Villepin : le candidat aux multiples zones d’ombre
La bataille pour la présidentielle 2027 a commencé et nombreux sont les candidats qui espèrent franchir la ligne du premier tour.
Parmi eux, l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, qui a lancé son parti politique l’année dernière : La France Humaniste. Si les sondages le créditent à 2 % ou 3 % selon les jours, il lui reste bien des obstacles à franchir.
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Une absence de passif électoral
C’est un fait assez connu : si Dominique de Villepin a une carrière ministérielle, il ne s’est jamais présenté au moindre scrutin, qu’il soit local ou national. En 2005, le Nouvel Obs avait relevé qu’il était le troisième Premier ministre de la Ve République à ne jamais être passé par la sanction du suffrage universel, direct ou indirect.
Il est vrai qu’Emmanuel Macron était aussi dans ce cas de figure, mais, la proximité temporelle entre son poste de ministre et le lancement de la campagne présidentielle lui a permis de se construire un réseau de parlementaires, qui eux-mêmes, ont été à la pêche aux parrainages auprès des élus locaux, avec un discours assez novateur.
Or, Dominique de Villepin ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux. Notre confrère de La Lettre, Simon Prigent, a récemment décortiqué les personnalités qui structurent son parti. Il n’y a qu’un seul élu : Benoit Jimenez, maire de Garges-lès-Gonesse, des happy few très parisiens, des têtes bien faites, mais pas de conseillers municipaux ou de parlementaires. Pas de grandes têtes d’affiches ou même des petites. Et si Jimenez est probablement connu dans sa ville — sa réélection dès le premier tour montre une certaine popularité — il ne l’est pas en dehors.
Un patrimoine qui interroge
À chaque poussée médiatique de Dominique de Villepin, la question revient très naturellement : qui le paie ? Car, Dominique de Villepin n’est pas exactement fauché. Selon les comptes sociaux de sa société, Villepin International, il aurait empoché 5,5 millions d’euros entre 2015 et 2025. Cette somme provient d’autres revenus distribués. Cela ne manquera pas de faire réagir à gauche. Car, en choisissant les autres revenus distribués plutôt que de se verser un véritable salaire, il échappe à une fiscalité plus lourde.
À cela, il faut ajouter ses œuvres d’art et pièces de collection, sur lesquels nos confrères du Point se sont penchés l’année dernière, ses émoluments en tant qu’ancien Premier ministre et son patrimoine immobilier.
Si ce patrimoine, qu’il sera obligé de rendre public s’il est candidat — les candidats à l’élection présidentielle doivent soumettre une déclaration d’intérêts et de patrimoine à la HATVP, qui sera rendue publique — interroge, c’est que le passif professionnel de Dominique de Villepin n’est pas transparent.
Qui sont les clients de Dominique de Villepin ?
C’est une question qu’à peu près tous les journalistes politiques se sont posée : qui rémunère Dominique de Villepin pour ses conseils ? Clément Fayol, journaliste d’investigation, avait pointé les ambiguïtés de Dominique de Villepin dans son livre « Ces Français au service de l’étranger – Affairisme, mélange des genres : quand notre élite oublie la France » et relevé qu’il monnayait ses services auprès de la Chine. Plus récemment, la cellule investigation de France Info a listé les liens troubles qu’il entretenait avec certains États, dont la Russie.
Référencé sur plusieurs sites de « locations de célébrités », Dominique de Villepin est mentionné sur le London Speaker Bureau. Il est indiqué « Peu de temps après s’être retiré de la vie politique, le 9 janvier 2008, Dominique de Villepin retourne à la pratique du droit. Il a depuis effectué de nombreux voyages d’affaires en Iran, en Argentine, au Venezuela et en Colombie. En deux ans, son cabinet réalise un chiffre d’affaires de 4,65 millions d’euros et un bénéfice de 2,6 millions ».
Le Qatar et les Émirats arabes unis sont aussi régulièrement mentionnés, même si le principal intéressé a toujours nié des relations d’affaires avec ces deux pays. Le fait est qu’il part avec un handicap très lourd : au lieu de dérouler un éventuel programme, il risque de passer plus de temps à répondre aux questions liées à son patrimoine, ses relations professionnelles ou ses comptes.
Des comptes publiés en toute discrétion
Lorsque Clément Fayol a écrit son livre, les comptes sociaux de Villepin International n’étaient pas disponibles. Ils l’ont été à l’été 2025, au moment où il lançait son mouvement politique. Il a choisi d’avoir recours à la confidentialité partielle prévue par l’article L. 232-25 du Code de commerce.
Les exercices de 2018 à 2025 ont été publiés par vagues, vraisemblablement pour couper court à toutes spéculations. Mais, un détail dans l’exercice 2025 pourrait relancer la machine. Dans les annexes figure le nom de trois entités, comme produit à recevoir. Il s’agit de prestations déjà effectuées par l’entreprise, mais, pour lesquelles, aucune facture n’a encore été produite et donc, qui sont en attente de paiement.
Il s’agit d’Oberthur pour un montant de 30 000 €, de Veolia pour 20 000 € et de Nayala pour 100 000 €. Il n’y a pas plus de détails permettant d’identifier formellement Oberthur — plusieurs entreprises ont cette dénomination — ni Nayala.
Jusqu’à présent, Dominique de Villepin s’est retranché vers la clause de confidentialité qui le liait à ses clients, pour ne pas dire de qui il s’agissait, mais, il promet une transparence totale s’il est élu président de la République.
Le spectre du CPE
Durant l’été 2025, un compte Instagram est né : les jeunes avec Villepin. Si Dominique de Villepin est assez connu et reconnu pour avoir porté le non de la guerre en Irak en 2003 à l’ONU, ceux qui avaient 20 ans lorsqu’il était à Matignon, s’en souviennent comme de l’homme du contrat premier embauche (CPE).
Il s’agissait d’un contrat de travail pour les jeunes de moins de 26 ans, qui prévoyait une rupture de contrat sans motif durant deux ans, accompagné d’exonération de cotisations patronales pour une durée de trois ans pour l’employeur.
Voté à l’arrache par amendement dans la nuit du 8 au 9 février 2006, la loi avait été promulguée, mais jamais appliquée, en raison de la levée de boucliers massive des syndicats et surtout, des jeunes. Les jeunes en question sont aujourd’hui quadragénaires et n’ont peut-être pas oublié cet épisode.
Comme l’écrivent nos confrères du Monde « Devant les journalistes, il a mis en avant son expérience gouvernementale et des affaires internationales pour se distinguer de ses potentiels adversaires. “Depuis 2007, le problème, c’est qu’on a successivement eu des gens qui n’avaient ni l’expérience de l’État ni l’expérience du monde, a-t-il attaqué. Moi, l’avantage, c’est que tout le monde m’a vu dans des situations différentes.” ». Il est vrai que tout le monde l’a vu dans des postures différentes, mais, la question est de savoir avec qui.
