne pourra pas se présenter aux deux scrutins, du moins, pas politiquement, ce qui va obliger les partis à faire tourner la machine à investitures, soit pour les municipales, soit pour les législatives.

C’est aussi la machine financière qu’il va falloir mettre en branle, alors même que les partis sont de plus en plus fauchés, que les campagnes coûtent de plus en plus cher et que les banques sont de plus en plus frileuses.

Le PS face à son destin : la censure ou l’oubli

Les roses avaient retrouvé des couleurs, mais ils risquent de faner. Ils sont mis au pied du mur. En cas d’utilisation de l’article 49 alinéa 3, ils sont devant un choix impossible. Ne pas voter une motion de censure revient à se tirer une balle dans le pied pour les élections à venir, en particulier les municipales.

Lors de la chute du gouvernement Barnier, c’est aussi sous la pression de la base et des fédérations locales que certains députés ont voté la motion de censure, comme le raconte notre confrère Wally Bordas. Les ignorer revient à faire une croix sur un éventuel prochain mandat et potentiellement, pénaliser les candidats socialistes aux municipales, surtout s’ils ont une liste LFI en face d’eux.

Voter la censure signifie retourner en campagne et à essayer de trouver un canal de discussion avec LFI, qui a passé les trois derniers mois à les insulter en hémicycle.

L’examen du budget touche à sa fin. Personne ne sait si la loi de finances pour 2026 sera adoptée ou si, telles les bûches lancées dans les braseros des agriculteurs devant le Palais Bourbon, la XVIIe législature ne partira pas en fumée d’ici la semaine prochaine.